Face à une douleur persistante du genou, le médecin prescrit presque systématiquement une radiographie. Cet examen, rapide et accessible, reste le pilier du diagnostic de l'arthrose. Pourtant, nombre de patients quittent le cabinet de radiologie avec un compte-rendu truffé de termes techniques sans en comprendre la portée réelle. Pincement de l'interligne articulaire, ostéophytes, sclérose sous-chondrale, stade Kellgren-Lawrence : ces mots décrivent précisément l'état de votre articulation, mais restent opaques pour qui n'a pas de formation médicale. La radio du genou pour arthrose constitue la première étape incontournable du parcours diagnostique, bien avant toute discussion sur un traitement de l'arthrose du genou. Comprendre ce que montre votre cliché, c'est reprendre le contrôle sur votre prise en charge et dialoguer efficacement avec votre médecin.

Comment se déroule une radiographie du genou

La radiographie du genou est un examen d'imagerie médicale utilisant les rayons X pour produire une image des structures osseuses de l'articulation. L'examen est indolore, ne nécessite aucune préparation particulière et dure entre cinq et quinze minutes selon le nombre d'incidences réalisées. Aucune injection de produit de contraste n'est nécessaire. Le patient retire les vêtements couvrant le genou et tout objet métallique susceptible de gêner la qualité de l'image. Le manipulateur en radiologie positionne ensuite le patient selon des protocoles standardisés pour obtenir des clichés reproductibles et interprétables.

L'irradiation délivrée lors d'une radiographie du genou est très faible, de l'ordre de 0,005 millisievert par incidence, ce qui correspond à quelques heures d'exposition à la radioactivité naturelle. Cet examen peut donc être répété sans risque significatif pour le suivi de l'arthrose. Toutefois, les précautions habituelles s'appliquent : signaler une grossesse en cours et port d'un tablier plombé pour les zones non explorées si nécessaire.

Radiographie de face en charge : l'incidence fondamentale

La radiographie de face en charge, réalisée debout avec le poids du corps réparti sur les deux jambes, constitue l'incidence de base pour évaluer l'arthrose fémoro-tibiale. Le patient se tient debout face à la cassette radiographique, les deux pieds posés au sol, le genou en extension complète. Cette position en charge est essentielle car elle reproduit les contraintes mécaniques réelles que subit l'articulation au quotidien. Un cliché couché sous-estimerait considérablement le pincement de l'interligne articulaire, car sans la pression du poids du corps, les surfaces articulaires s'écartent et le cartilage résiduel retrouve une épaisseur apparente plus importante.

Sur le cliché de face, le radiologue évalue la largeur de l'interligne articulaire dans les compartiments fémoro-tibiaux interne et externe, recherche la présence d'ostéophytes sur les bords articulaires, analyse la densité de l'os sous-chondral et repère d'éventuelles géodes. Cette incidence permet également d'apprécier l'axe mécanique du membre inférieur et de détecter une déviation en varus ou en valgus, facteur aggravant reconnu de la gonarthrose.

Radiographie de profil : visualiser l'ensemble de l'articulation

Le cliché de profil du genou est réalisé avec le patient debout, le genou légèrement fléchi à environ 20-30 degrés. Cette incidence offre une vue latérale de l'articulation et permet d'évaluer des structures difficilement analysables sur la face : la trochlée fémorale, la hauteur rotulienne, l'espace articulaire fémoro-tibial dans le plan sagittal et la pente tibiale postérieure. Le profil est particulièrement utile pour détecter les ostéophytes postérieurs des condyles fémoraux, souvent invisibles sur le cliché de face, ainsi que pour évaluer la position de la rotule par rapport au fémur.

Incidence en schuss : démasquer le pincement débutant

L'incidence en schuss, également appelée vue en flexion à 30 degrés ou vue postéro-antérieure en charge, est la plus sensible pour détecter un pincement articulaire débutant. Le patient se tient debout, les genoux fléchis à environ 30 degrés, la face antérieure des genoux appuyée contre la cassette. Le rayon X est dirigé de l'arrière vers l'avant avec une angulation caudale de 10 degrés environ. Cette position de semi-flexion met en contact les zones du cartilage fémoral les plus sollicitées lors de la marche avec le plateau tibial, révélant ainsi des pincements invisibles sur un cliché de face en extension complète.

Plusieurs études ont démontré que l'incidence en schuss augmente la détection du pincement articulaire de 20 à 30 % par rapport au cliché de face standard. Elle est donc indispensable dans le bilan initial d'une suspicion d'arthrose du genou et permet de repérer des lésions arthrosiques débutantes que les symptômes d'arthrose du genou laissaient suspecter cliniquement.

Défilé fémoro-patellaire : explorer la rotule

L'incidence axiale de la rotule, ou défilé fémoro-patellaire, est réalisée pour évaluer spécifiquement l'articulation entre la rotule et la trochlée fémorale. Le patient est assis ou allongé, le genou fléchi à 30 ou 60 degrés selon le protocole utilisé. Le rayon X est dirigé selon l'axe de la rotule de manière à visualiser la congruence entre la face postérieure de la rotule et la gorge trochléenne. Cette incidence permet de mesurer le pincement de l'interligne fémoro-patellaire, de détecter une dysplasie trochléenne, une bascule ou une subluxation de la rotule, et de visualiser les ostéophytes rotuliens et trochléens.

L'arthrose fémoro-patellaire est fréquemment sous-diagnostiquée lorsque le défilé fémoro-patellaire n'est pas inclus dans le bilan radiographique. Or, cette localisation est particulièrement fréquente chez les femmes après 50 ans et se traduit par des douleurs antérieures du genou aggravées par les escaliers, la position assise prolongée et l'accroupissement. Un bilan radiographique complet d'arthrose du genou doit donc inclure au minimum quatre incidences : face en charge, profil, schuss et défilé fémoro-patellaire.

Les quatre signes radiologiques de l'arthrose du genou

L'arthrose se manifeste sur les radiographies par quatre signes cardinaux que le radiologue recherche systématiquement. Ces anomalies reflètent les différents processus pathologiques qui caractérisent la maladie arthrosique : dégradation du cartilage, réaction osseuse et remodelage articulaire. Leur association, même partielle, permet de poser le diagnostic radiologique d'arthrose avec une grande fiabilité.

Le pincement de l'interligne articulaire : reflet indirect de la perte cartilagineuse

Le cartilage articulaire étant radiotransparent (invisible aux rayons X), sa dégradation ne peut être évaluée que de manière indirecte, en mesurant l'espace entre les surfaces osseuses du fémur et du tibia. Cet espace, appelé interligne articulaire, mesure normalement entre 4 et 6 millimètres au niveau du compartiment fémoro-tibial interne du genou. Lorsque le cartilage s'amincit sous l'effet de l'arthrose dégénérative, l'interligne se réduit progressivement.

Le pincement peut être global, touchant uniformément l'ensemble de l'interligne, ou localisé, prédominant dans un compartiment. Dans l'arthrose fémoro-tibiale interne, qui représente la forme la plus fréquente, le pincement prédomine sur le versant médial. Ce pincement asymétrique est un signe très caractéristique de l'arthrose, permettant de la distinguer d'autres pathologies articulaires comme la polyarthrite rhumatoïde où le pincement est habituellement global et symétrique. Le pincement de l'interligne articulaire est le marqueur radiologique le plus précoce et le plus fiable de la sévérité de l'arthrose.

Les ostéophytes : une tentative de compensation mécanique

Les ostéophytes sont des excroissances osseuses qui se développent en périphérie des surfaces articulaires, aux marges de l'articulation. Ils apparaissent comme des éperons ou des lèvres osseuses irrégulières sur les bords des condyles fémoraux, des plateaux tibiaux, de la rotule ou de la trochlée. Leur formation résulte d'un processus de remodelage osseux stimulé par les contraintes mécaniques anormales liées à la dégradation cartilagineuse. L'organisme tente ainsi d'augmenter la surface de contact articulaire pour répartir les pressions sur une zone plus étendue.

Les ostéophytes constituent souvent le premier signe radiologique détectable d'arthrose, parfois même avant tout pincement mesurable de l'interligne. Leur taille et leur nombre augmentent avec la progression de la maladie. Bien qu'ils représentent une tentative de stabilisation mécanique, les ostéophytes volumineux peuvent eux-mêmes devenir source de gêne fonctionnelle en limitant l'amplitude articulaire ou en irritant les tissus environnants.

La sclérose sous-chondrale : l'os se densifie sous la pression

La sclérose sous-chondrale désigne un épaississement et une densification de l'os situé immédiatement sous le cartilage articulaire. Sur la radiographie, elle se traduit par une bande d'os anormalement blanche et dense le long des surfaces articulaires. Ce phénomène résulte de l'augmentation des contraintes mécaniques transmises directement à l'os lorsque le cartilage protecteur s'amincit. L'os sous-chondral réagit en se renforçant, de manière similaire à la formation de cal osseux après une fracture.

La sclérose sous-chondrale est particulièrement marquée dans les zones de pincement articulaire maximal, ce qui confirme son origine mécanique. Elle témoigne d'un remodelage osseux actif et reflète la chronicité du processus arthrosique. Sa présence est un critère important dans la classification radiologique de la sévérité de l'arthrose et s'observe principalement dans les stades modérés à avancés de la maladie.

Les géodes sous-chondrales : des cavités dans l'os

Les géodes, également appelées kystes sous-chondraux, sont des cavités de taille variable creusées dans l'os sous-chondral. Elles apparaissent sur la radiographie comme des zones arrondies ou ovalaires plus sombres (radiotransparentes), entourées d'un liseré de condensation osseuse. Leur diamètre varie de quelques millimètres à plus de deux centimètres. Leur mécanisme de formation fait intervenir la pénétration de liquide synovial sous pression à travers des microfractures du cartilage et de l'os sous-chondral, associée à une nécrose osseuse localisée.

Les géodes sont un signe d'arthrose évoluée. Elles s'observent principalement dans les stades avancés de la maladie et traduisent des remaniements osseux importants. Leur présence dans un bilan radiographique oriente vers une atteinte structurelle significative qui peut justifier une discussion sur les options thérapeutiques avancées, incluant l'infiltration articulaire ou la chirurgie prothétique.

Classification de Kellgren-Lawrence : évaluer la sévérité

La classification de Kellgren et Lawrence, publiée en 1957 et toujours utilisée comme référence internationale, permet de grader la sévérité radiologique de l'arthrose en cinq stades, de 0 à 4. Cette classification standardisée facilite la communication entre professionnels de santé, permet le suivi objectif de l'évolution de la maladie et guide les décisions thérapeutiques. Elle repose sur l'analyse combinée des quatre signes radiologiques décrits précédemment : pincement articulaire, ostéophytes, sclérose sous-chondrale et géodes.

Stade 0 : radiographie normale

Le stade 0 correspond à une radiographie strictement normale, sans aucune anomalie décelable. L'interligne articulaire est conservé, les contours osseux sont réguliers, il n'existe ni ostéophyte, ni sclérose, ni géode. Ce stade n'exclut cependant pas la présence de lésions cartilagineuses débutantes : l'IRM peut révéler des anomalies du cartilage alors que la radiographie standard est encore normale. Un patient présentant des douleurs articulaires avec une radio classée stade 0 peut donc tout de même souffrir d'une arthrose débutante, invisible sur les clichés conventionnels.

Stade 1 : arthrose douteuse

Le stade 1 est qualifié d'arthrose douteuse ou possible. Il se caractérise par la présence d'un ostéophyte minime, parfois de signification incertaine, sans pincement mesurable de l'interligne articulaire. L'interligne reste de largeur normale et il n'existe pas de sclérose sous-chondrale significative. Ce stade est souvent difficile à interpréter car la limite entre un ostéophyte débutant et une simple irrégularité osseuse est parfois ténue. La corrélation clinico-radiologique est particulièrement importante à ce stade pour déterminer si les anomalies observées expliquent les symptômes du patient.

Stade 2 : arthrose débutante

Le stade 2 correspond à une arthrose certaine mais minime. Il associe la présence d'ostéophytes nets et un pincement articulaire possible mais modéré. L'interligne articulaire peut être discrètement réduit, sans réduction franche de plus de 50 %. La sclérose sous-chondrale est absente ou minime. Ce stade confirme le diagnostic d'arthrose radiologique et justifie la mise en place de mesures préventives et thérapeutiques pour freiner la progression de la maladie : renforcement musculaire ciblé via des exercices adaptés pour l'arthrose du genou, gestion du poids corporel, adaptation de l'activité physique et suivi médical régulier.

Stade 3 : arthrose modérée

Le stade 3 définit une arthrose modérée avec des lésions radiologiques franches. Le pincement de l'interligne articulaire est net, avec une réduction de plus de 50 % de la largeur normale. Les ostéophytes sont multiples et de taille significative. La sclérose sous-chondrale est visible sous les zones de pincement. Des géodes débutantes peuvent être présentes. Ce stade marque souvent un tournant dans la prise en charge du patient : les douleurs deviennent plus fréquentes et plus intenses, le périmètre de marche se réduit et le retentissement fonctionnel s'accentue. Le recours à la kinésithérapie devient incontournable, et les traitements médicamenteux ou par infiltrations sont fréquemment nécessaires.

Stade 4 : arthrose sévère

Le stade 4 représente l'arthrose sévère, le degré le plus avancé de la classification. L'interligne articulaire a pratiquement ou totalement disparu, avec un contact osseux direct entre le fémur et le tibia. La sclérose sous-chondrale est marquée, les ostéophytes sont volumineux et les géodes souvent multiples. On peut observer une déformation articulaire avec usure des surfaces osseuses, un remodelage des condyles fémoraux et des plateaux tibiaux. Les ostéophytes postérieurs, parfois de grande taille, peuvent comprimer les structures vasculo-nerveuses du creux poplité.

A ce stade, la question de la prothèse de genou se pose naturellement lorsque les traitements conservateurs ne parviennent plus à maintenir une qualité de vie acceptable. Toutefois, la décision chirurgicale ne repose jamais sur la seule imagerie : elle intègre le niveau de douleur, le retentissement fonctionnel, l'âge, les comorbidités et les attentes du patient.

Discordance radio-clinique : quand l'image ne dit pas tout

L'un des phénomènes les plus déroutants de l'arthrose du genou est la fréquente discordance entre les résultats radiologiques et les symptômes ressentis par le patient. La littérature médicale a abondamment documenté cette dissociation : certains patients présentant une arthrose radiologique sévère de stade 4 peuvent marcher sans douleur significative, tandis que d'autres souffrent intensément avec des radiographies quasi normales ou classées stade 1-2. Cette discordance radio-clinique est estimée entre 30 et 50 % des cas selon les études.

Plusieurs facteurs expliquent ce décalage. La radiographie ne visualise que les structures osseuses et l'espace articulaire, mais elle ne montre pas directement les sources de douleur les plus fréquentes : l'inflammation de la membrane synoviale, les lésions méniscales, les atteintes ligamentaires, l'oedème osseux ou les anomalies de la moelle osseuse sous-chondrale. Or, ce sont précisément ces lésions des tissus mous qui génèrent la majorité des signaux douloureux dans l'arthrose. Un patient peut avoir un cartilage très aminci mais une synoviale calme et peu douloureuse. A l'inverse, une synovite inflammatoire intense peut provoquer des douleurs majeures alors que la destruction cartilagineuse radiologique reste modérée.

Le seuil de perception de la douleur varie également considérablement d'un individu à l'autre. Des facteurs psychologiques comme l'anxiété, la dépression, la catastrophisation de la douleur et le déconditionnement musculaire influencent profondément l'expérience douloureuse, indépendamment de la sévérité des lésions anatomiques. La qualité du quadriceps joue aussi un rôle protecteur majeur : un muscle puissant absorbe une partie des contraintes mécaniques et peut compenser partiellement les déficits structurels de l'articulation.

Cette discordance a une conséquence clinique fondamentale : la décision thérapeutique ne doit jamais reposer uniquement sur les résultats de la radiographie. Un patient classé stade 2 de Kellgren-Lawrence mais très symptomatique mérite une prise en charge active et personnalisée, tandis qu'un patient stade 4 fonctionnellement satisfait ne nécessite pas forcément d'intervention chirurgicale immédiate.

Quand passer de la radiographie à l'IRM

La radiographie reste l'examen de première intention dans le bilan de l'arthrose du genou. Cependant, dans certaines situations cliniques, elle ne suffit pas et le médecin doit compléter le bilan par une imagerie par résonance magnétique (IRM). Contrairement à la radiographie qui ne visualise que l'os et l'espace articulaire, l'IRM explore l'ensemble des structures articulaires : cartilage, ménisques, ligaments, membrane synoviale, os sous-chondral et tissus mous péri-articulaires.

Indications principales de l'IRM du genou

L'IRM est particulièrement indiquée lorsqu'il existe une discordance entre la sévérité des symptômes et les résultats de la radiographie. Un genou très douloureux avec des radiographies normales ou peu modifiées peut révéler à l'IRM des lésions cartilagineuses focales, un oedème osseux sous-chondral, une lésion méniscale dégénérative ou une synovite inflammatoire. L'IRM est également recommandée en cas de blocage articulaire, d'épanchement articulaire récidivant ou d'instabilité du genou, situations qui évoquent une pathologie associée nécessitant un traitement spécifique.

Avant une décision chirurgicale, l'IRM apporte des informations complémentaires précieuses pour le planning opératoire : état précis du cartilage dans chaque compartiment, intégrité des ménisques et des ligaments, présence de corps étrangers intra-articulaires. Elle permet aussi d'exclure des diagnostics différentiels parfois trompeurs : ostéonécrose du condyle fémoral, fracture de fatigue du plateau tibial, tumeur osseuse ou synoviale. Pour les patients dont les symptômes résistent aux traitements habituels, l'IRM peut orienter vers des thérapeutiques ciblées en identifiant la source exacte de la douleur.

Limites et complémentarité des examens

L'IRM présente néanmoins des limites propres. Son coût est nettement supérieur à celui de la radiographie, les délais d'obtention d'un rendez-vous sont souvent longs et l'examen dure entre 20 et 40 minutes dans un espace confiné, ce qui peut poser problème aux patients claustrophobes. Par ailleurs, l'IRM tend parfois à surestimer les lésions : des anomalies du signal méniscal ou des lésions cartilagineuses mineures sont fréquemment retrouvées chez des sujets asymptomatiques de plus de 50 ans, sans signification pathologique. L'interprétation des résultats doit donc toujours être corrélée au contexte clinique pour éviter des traitements inutiles.

L'échographie articulaire constitue une alternative intéressante pour évaluer certains aspects de l'arthrose du genou : présence d'un épanchement, épaisseur de la synoviale, visualisation de certains ostéophytes. Elle est moins coûteuse, immédiatement disponible et peut être répétée facilement. Elle ne remplace cependant ni la radiographie ni l'IRM pour l'évaluation globale de l'arthrose.

Le suivi radiologique de l'arthrose du genou

Une fois le diagnostic d'arthrose posé, la question du suivi radiologique se pose naturellement. La fréquence et la pertinence des contrôles radiographiques dépendent du stade de la maladie, de l'évolution clinique et des décisions thérapeutiques envisagées. Un suivi trop rapproché est inutile car l'arthrose évolue lentement, avec un pincement articulaire moyen estimé entre 0,1 et 0,3 millimètre par an. Un suivi trop espacé risque de méconnaître une aggravation significative justifiant une adaptation du traitement.

Rythme de surveillance recommandé

En pratique, les sociétés savantes de rhumatologie recommandent un contrôle radiographique tous les deux à trois ans pour une arthrose stable cliniquement. Un nouveau bilan est justifié en cas de modification significative des symptômes : majoration des douleurs, réduction du périmètre de marche, apparition d'une déformation ou survenue de blocages articulaires. Ces changements cliniques peuvent traduire une accélération du processus dégénératif nécessitant une réévaluation de la stratégie thérapeutique.

Pour que le suivi radiologique soit fiable, les clichés successifs doivent être réalisés dans les mêmes conditions techniques : mêmes incidences, même position du patient (en charge), même centre de radiologie si possible. La comparaison de clichés réalisés selon des protocoles différents peut conduire à des erreurs d'interprétation, notamment en surestimant ou en sous-estimant la progression du pincement articulaire. Le patient a tout intérêt à conserver ses clichés antérieurs et à les apporter à chaque nouveau bilan pour permettre une comparaison directe.

Critères de progression radiologique

La progression de l'arthrose est évaluée sur plusieurs critères : augmentation du pincement articulaire, apparition de nouveaux ostéophytes ou croissance des ostéophytes existants, extension de la sclérose sous-chondrale, apparition de géodes ou augmentation de leur taille. Une progression rapide, définie par une perte de plus de 0,5 millimètre d'interligne par an, est un signal d'alarme qui doit conduire à intensifier la prise en charge. Elle peut justifier une consultation spécialisée en rhumatologie et une discussion sur les options thérapeutiques avancées, incluant les infiltrations articulaires ou l'orientation vers un chirurgien orthopédiste.

Il est important de souligner que la progression radiologique n'est pas linéaire. L'arthrose peut rester stable pendant de longues périodes puis s'aggraver brutalement, notamment à la suite d'un traumatisme, d'une prise de poids importante ou d'une poussée inflammatoire. A l'inverse, certaines arthroses se stabilisent spontanément, parfois pendant des années. Cette imprévisibilité renforce l'intérêt d'un suivi clinique régulier couplé à des bilans radiographiques adaptés. Des mesures de prévention comme le maintien d'une activité physique adaptée permettent de prévenir l'aggravation de l'arthrose sur le long terme.

Comprendre son compte-rendu de radiographie du genou

Le compte-rendu de radiographie du genou est un document médical structuré rédigé par le radiologue après analyse des clichés. Sa lecture peut sembler complexe au premier abord, mais la connaissance de quelques termes clés permet au patient de comprendre l'essentiel des informations qu'il contient et de préparer utilement sa consultation avec le médecin traitant ou le rhumatologue.

Structure type d'un compte-rendu radiologique

Un compte-rendu standard débute par le rappel du contexte clinique (motif de l'examen, antécédents notables) et la description des incidences réalisées. Vient ensuite l'analyse systématique des différents compartiments articulaires : fémoro-tibial interne, fémoro-tibial externe et fémoro-patellaire. Pour chaque compartiment, le radiologue décrit la largeur de l'interligne, la présence et la taille des ostéophytes, l'état de l'os sous-chondral et la présence éventuelle de géodes. Le compte-rendu se termine par une conclusion synthétique comportant le diagnostic retenu et, le plus souvent, le stade de Kellgren-Lawrence.

Termes fréquents et leur signification

Plusieurs expressions reviennent régulièrement dans les comptes-rendus de radiographie du genou. Le terme "interligne conservé" signifie que l'espace articulaire est de largeur normale, sans pincement significatif. "Pincement modéré" indique une réduction de l'interligne inférieure à 50 %, tandis que "pincement sévère" correspond à une diminution de plus de 50 %. "Contact osseux" ou "interligne disparu" traduit l'absence totale d'espace articulaire, correspondant au stade le plus avancé de la maladie.

Le terme "ostéophytose marginale" désigne la présence d'ostéophytes sur les bords articulaires, avec des qualificatifs allant de "minime" à "floride" selon leur importance. "Condensation sous-chondrale" est synonyme de sclérose sous-chondrale. "Géodes" ou "lacunes sous-chondrales" désignent les cavités intra-osseuses. "Chondrocalcinose" fait référence à des calcifications visibles dans le cartilage ou les ménisques, une pathologie fréquemment associée à l'arthrose chez les sujets âgés.

Le compte-rendu peut également mentionner des éléments extra-articulaires pertinents : calcification des tendons ou des bourses séreuses, corps étrangers intra-articulaires (fragments osseux ou cartilagineux libres dans l'articulation), ou anomalies osseuses autres. La mention "pas de lésion osseuse suspecte" est une formule rassurante indiquant l'absence de signe évocateur de tumeur ou de fracture.

Questions à poser à son médecin après la radio

Muni de son compte-rendu, le patient peut poser des questions ciblées à son médecin pour mieux comprendre sa situation. Les interrogations les plus pertinentes portent sur le stade de sévérité de l'arthrose et sa localisation précise, la concordance entre les anomalies radiologiques et les symptômes ressentis, le rythme de surveillance recommandé, la nécessité éventuelle d'examens complémentaires comme l'IRM, et les implications thérapeutiques des résultats. Demander une comparaison avec d'éventuelles radiographies antérieures permet d'évaluer la vitesse de progression de la maladie et d'adapter la prise en charge en conséquence.

Au-delà de l'imagerie, la prise en charge globale de l'arthrose du genou repose sur une approche multimodale associant des mesures non médicamenteuses prioritaires (exercices de renforcement musculaire avec un kinésithérapeute spécialisé, perte de poids si nécessaire, adaptation de l'activité physique), des traitements médicamenteux (antalgiques, anti-inflammatoires), des gestes locaux (infiltrations) et, en dernier recours, la chirurgie. La radiographie du genou n'est que le point de départ d'un parcours de soins qui doit être individualisé en fonction de chaque patient, de ses attentes et de son mode de vie.