Diagnostic de l'arthrose : examens et radiographie
Une douleur persistante au genou, une raideur matinale dans les doigts, une gêne croissante à la hanche en marchant : ces signaux du quotidien poussent chaque année des millions de Français à consulte...
Une douleur persistante au genou, une raideur matinale dans les doigts, une gêne croissante à la hanche en marchant : ces signaux du quotidien poussent chaque année des millions de Français à consulter leur médecin. Mais entre le premier symptôme et la confirmation d'un diagnostic d'arthrose, le parcours peut s'avérer complexe. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne suffit pas d'une simple radiographie pour poser un diagnostic fiable. L'arthrose se diagnostique par une démarche rigoureuse, combinant interrogatoire médical, examen clinique et imagerie. Comprendre ce processus diagnostique, c'est gagner un temps précieux dans la prise en charge et éviter les erreurs d'interprétation qui retardent l'accès à un traitement adapté. Voici comment les professionnels de santé identifient cette maladie articulaire qui touche plus de 10 millions de personnes en France.
Pourquoi le diagnostic de l'arthrose est essentiel
L'arthrose est la maladie articulaire la plus répandue dans le monde. Pourtant, elle reste sous-diagnostiquée ou diagnostiquée tardivement chez un grand nombre de patients. Beaucoup de personnes attribuent leurs douleurs au vieillissement normal et ne consultent qu'après plusieurs années de gêne croissante. Ce retard diagnostique est problématique car il prive le patient de stratégies de prise en charge précoce qui pourraient ralentir la progression de la maladie.
Le diagnostic de l'arthrose ne se résume pas à identifier la présence de la maladie. Il vise également à déterminer le stade d'évolution, la localisation précise des lésions, le retentissement fonctionnel sur la vie quotidienne et l'existence éventuelle d'une pathologie associée. Il est notamment fondamental de distinguer l'arthrose d'autres affections articulaires comme la polyarthrite rhumatoïde, la goutte ou la chondrocalcinose. Pour bien comprendre ces distinctions, notre article sur la différence entre arthrose et arthrite offre un éclairage complet.
Un diagnostic précis permet d'adapter la prise en charge aux caractéristiques propres de chaque patient : localisation de l'arthrose, sévérité des lésions, facteurs de risque modifiables, niveau d'activité physique et attentes personnelles. C'est la première étape indispensable vers une stratégie thérapeutique efficace et personnalisée.
L'interrogatoire médical : première étape du diagnostic
Tout diagnostic d'arthrose commence par un entretien approfondi entre le médecin et le patient. Cet interrogatoire médical, loin d'être une simple formalité, constitue une étape déterminante qui oriente toute la suite de la démarche diagnostique. Le médecin recueille des informations précieuses que ni la radiographie ni l'IRM ne peuvent fournir.
L'analyse de la douleur : un indice majeur
La douleur arthrosique possède des caractéristiques bien spécifiques que le médecin cherche à identifier. Il s'agit typiquement d'une douleur mécanique, c'est-à-dire déclenchée ou aggravée par le mouvement et l'effort, et soulagée par le repos. Elle apparaît généralement en fin de journée ou après une activité prolongée, contrairement aux douleurs inflammatoires qui réveillent le patient en seconde moitié de nuit.
Le médecin s'intéresse à plusieurs paramètres de la douleur : sa localisation exacte, son mode d'apparition (brutal ou progressif), son ancienneté, son intensité évaluée sur une échelle de 0 à 10, les facteurs qui l'aggravent et ceux qui la soulagent. Il recherche également la présence d'une raideur matinale, caractéristique de l'arthrose lorsqu'elle dure moins de 30 minutes. Au-delà de cette durée, une origine inflammatoire est davantage suspectée. Pour mieux identifier ces signaux, consultez notre guide sur les symptômes de l'arthrose.
Les antécédents personnels et familiaux
L'interrogatoire explore aussi les antécédents du patient. Certains éléments orientent fortement vers un diagnostic d'arthrose : des traumatismes articulaires anciens (fracture, entorse grave, lésion méniscale), une pratique sportive intensive, un métier sollicitant fortement les articulations, une obésité ou un surpoids significatif. Les antécédents familiaux d'arthrose sont également relevés car la composante génétique de la maladie est aujourd'hui bien établie, particulièrement pour l'arthrose des mains où l'hérédité joue un rôle prépondérant.
Le médecin interroge aussi le patient sur l'impact fonctionnel de ses douleurs : difficulté à monter les escaliers, à ouvrir un bocal, à marcher sur une longue distance, à se relever d'une chaise. Ces informations sont essentielles pour évaluer la sévérité de l'atteinte et guider les décisions thérapeutiques. Comprendre les causes de l'arthrose permet également de mieux cibler les facteurs de risque modifiables.
L'examen clinique : ce que le médecin recherche
Après l'interrogatoire, le médecin procède à un examen physique méthodique de l'articulation ou des articulations douloureuses. Cet examen clinique fournit des informations directes sur l'état de l'articulation et permet de poser une hypothèse diagnostique avant même de recourir à l'imagerie.
L'inspection et la palpation articulaire
Le médecin commence par observer l'articulation. Il recherche une déformation visible, un gonflement (épanchement articulaire), une rougeur cutanée ou une modification de l'axe du membre. Dans l'arthrose du genou par exemple, un genu varum (jambes arquées) ou un genu valgum (jambes en X) peut témoigner d'une atteinte prédominante du compartiment interne ou externe. Pour l'arthrose des doigts, les nodosités d'Heberden (sur les articulations distales) et de Bouchard (sur les articulations proximales) sont des signes cliniques quasi pathognomoniques.
La palpation permet de détecter un épanchement articulaire, une chaleur locale (signe d'inflammation), des points douloureux précis et des crépitations, ces sensations de craquements perceptibles à la mobilisation de l'articulation. Les crépitations articulaires sont très fréquentes dans l'arthrose et témoignent de l'irrégularité des surfaces cartilagineuses.
L'évaluation de la mobilité
Le médecin teste la mobilité de l'articulation dans toutes les directions. Dans l'arthrose, on observe typiquement une diminution progressive de l'amplitude articulaire. La flexion et l'extension peuvent être limitées, parfois de manière asymétrique. Cette limitation peut être liée à la douleur, aux ostéophytes qui constituent un obstacle mécanique, à la rétraction des tissus péri-articulaires ou à un épanchement volumineux.
Pour l'arthrose du genou, le médecin teste la flexion, l'extension et la stabilité ligamentaire. Pour l'arthrose de la hanche, c'est la rotation interne qui est typiquement la première mouvement limité et douloureux. Pour l'arthrose cervicale, les rotations et les inclinaisons latérales de la tête sont évaluées. Chaque localisation articulaire possède ses propres tests cliniques spécifiques qui orientent le diagnostic.
Les tests fonctionnels
Au-delà de l'examen articulaire proprement dit, le médecin peut réaliser des tests fonctionnels pour évaluer le retentissement de l'arthrose. Le test de marche sur 6 minutes, le temps nécessaire pour se lever d'une chaise, la capacité à monter un escalier ou le test de préhension pour les mains sont autant d'outils simples qui quantifient le handicap fonctionnel. Des questionnaires validés comme le WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index) ou le score de Lequesne permettent de standardiser cette évaluation et de suivre l'évolution dans le temps.
La radiographie standard : l'examen de référence
La radiographie conventionnelle reste l'examen d'imagerie de première intention dans le diagnostic de l'arthrose. Disponible dans la plupart des cabinets de radiologie, peu coûteuse et remboursée par l'Assurance maladie, elle fournit des informations précieuses sur l'état de l'articulation. Notre article détaillé sur la radiographie du genou pour l'arthrose approfondit ce sujet pour cette localisation spécifique.
Les quatre signes radiologiques cardinaux de l'arthrose
La radiographie de l'arthrose repose sur l'identification de quatre signes caractéristiques, souvent désignés sous l'acronyme POPE : Pincement de l'interligne articulaire, Ostéophytes, sclérose sous-chondrale (production osseuse) et géodes (Excavations osseuses).
Le pincement de l'interligne articulaire est le signe le plus important. L'interligne articulaire correspond à l'espace visible sur la radiographie entre les deux extrémités osseuses. Cet espace est occupé par le cartilage, qui n'est pas directement visible sur une radiographie standard. Lorsque le cartilage s'amincit, l'interligne se réduit. Ce pincement peut être global (touchant l'ensemble de l'articulation) ou localisé à un compartiment, ce qui oriente vers le type d'arthrose.
Les ostéophytes sont des excroissances osseuses qui se développent sur les bords de l'articulation. Ils résultent d'une tentative de l'organisme pour stabiliser l'articulation en augmentant la surface de contact. Visibles sur la radiographie sous forme de becs osseux, ils sont très caractéristiques de l'arthrose et peuvent parfois atteindre une taille considérable.
La sclérose sous-chondrale se manifeste par une densification de l'os situé juste sous le cartilage. Sur la radiographie, les zones de sclérose apparaissent plus blanches et plus denses que l'os normal. Ce phénomène traduit la réaction de l'os aux contraintes mécaniques accrues qui lui sont transmises en raison de la perte du cartilage protecteur.
Les géodes sous-chondrales sont des cavités qui se forment dans l'os, visibles sous forme de zones arrondies et claires sur la radiographie. Elles témoignent d'un stade plus avancé de la maladie et résultent de la transmission de pressions anormales dans l'os sous-chondral fragilisé.
La classification de Kellgren et Lawrence
Pour standardiser l'évaluation radiologique de l'arthrose, la classification de Kellgren et Lawrence, établie en 1957 et toujours largement utilisée, définit quatre stades de sévérité croissante. Le stade 1 correspond à un doute : présence possible de petits ostéophytes sans pincement net de l'interligne. Le stade 2 est considéré comme une arthrose débutante avec des ostéophytes nets et un pincement minime. Le stade 3 correspond à une arthrose modérée avec un pincement marqué de l'interligne, une sclérose et des ostéophytes multiples. Le stade 4, le plus sévère, montre un pincement majeur voire une disparition complète de l'interligne, avec des ostéophytes volumineux et des déformations osseuses importantes.
Cette classification, bien qu'imparfaite, permet aux professionnels de santé de parler un langage commun et de suivre l'évolution de la maladie dans le temps en comparant des radiographies successives.
Les limites de la radiographie
Malgré son utilité indéniable, la radiographie présente des limites significatives dans le diagnostic de l'arthrose. La première et la plus importante est la discordance fréquente entre les images radiologiques et les symptômes du patient. Certaines personnes présentent des radiographies très altérées avec peu ou pas de douleur, tandis que d'autres souffrent considérablement avec des radiographies quasi normales. Cette dissociation radio-clinique est un phénomène bien connu des rhumatologues.
La radiographie ne visualise pas directement le cartilage. Elle ne montre que les conséquences indirectes de sa dégradation. Elle est donc peu sensible pour détecter les stades très précoces de l'arthrose, lorsque les lésions cartilagineuses sont encore superficielles et que l'interligne n'est pas encore significativement réduit. De plus, elle ne permet pas de visualiser les lésions des parties molles : membrane synoviale, ligaments, ménisques, muscles.
L'IRM articulaire : une vision plus complète
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) offre une vision beaucoup plus détaillée de l'ensemble des structures articulaires. Contrairement à la radiographie, l'IRM visualise directement le cartilage, les ménisques, les ligaments, la membrane synoviale, les muscles et l'os dans toute son épaisseur. Elle est particulièrement utile dans certaines situations cliniques spécifiques.
Ce que l'IRM révèle et que la radiographie ne montre pas
L'IRM permet de détecter des lésions cartilagineuses précoces, avant même qu'elles ne soient visibles sur une radiographie standard. Elle peut montrer un amincissement focal du cartilage, des fissures, des zones de ramollissement ou une perte complète de substance. Cette capacité en fait un outil précieux pour le diagnostic précoce de l'arthrose, à un stade où les interventions thérapeutiques ont le plus de chances d'être efficaces.
L'IRM révèle également des anomalies de l'os sous-chondral invisibles en radiographie, notamment l'oedème osseux (bone marrow lesions en anglais). Ces zones d'oedème sont associées à la douleur et représentent un facteur prédictif de progression de l'arthrose. Leur identification aide le médecin à comprendre l'origine de la douleur et à adapter la prise en charge, ce qui est particulièrement pertinent pour l'arthrose dégénérative en phase active.
Enfin, l'IRM détecte les lésions méniscales (fréquemment associées à l'arthrose du genou), les épanchements articulaires même de faible volume, l'épaississement de la membrane synoviale et les kystes péri-articulaires. Ces informations sont essentielles pour guider le traitement et évaluer le pronostic.
Quand l'IRM est-elle vraiment nécessaire ?
L'IRM n'est pas systématiquement prescrite dans le bilan d'une arthrose. Elle est réservée à des situations précises : doute diagnostique (symptômes atypiques, discordance entre la clinique et la radiographie), suspicion de lésion associée (méniscale, ligamentaire), arthrose du sujet jeune nécessitant une évaluation précise avant une éventuelle chirurgie, ou recherche de diagnostics alternatifs comme une ostéonécrose ou une tumeur osseuse.
L'IRM est un examen plus coûteux, moins accessible (délais d'attente parfois longs) et dont la réalisation prend entre 20 et 45 minutes. Elle est contre-indiquée chez les porteurs de certains dispositifs médicaux métalliques (pacemakers anciens, certains implants). Pour ces raisons, la radiographie reste l'examen de première intention et l'IRM est prescrite en complément lorsque la situation clinique le justifie.
Les autres examens d'imagerie
L'échographie articulaire
L'échographie articulaire a pris une place croissante dans l'évaluation des pathologies articulaires au cours des dernières années. Non irradiante, disponible en consultation, réalisable rapidement et permettant un examen dynamique en temps réel, elle présente des avantages pratiques indéniables. Elle détecte les épanchements articulaires même de petit volume, visualise les lésions tendineuses et ligamentaires, et peut mettre en évidence une inflammation de la membrane synoviale (synovite) grâce au mode Doppler qui montre l'augmentation du flux sanguin.
En revanche, l'échographie ne visualise pas correctement le cartilage en profondeur ni l'os sous-chondral. Elle ne peut pas remplacer la radiographie pour le diagnostic d'arthrose, mais elle constitue un complément utile, notamment pour guider un geste thérapeutique comme une infiltration articulaire ou pour surveiller l'activité inflammatoire de la maladie.
Le scanner (tomodensitométrie)
Le scanner articulaire est moins fréquemment utilisé dans le diagnostic de l'arthrose que la radiographie ou l'IRM. Il fournit une excellente visualisation des structures osseuses en trois dimensions et peut être utile pour préciser la morphologie d'une articulation complexe avant une intervention chirurgicale. L'arthroscanner, qui consiste à injecter un produit de contraste dans l'articulation avant le scanner, permet de visualiser le cartilage de manière indirecte et peut constituer une alternative à l'IRM chez les patients pour lesquels celle-ci est contre-indiquée.
La scintigraphie osseuse
La scintigraphie osseuse est un examen de médecine nucléaire qui utilise un traceur radioactif pour détecter les zones d'activité osseuse anormale. Dans le contexte de l'arthrose, elle peut révéler des foyers d'hyperfixation correspondant à des zones de remodelage osseux actif. Elle est surtout utile lorsque le diagnostic est incertain et que l'on suspecte d'autres pathologies (métastases osseuses, maladie de Paget, ostéonécrose). Elle n'est pas prescrite en routine dans le bilan d'une arthrose standard.
Les examens biologiques : quel rôle dans le diagnostic ?
Il n'existe pas de marqueur sanguin spécifique de l'arthrose. Contrairement aux rhumatismes inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrose ne provoque généralement pas d'anomalie des bilans sanguins standards. Ce constat constitue d'ailleurs un élément diagnostique important : face à des douleurs articulaires avec un bilan biologique normal, le diagnostic d'arthrose est conforté.
Le bilan sanguin : éliminer les diagnostics différentiels
Le médecin peut prescrire un bilan sanguin non pas pour confirmer l'arthrose, mais pour exclure d'autres pathologies. La vitesse de sédimentation (VS) et la protéine C-réactive (CRP) sont normales ou très peu élevées dans l'arthrose pure. Une élévation significative de ces marqueurs inflammatoires doit faire rechercher une autre cause : polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, goutte, infection articulaire ou chondrocalcinose.
Le dosage du facteur rhumatoïde et des anticorps anti-CCP (anti-peptides citrullinés cycliques) aide à exclure une polyarthrite rhumatoïde. Le dosage de l'acide urique peut orienter vers une goutte. Le bilan phosphocalcique et le dosage de la vitamine D complètent parfois l'investigation, notamment chez les personnes âgées où plusieurs pathologies peuvent coexister. Se poser la question "comment savoir si on a de l'arthrose" implique justement cette démarche d'élimination méthodique.
L'analyse du liquide synovial
La ponction articulaire, réalisée lorsqu'un épanchement articulaire est présent, permet de recueillir et d'analyser le liquide synovial. Cet examen est particulièrement informatif pour le diagnostic différentiel. Dans l'arthrose, le liquide synovial est typiquement mécanique : clair, visqueux, contenant moins de 2000 cellules par millimètre cube, avec une prédominance de cellules mononucléées. Un liquide inflammatoire (trouble, peu visqueux, riche en cellules) oriente vers une arthrite inflammatoire. Un liquide purulent fait suspecter une infection articulaire, urgence thérapeutique absolue.
La recherche de microcristaux au microscope en lumière polarisée permet d'identifier des cristaux d'urate de sodium (goutte) ou de pyrophosphate de calcium (chondrocalcinose), deux pathologies qui peuvent mimer ou coexister avec l'arthrose.
Les critères diagnostiques selon la localisation
Les sociétés savantes, notamment l'American College of Rheumatology (ACR), ont défini des critères diagnostiques spécifiques selon la localisation de l'arthrose. Ces critères combinent des éléments cliniques, biologiques et radiologiques pour permettre un diagnostic standardisé.
Critères diagnostiques de la gonarthrose
Pour l'arthrose du genou, les critères ACR incluent : une douleur du genou la plupart des jours du mois précédent, associée à la présence d'ostéophytes sur la radiographie, et au moins un des critères suivants : âge supérieur à 50 ans, raideur matinale inférieure à 30 minutes, ou crépitations à la mobilisation. Ces critères ont une sensibilité de 91 % et une spécificité de 86 %, ce qui en fait un outil diagnostique fiable en pratique clinique.
Critères diagnostiques de la coxarthrose
Pour l'arthrose de la hanche, les critères ACR associent : une douleur de hanche la plupart des jours, un pincement articulaire sur la radiographie et une VS inférieure à 20 mm/h. Des critères alternatifs incluent la présence d'ostéophytes sur la radiographie du bassin. La coxarthrose se manifeste typiquement par une douleur inguinale (dans le pli de l'aine) irradiant vers la face antérieure de la cuisse, parfois jusque dans le genou, ce qui peut égarer le diagnostic si l'on n'y pense pas.
Critères diagnostiques de l'arthrose des mains
L'arthrose des mains répond à des critères spécifiques : douleur ou raideur des mains la plupart des jours du mois précédent, augmentation de volume de deux articulations ou plus parmi une liste définie, moins de trois articulations métacarpo-phalangiennes gonflées, et augmentation de volume d'au moins deux articulations interphalangiennes distales. La présence de nodosités d'Heberden ou de Bouchard est très évocatrice.
Le cas de l'arthrose rachidienne
L'arthrose cervicale et l'arthrose lombaire posent des problèmes diagnostiques particuliers. La quasi-totalité des adultes de plus de 50 ans présente des signes radiologiques d'arthrose vertébrale, sans pour autant en souffrir. Le diagnostic repose donc davantage sur la corrélation entre les symptômes et les anomalies d'imagerie que sur la simple constatation de lésions radiologiques. L'IRM est souvent nécessaire pour exclure d'autres causes de douleurs rachidiennes : hernie discale, canal lombaire étroit, ou pathologie inflammatoire.
La discordance radio-clinique : un piège diagnostique majeur
L'un des défis les plus importants dans le diagnostic de l'arthrose est la discordance fréquente entre les images radiologiques et les symptômes ressentis par le patient. Des études épidémiologiques de grande envergure ont montré que seulement 40 à 60 % des personnes présentant des signes radiologiques d'arthrose du genou ressentent effectivement des douleurs. Inversement, des patients souffrant de douleurs articulaires invalidantes peuvent présenter des radiographies considérées comme normales ou peu altérées.
Cette discordance s'explique par plusieurs facteurs. Le cartilage, principal tissu atteint dans l'arthrose, n'est pas innervé : sa destruction ne génère pas directement de douleur. La douleur provient d'autres structures : l'os sous-chondral, la membrane synoviale, les ligaments, les muscles et les tendons péri-articulaires. Or, l'état de ces structures n'est que partiellement reflété par la radiographie standard.
Les facteurs psychologiques jouent également un rôle : l'anxiété, la dépression, la catastrophisation (tendance à envisager le pire) et les croyances négatives sur la maladie peuvent amplifier la perception douloureuse indépendamment de la sévérité des lésions anatomiques. La sensibilisation centrale, phénomène neurologique où le système nerveux amplifie les signaux douloureux, est de plus en plus reconnue comme un facteur contributif dans la douleur arthrosique chronique.
Cette réalité a une implication pratique majeure : le diagnostic d'arthrose ne peut jamais reposer sur la seule imagerie. Il doit toujours intégrer les symptômes, l'examen clinique et le contexte global du patient. Un cliché radiographique montrant de l'arthrose ne signifie pas automatiquement que l'arthrose est responsable des douleurs du patient.
Le diagnostic précoce : un enjeu pour l'avenir
La recherche médicale travaille activement au développement de techniques permettant un diagnostic plus précoce de l'arthrose, à un stade où les lésions sont encore potentiellement réversibles. Plusieurs pistes sont explorées avec des résultats prometteurs.
Les biomarqueurs de l'arthrose
Des marqueurs biologiques sanguins ou urinaires témoignant de la dégradation du cartilage sont en cours d'évaluation. Le CTX-II (fragment de collagène de type II), le COMP (Cartilage Oligomeric Matrix Protein), et certaines cytokines inflammatoires font l'objet de recherches intensives. Ces biomarqueurs pourraient à terme permettre de détecter l'arthrose bien avant l'apparition des premiers signes radiologiques, et de suivre l'efficacité des traitements de manière objective. Cependant, aucun de ces marqueurs n'a encore atteint le niveau de validation suffisant pour une utilisation en pratique courante.
L'IRM de nouvelle génération
Des séquences IRM avancées permettent désormais d'évaluer non seulement la morphologie du cartilage mais aussi sa composition biochimique. Les techniques de cartographie T2 et T1rho détectent les modifications précoces de la matrice cartilagineuse (perte de protéoglycanes, désorganisation du collagène) avant toute perte d'épaisseur visible. L'IRM avec injection de gadolinium retardée (dGEMRIC) évalue la concentration en protéoglycanes du cartilage. Ces techniques, encore réservées à la recherche clinique, pourraient révolutionner le diagnostic précoce dans les années à venir.
L'intelligence artificielle au service du diagnostic
L'intelligence artificielle et le deep learning sont de plus en plus utilisés pour analyser les images radiologiques et IRM avec une précision parfois supérieure à celle de l'oeil humain. Des algorithmes capables de détecter des signes subtils d'arthrose débutante sur des radiographies standard, ou de prédire la progression de la maladie à partir de données d'imagerie, sont en cours de développement et de validation clinique. Ces outils pourraient faciliter le diagnostic précoce et améliorer le suivi des patients à grande échelle.
Le parcours diagnostique en pratique : qui consulter et quand ?
Face à des douleurs articulaires persistantes, la première étape consiste à consulter son médecin traitant. Celui-ci réalise l'interrogatoire et l'examen clinique, prescrit les radiographies appropriées et le bilan biologique si nécessaire. Dans la majorité des cas, le médecin généraliste est en mesure de poser le diagnostic d'arthrose et d'initier la prise en charge.
Le recours au rhumatologue est indiqué dans certaines situations : doute diagnostique persistant, arthrose du sujet jeune (avant 50 ans), arthrose rapidement progressive, atteinte articulaire atypique, suspicion de rhumatisme inflammatoire associé, ou arthrose résistante au traitement de première ligne. Le rhumatologue dispose d'une expertise spécifique dans l'évaluation des maladies articulaires et peut réaliser des examens complémentaires spécialisés comme la ponction articulaire ou l'échographie articulaire.
Le chirurgien orthopédiste intervient lorsque le traitement médical est insuffisant et qu'une solution chirurgicale est envisagée : arthroscopie, ostéotomie de réaxation, ou mise en place d'une prothèse articulaire. Son avis est particulièrement pertinent dans les stades avancés de gonarthrose ou de coxarthrose, lorsque le retentissement fonctionnel est majeur et que les traitements conservateurs ont été épuisés.
Il est important de ne pas attendre trop longtemps avant de consulter. Une prise en charge précoce de l'arthrose, incluant la correction des facteurs de risque modifiables, l'exercice physique adapté et les mesures de protection articulaire, peut significativement ralentir la progression de la maladie et préserver la qualité de vie. Savoir reconnaître les premiers signaux d'alerte est le premier pas vers un diagnostic rapide et une prise en charge optimale de cette maladie chronique mais maîtrisable.