Le genou est l'articulation la plus fréquemment touchée par l'arthrose en France. Chaque année, des centaines de milliers de patients consultent pour des douleurs chroniques du genou, une raideur progressive ou une difficulté croissante à monter les escaliers. Derrière ces plaintes se cache souvent une gonarthrose, terme médical désignant l'arthrose localisée au niveau de l'articulation du genou. Avec près de 5 millions de Français concernés et un impact majeur sur la mobilité et la qualité de vie, la gonarthrose représente un véritable enjeu de santé publique. Pourtant, son évolution n'est pas une fatalité : comprendre ses mécanismes, reconnaître ses signes précoces et connaître les solutions thérapeutiques actuelles permet d'agir concrètement sur la maladie.

Qu'est-ce que la gonarthrose : définition et formes cliniques

La gonarthrose désigne la dégradation progressive du cartilage articulaire du genou. Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit pas d'une simple usure liée au vieillissement, mais d'une véritable maladie articulaire chronique impliquant l'ensemble des structures de l'articulation : cartilage, os sous-chondral, membrane synoviale, ligaments et muscles périarticulaires. Elle s'inscrit dans le cadre plus large de l'arthrose dégénérative, tout en présentant des particularités propres liées à l'anatomie et à la biomécanique du genou.

La gonarthrose est la localisation arthrosique la plus fréquente. Elle touche environ 30 % des personnes de plus de 65 ans et sa prévalence augmente significativement avec l'âge. Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes, notamment après la ménopause. La maladie peut être primitive, c'est-à-dire survenir sans cause identifiable, ou secondaire, consécutive à un traumatisme, une anomalie anatomique ou une pathologie méniscale.

Gonarthrose fémoro-tibiale : le compartiment le plus touché

L'arthrose fémoro-tibiale concerne l'articulation entre le fémur et le tibia. Elle représente la forme la plus courante de gonarthrose et peut affecter le compartiment interne (médial) ou le compartiment externe (latéral) du genou. Le compartiment interne est de loin le plus fréquemment atteint, en raison de la répartition naturelle des contraintes mécaniques lors de la marche : environ 60 à 70 % du poids du corps transite par ce compartiment à chaque pas.

L'arthrose fémoro-tibiale interne se manifeste par des douleurs localisées sur la face interne du genou, souvent aggravées par la marche prolongée, la station debout et la descente des escaliers. Elle s'accompagne fréquemment d'une déformation progressive du membre inférieur en varus (jambes arquées), qui accentue à son tour les contraintes sur le compartiment interne et alimente un cercle vicieux mécanique. L'arthrose fémoro-tibiale externe est plus rare et touche davantage les patients présentant un morphotype en valgus (genoux en X).

Gonarthrose fémoro-patellaire : la rotule en souffrance

L'arthrose fémoro-patellaire affecte l'articulation entre la rotule (patella) et la trochlée fémorale, cette gorge située à la face antérieure du fémur dans laquelle la rotule glisse lors des mouvements de flexion-extension. Cette forme de gonarthrose est particulièrement fréquente chez les femmes et chez les personnes ayant des antécédents de luxation ou de subluxation rotulienne.

Les symptômes de l'arthrose du genou dans sa forme fémoro-patellaire sont caractéristiques : douleur antérieure du genou aggravée par la montée et surtout la descente des escaliers, douleur en position assise prolongée (signe du cinéma), crépitations audibles ou palpables lors de la mobilisation de la rotule, et difficulté à se relever d'une chaise basse. La pression directe sur la rotule plaquée contre la trochlée reproduit souvent la douleur, ce qui constitue un test clinique important pour le diagnostic.

Gonarthrose tricompartimentale : l'atteinte globale

Lorsque les trois compartiments du genou sont simultanément touchés par l'arthrose, on parle de gonarthrose tricompartimentale ou pangonarthrose. Cette forme représente le stade le plus avancé et le plus invalidant de la maladie. Elle associe les symptômes des deux formes précédentes et s'accompagne généralement d'une limitation fonctionnelle majeure. C'est dans cette configuration que la question d'une prothèse de genou se pose le plus souvent, lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus à maintenir une qualité de vie acceptable.

Anatomie du genou : comprendre l'articulation pour comprendre la maladie

Le genou est l'articulation la plus volumineuse et l'une des plus complexes du corps humain. Il met en jeu trois os (fémur, tibia et rotule), quatre ligaments principaux, deux ménisques, une capsule articulaire, une membrane synoviale et un appareil musculo-tendineux puissant. Cette complexité anatomique explique à la fois la polyvalence fonctionnelle du genou et sa vulnérabilité face aux pathologies dégénératives.

Le fémur repose sur le plateau tibial par l'intermédiaire de deux condyles recouverts de cartilage hyalin. Ce cartilage, d'une épaisseur de 3 à 5 millimètres au niveau du genou, assure le glissement des surfaces articulaires et absorbe les chocs mécaniques. Les ménisques, structures fibro-cartilagineuses en forme de croissant interposées entre le fémur et le tibia, améliorent la congruence articulaire, répartissent les pressions et contribuent à la stabilité du genou. Leur rôle protecteur est fondamental : une méniscectomie (ablation partielle ou totale d'un ménisque) multiplie par deux à trois le risque de développer une gonarthrose dans les années qui suivent.

Les quatre ligaments principaux du genou (ligaments croisés antérieur et postérieur, ligaments collatéraux interne et externe) assurent la stabilité passive de l'articulation. Les muscles de la cuisse, en particulier le quadriceps et les ischio-jambiers, assurent la stabilité active et jouent un rôle protecteur essentiel contre les contraintes excessives. Un quadriceps faible est un facteur de risque reconnu de gonarthrose, ce qui souligne l'importance des exercices de renforcement pour l'arthrose du genou.

Facteurs de risque spécifiques de la gonarthrose

La gonarthrose résulte d'une combinaison de facteurs mécaniques, biologiques et métaboliques. Certains sont modifiables et constituent autant de leviers pour prévenir l'arthrose ou freiner sa progression. Identifier les causes de l'arthrose chez un patient donné est essentiel pour adapter la prise en charge.

Le surpoids : premier facteur de risque modifiable

Le lien entre surpoids et arthrose est particulièrement fort au niveau du genou. Chaque kilogramme de poids corporel exerce une force de trois à six kilogrammes sur l'articulation du genou lors de la marche. Chez une personne en surpoids de 10 kilogrammes, ce sont donc 30 à 60 kilogrammes de contrainte supplémentaire que le genou doit absorber à chaque pas. Sur les milliers de pas effectués quotidiennement, l'accumulation de ces surcharges mécaniques accélère considérablement la dégradation du cartilage.

Mais l'effet du surpoids ne se limite pas à la dimension mécanique. Le tissu adipeux produit des adipokines, des molécules pro-inflammatoires qui circulent dans le sang et entretiennent une inflammation chronique de bas grade au niveau des articulations. Cette composante métabolique de l'obésité explique pourquoi le surpoids augmente également le risque d'arthrose des mains, une articulation pourtant non portante. La perte de poids constitue donc un double levier thérapeutique, à la fois mécanique et biologique, et représente l'une des mesures les plus efficaces contre la gonarthrose.

Traumatismes et chirurgies antérieures du genou

Les antécédents traumatiques du genou constituent un facteur de risque majeur de gonarthrose secondaire. La rupture du ligament croisé antérieur, les fractures articulaires du plateau tibial ou des condyles fémoraux, et les lésions méniscales sévères altèrent la biomécanique de l'articulation et prédisposent au développement d'une arthrose à moyen ou long terme. Environ 50 % des patients ayant subi une rupture du ligament croisé antérieur développent une gonarthrose dans les 10 à 20 ans qui suivent le traumatisme, qu'ils aient été opérés ou non.

Les méniscectomies, longtemps pratiquées de manière systématique, sont aujourd'hui reconnues comme un facteur de risque indépendant de gonarthrose. La perte de tissu méniscal réduit la surface de contact entre le fémur et le tibia, concentre les contraintes mécaniques et accélère la dégradation cartilagineuse. La chirurgie méniscale moderne privilégie désormais la réparation méniscale chaque fois que la lésion le permet, afin de préserver au maximum cette structure protectrice.

Activités sportives et sollicitations répétitives

La relation entre sport et gonarthrose est nuancée. Les activités physiques modérées et régulières sont protectrices pour le cartilage articulaire : elles stimulent la production de liquide synovial, favorisent la nutrition du cartilage et renforcent la musculature stabilisatrice. En revanche, certaines pratiques sportives intensives, impliquant des impacts répétés, des torsions en charge ou des hyperextensions, augmentent le risque de gonarthrose. Le football, le rugby, le ski alpin et le tennis de compétition sont particulièrement incriminés.

La question de la course à pied en cas d'arthrose du genou fait l'objet de nombreux débats. Les études récentes sont plutôt rassurantes pour les coureurs récréatifs : la course à pied pratiquée à un volume raisonnable ne semble pas augmenter le risque de gonarthrose et pourrait même avoir un effet protecteur sur le cartilage. En revanche, les volumes d'entraînement élevés et la pratique sur des surfaces dures sans chaussures adaptées peuvent constituer des facteurs aggravants. Le vélo en cas d'arthrose du genou est généralement mieux toléré, car il sollicite l'articulation en décharge, sans impact.

Anomalies morphologiques et facteurs génétiques

Les déviations axiales des membres inférieurs jouent un rôle important dans la survenue de la gonarthrose. Un genu varum (jambes arquées) concentre les contraintes sur le compartiment fémoro-tibial interne et favorise l'arthrose de ce compartiment. Un genu valgum (genoux en X) augmente les pressions sur le compartiment externe. Ces anomalies peuvent être constitutionnelles ou acquises à la suite de fractures mal consolidées.

La composante génétique de la gonarthrose est également bien documentée. Des études menées sur des jumeaux ont montré que la part génétique dans le risque de développer une gonarthrose se situe entre 40 et 65 %. Plusieurs gènes impliqués dans le métabolisme du cartilage, la régulation de l'inflammation et la structure osseuse ont été identifiés comme des facteurs de susceptibilité. Cette prédisposition génétique explique pourquoi certains patients développent une gonarthrose sévère malgré l'absence de facteur de risque mécanique évident.

Symptômes détaillés de la gonarthrose par compartiment

Les symptômes de l'arthrose du genou sont variables selon le compartiment atteint, le stade de la maladie et la sensibilité individuelle du patient. Leur reconnaissance précoce permet une prise en charge adaptée qui peut significativement ralentir l'évolution de la maladie.

La douleur : symptôme cardinal de la gonarthrose

La douleur est le motif de consultation le plus fréquent. Au stade initial, elle présente un caractère mécanique typique : elle apparaît lors de l'activité physique et cède au repos. Elle est classiquement déclenchée par la marche prolongée, la montée ou la descente des escaliers, le passage de la position assise à la position debout, et la station debout statique. Elle disparaît la nuit et au repos allongé, contrairement aux douleurs inflammatoires.

Au fur et à mesure de l'évolution, la douleur tend à s'aggraver et à perdre son caractère purement mécanique. Elle peut persister au repos, apparaître la nuit et être accompagnée de poussées inflammatoires douloureuses. Ces épisodes de crise d'arthrose se manifestent par une recrudescence brutale des douleurs, un gonflement du genou par épanchement articulaire et une chaleur locale. Ils traduisent une inflammation aiguë de la membrane synoviale et peuvent durer de quelques jours à plusieurs semaines.

Raideur et limitation fonctionnelle

La raideur matinale est un symptôme précoce de la gonarthrose. Elle se manifeste par une difficulté à mobiliser le genou au réveil, avec une sensation de blocage ou de résistance. Contrairement à la raideur des rhumatismes inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, la raideur de la gonarthrose est généralement de courte durée : elle ne dépasse habituellement pas 20 à 30 minutes et cède rapidement avec les premiers mouvements. Ce critère temporel est un élément important du diagnostic de l'arthrose.

La limitation fonctionnelle s'aggrave progressivement au fil des années. Les patients rapportent d'abord une difficulté à s'accroupir, à s'agenouiller ou à se relever d'un siège bas. Puis les périmètres de marche se réduisent. Dans les formes avancées, la flexion et l'extension complètes du genou deviennent impossibles. Un flessum (impossibilité d'étendre complètement le genou) peut s'installer, modifiant la démarche et entraînant des compensations au niveau de la hanche et du rachis lombaire.

Signes physiques : crépitations, gonflement et déformation

Les crépitations articulaires sont fréquentes et souvent perçues par le patient comme un signe inquiétant. Elles correspondent au frottement des surfaces articulaires irrégulières l'une contre l'autre. Palpables et parfois audibles, elles sont particulièrement nettes dans l'arthrose fémoro-patellaire lors de la flexion-extension active du genou. Si elles traduisent effectivement une altération cartilagineuse, leur présence ne préjuge pas de la sévérité de l'arthrose ni de son caractère douloureux.

L'épanchement articulaire se manifeste par un gonflement du genou, parfois discret (hydarthrose chronique), parfois important lors des poussées inflammatoires. Il traduit une production excessive de liquide synovial par la membrane synoviale irritée. La ponction de ce liquide, lorsqu'elle est réalisée, ramène un liquide mécanique (clair, visqueux, contenant moins de 2 000 cellules par millimètre cube), contrairement au liquide inflammatoire des arthrites. Les déformations axiales apparaissent aux stades avancés et témoignent de la destruction cartilagineuse asymétrique : le genou dévie en varus ou en valgus selon le compartiment le plus atteint.

Stades radiologiques de la gonarthrose

La radiographie du genou reste l'examen de référence pour évaluer la sévérité de la gonarthrose. La classification de Kellgren et Lawrence, établie en 1957 et toujours largement utilisée, distingue quatre stades radiologiques basés sur trois critères principaux : le pincement de l'interligne articulaire (traduisant la perte de cartilage), la présence d'ostéophytes (excroissances osseuses) et les remaniements de l'os sous-chondral.

Classification de Kellgren et Lawrence

Le stade 0 correspond à un genou radiologiquement normal, sans aucun signe d'arthrose. Le stade 1 est dit douteux : on observe un possible ostéophyte débutant sans pincement de l'interligne. Le stade 2, qualifié de gonarthrose minime, montre un ostéophyte net avec un pincement modéré de l'interligne. Le stade 3 correspond à une gonarthrose modérée avec un pincement important de l'interligne, des ostéophytes multiples et un début de sclérose sous-chondrale. Le stade 4, la gonarthrose sévère, se caractérise par une disparition quasi complète de l'interligne articulaire (contact os contre os), des ostéophytes volumineux et une déformation des extrémités osseuses.

Il est essentiel de souligner qu'il existe souvent une discordance entre les lésions radiologiques et les symptômes ressentis par le patient. Certaines personnes présentant une gonarthrose radiologique de stade 3 ou 4 sont peu symptomatiques, tandis que d'autres souffrent de douleurs invalidantes avec des radiographies quasi normales. Cette discordance radio-clinique, bien documentée dans la littérature médicale, rappelle que la prise en charge doit être guidée par le retentissement fonctionnel de la maladie et non par les seules images radiologiques.

Techniques d'imagerie complémentaires

L'IRM du genou n'est pas systématiquement nécessaire pour le diagnostic de gonarthrose, mais elle apporte des informations précieuses dans certaines situations. Elle permet de visualiser directement le cartilage, d'évaluer l'état des ménisques et des ligaments, de détecter un oedème osseux sous-chondral (signe d'inflammation active) et de mettre en évidence un épanchement articulaire minime. L'IRM est particulièrement utile chez les patients jeunes, en cas de doute diagnostique ou lorsqu'une intervention chirurgicale est envisagée.

L'échographie articulaire, de plus en plus utilisée en consultation de rhumatologie, permet de détecter un épanchement articulaire, une synovite (inflammation de la membrane synoviale) et des ostéophytes superficiels. Son caractère non irradiant, sa disponibilité et son coût modéré en font un complément intéressant à la radiographie standard.

Traitements conservateurs de la gonarthrose

La prise en charge de la gonarthrose repose en première intention sur des traitements non chirurgicaux, dits conservateurs. Ces mesures visent à réduire la douleur, maintenir la mobilité articulaire, renforcer les muscles stabilisateurs du genou et ralentir la progression de la maladie. Le traitement de l'arthrose du genou est multimodal et doit être adapté au profil de chaque patient.

Mesures hygiéno-diététiques et perte de poids

La perte de poids est la mesure thérapeutique la plus efficace chez les patients en surpoids ou obèses atteints de gonarthrose. Les études cliniques montrent qu'une réduction de 5 à 10 % du poids corporel entraîne une diminution significative des douleurs et une amélioration de la fonction articulaire. Chez les patients obèses, la perte de poids réduit non seulement les contraintes mécaniques sur le genou, mais diminue également l'inflammation systémique liée à l'excès de tissu adipeux.

L'adaptation des activités physiques est un volet fondamental du traitement. Le repos strict est contre-productif : il accélère la fonte musculaire, favorise la raideur articulaire et entretient le déconditionnement physique. Les recommandations actuelles préconisent le maintien d'une activité physique régulière, en privilégiant les exercices en décharge ou à faible impact : natation, aquagym, vélo, marche modérée. La mise en place d'un programme d'exercices ciblés pour le genou arthrosique constitue un pilier du traitement.

Kinésithérapie et exercices de renforcement musculaire

La rééducation par un kinésithérapeute spécialisé est recommandée à tous les stades de la gonarthrose. Les objectifs principaux sont le renforcement du quadriceps (muscle clé de la stabilité du genou), l'entretien de la mobilité articulaire, le travail de la proprioception (sens de la position du genou dans l'espace) et la correction des déséquilibres musculaires. Un quadriceps fort réduit les contraintes sur le cartilage, améliore la stabilité articulaire et diminue le risque de chute.

Les exercices de renforcement du quadriceps peuvent être réalisés en isométrique (contraction sans mouvement) ou en isotonique (contraction avec mouvement). Les exercices en chaîne cinétique fermée (type squat partiel, presse) sont préférés aux exercices en chaîne ouverte (type extension de jambe sur machine), car ils sollicitent le genou dans des conditions plus physiologiques et exercent moins de contraintes sur l'articulation fémoro-patellaire. Les ischio-jambiers, les muscles du mollet et les stabilisateurs de la hanche doivent également être renforcés pour optimiser la biomécanique du membre inférieur.

Traitements médicamenteux

Le paracétamol, longtemps considéré comme l'antalgique de première intention dans la gonarthrose, voit son rapport bénéfice-risque réévalué. Son efficacité sur la douleur arthrosique est modeste et les recommandations récentes ne le placent plus systématiquement en première ligne. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont plus efficaces sur la douleur et la composante inflammatoire, mais leur utilisation au long cours est limitée par leurs effets indésirables digestifs, cardiovasculaires et rénaux. Ils sont préconisés en cures courtes lors des poussées douloureuses.

Les traitements topiques (AINS en gel ou en crème) constituent une alternative intéressante aux formes orales, avec une efficacité locale démontrée et un meilleur profil de tolérance systémique. Les anti-arthrosiques symptomatiques d'action lente (glucosamine, chondroïtine sulfate, diacéréine) restent controversés : leur efficacité est jugée modeste par les méta-analyses, mais certains patients rapportent un bénéfice clinique notable. Les injections intra-articulaires de corticoïdes sont réservées aux poussées inflammatoires avec épanchement et procurent un soulagement rapide mais temporaire, de quelques semaines à quelques mois.

Viscosupplémentation et nouveaux traitements

La viscosupplémentation consiste en l'injection intra-articulaire d'acide hyaluronique, un composant naturel du liquide synovial. L'objectif est de restaurer les propriétés viscoélastiques du liquide articulaire, d'améliorer la lubrification et de protéger le cartilage résiduel. Son efficacité est variable selon les patients et les produits utilisés. Les guidelines internationales ne s'accordent pas sur sa recommandation : certaines sociétés savantes la préconisent en cas d'échec des traitements de première ligne, tandis que d'autres la considèrent comme insuffisamment prouvée.

La recherche sur les nouveaux traitements de l'arthrose du genou est particulièrement active. Les injections de PRP (plasma riche en plaquettes), les thérapies par cellules souches mésenchymateuses, les biothérapies ciblant les médiateurs de l'inflammation et les facteurs de croissance cartilagineux font l'objet d'essais cliniques prometteurs. Si aucun de ces traitements n'a encore révolutionné la prise en charge, certains apportent des résultats encourageants, en particulier le PRP dans les formes modérées de gonarthrose.

Orthèses et aides techniques

Le port d'une genouillère pour arthrose peut soulager les douleurs et améliorer la stabilité articulaire. Les genouillères de décharge (orthèses de valgisation ou de varisation) sont conçues pour transférer les contraintes mécaniques du compartiment arthrosique vers le compartiment sain. Leur efficacité est démontrée dans la gonarthrose unicompartimentale fémoro-tibiale, en particulier chez les patients présentant une déviation axiale modérée.

Les semelles orthopédiques à coin latéral ou médial visent le même objectif de décharge compartimentale. Une canne de marche, portée du côté opposé au genou douloureux, réduit de 20 à 30 % les contraintes sur l'articulation et peut significativement diminuer les douleurs à la marche. Ces aides techniques sont souvent sous-utilisées, alors qu'elles représentent un complément thérapeutique simple et efficace.

Traitements chirurgicaux de la gonarthrose

Le recours à la chirurgie est envisagé lorsque les traitements conservateurs bien conduits ne permettent plus de contrôler la douleur et de maintenir une fonction articulaire acceptable. La décision chirurgicale repose sur un faisceau d'arguments cliniques et radiologiques, et doit toujours être discutée avec le patient en tenant compte de ses attentes, de son niveau d'activité et de ses comorbidités.

Ostéotomie tibiale de valgisation

L'ostéotomie tibiale de valgisation est une intervention conservatrice (elle conserve l'articulation native) indiquée chez les patients jeunes et actifs présentant une gonarthrose fémoro-tibiale interne avec déviation en varus. Le principe consiste à modifier l'axe mécanique du membre inférieur en coupant partiellement le tibia et en le réalignant de manière à transférer les contraintes du compartiment interne usé vers le compartiment externe sain. Cette intervention permet de retarder la mise en place d'une prothèse de plusieurs années, voire de plusieurs décennies chez les patients bien sélectionnés.

L'ostéotomie est idéalement proposée aux patients de moins de 60 ans, avec un compartiment externe préservé, un poids corporel raisonnable et une bonne mobilité du genou. La récupération post-opératoire nécessite une période de décharge de quatre à six semaines puis une rééducation progressive. Les résultats sont bons à excellent dans 70 à 80 % des cas à 10 ans de recul.

Prothèse unicompartimentale du genou

La prothèse unicompartimentale (PUC) consiste à remplacer un seul compartiment du genou (le plus souvent le compartiment interne) par un implant prothétique. Cette technique mini-invasive préserve les ligaments croisés, les compartiments sains et offre une récupération plus rapide qu'une prothèse totale. Les patients rapportent souvent un genou plus naturel, avec une meilleure proprioception et des amplitudes articulaires supérieures.

La PUC est indiquée chez les patients de plus de 55-60 ans présentant une gonarthrose unicompartimentale isolée, avec des ligaments croisés intacts et une déformation modérée. Ses résultats sont excellents lorsque les indications sont respectées, avec des taux de survie de l'implant supérieurs à 90 % à 15 ans. Cependant, le risque de reprise chirurgicale est légèrement supérieur à celui d'une prothèse totale, en raison de la possible progression de l'arthrose vers les compartiments non remplacés.

Prothèse totale de genou

La prothèse totale de genou (PTG) est l'intervention de référence pour la gonarthrose avancée touchant plusieurs compartiments. Elle consiste à remplacer l'ensemble des surfaces articulaires du genou (condyles fémoraux, plateaux tibiaux et éventuellement la face postérieure de la rotule) par des composants prothétiques en métal et en polyéthylène. Environ 100 000 PTG sont posées chaque année en France, ce qui en fait l'une des interventions orthopédiques les plus fréquentes.

Les résultats de la PTG sont remarquablement bons en termes de soulagement de la douleur : plus de 90 % des patients opérés rapportent une disparition ou une amélioration très significative de leurs douleurs. La durée de vie des implants modernes dépasse 20 ans dans plus de 90 % des cas. La récupération complète nécessite trois à six mois de rééducation assidue. Les complications (infection, thrombose veineuse, raideur) sont rares mais doivent être prises en compte dans la décision opératoire. La rééducation postopératoire est cruciale et doit débuter dès le lendemain de l'intervention.

Vivre au quotidien avec une gonarthrose

La gonarthrose est une maladie chronique qui nécessite une adaptation du mode de vie sur le long terme. Au-delà des traitements médicaux et chirurgicaux, de nombreuses stratégies permettent de mieux vivre avec cette pathologie et de maintenir un niveau d'activité satisfaisant.

Adapter ses activités physiques

L'activité physique régulière est un pilier de la prise en charge de la gonarthrose, à condition de choisir les bonnes pratiques et d'en adapter l'intensité. Les activités en décharge (natation, aquagym, vélo) sont les mieux tolérées car elles mobilisent le genou sans le soumettre au poids du corps. La marche nordique, qui répartit les contraintes sur les quatre membres grâce aux bâtons, est une excellente alternative à la randonnée classique. Le yoga et le tai-chi améliorent la souplesse, l'équilibre et la proprioception.

Les sports à impacts et à pivots (football, tennis, ski) doivent être pratiqués avec prudence ou remplacés par des alternatives moins traumatisantes. Il est important de respecter la règle de la douleur : une activité qui provoque une douleur persistant plus de deux heures après l'arrêt de l'effort est probablement trop intense et doit être modulée. La sédentarité est le pire ennemi du genou arthrosique : elle favorise l'amyotrophie, la raideur et le déconditionnement, accélérant le cercle vicieux de la maladie.

Aménagements du domicile et de l'environnement

Certains aménagements simples du domicile peuvent considérablement faciliter le quotidien des patients atteints de gonarthrose. Rehausser les assises des toilettes et des chaises évite les flexions profondes du genou, source de douleur. Installer une barre d'appui dans la salle de bain et les escaliers sécurise les déplacements. Privilégier une douche à l'italienne plutôt qu'une baignoire supprime la nécessité d'enjamber un rebord. Ces adaptations, souvent prises en charge par les aides au logement, contribuent à maintenir l'autonomie du patient.

Sur le plan professionnel, les patients exerçant un métier exigeant physiquement (port de charges lourdes, station debout prolongée, travail à genoux) peuvent bénéficier d'aménagements de poste ou d'une reconnaissance en maladie professionnelle dans certaines situations. La médecine du travail joue un rôle clé dans l'évaluation des contraintes professionnelles et la mise en place de solutions adaptées.

Gestion des poussées douloureuses

Les poussées de gonarthrose, caractérisées par une recrudescence des douleurs et un éventuel gonflement du genou, sont fréquentes et souvent déstabilisantes pour le patient. La mise au repos relatif de l'articulation (sans immobilisation stricte), l'application de froid en phase aiguë, la prise d'AINS sur une courte période et l'utilisation temporaire d'une canne constituent les mesures de base pour traverser ces épisodes. Si le gonflement est important, une ponction articulaire suivie d'une infiltration de corticoïdes peut apporter un soulagement rapide.

Il est fondamental que le patient apprenne à reconnaître les signes annonciateurs d'une poussée (augmentation de la raideur matinale, sensation de chaleur locale, léger gonflement) afin d'adapter précocement son activité et son traitement. La tenue d'un journal de bord des symptômes peut aider à identifier les facteurs déclenchants (suractivité, changement climatique, stress) et à mieux les anticiper. Une prise en charge précoce des poussées permet de limiter leur durée et leur intensité, et de préserver les acquis fonctionnels du patient.

Prévention et ralentissement de la progression

Si la gonarthrose ne peut être guérie une fois installée, de nombreuses mesures permettent de freiner sa progression et de retarder l'échéance chirurgicale. La prévention primaire, chez les personnes à risque mais indemnes de gonarthrose, et la prévention secondaire, chez les patients déjà atteints, reposent sur des principes communs : contrôle du poids, activité physique adaptée, correction des désaxations et protection articulaire.

Le maintien d'un indice de masse corporelle inférieur à 25 réduit significativement le risque de développer une gonarthrose. Le renforcement musculaire régulier du quadriceps et des ischio-jambiers constitue une mesure préventive majeure, en améliorant la stabilité active du genou et en répartissant plus uniformément les contraintes sur le cartilage. La correction précoce des désaxations par des semelles orthopédiques ou une ostéotomie chez les sujets jeunes peut prévenir l'apparition ou l'aggravation de la gonarthrose.

La prise en charge optimale des traumatismes du genou est un élément de prévention souvent négligé. Une rupture du ligament croisé antérieur correctement traitée et rééduquée, une lésion méniscale réparée plutôt que réséquée, une fracture articulaire réduite anatomiquement : autant de mesures qui diminuent le risque de gonarthrose post-traumatique. La sensibilisation des sportifs et de leurs encadrants à la prévention des blessures du genou participe également à cette démarche de prévention à long terme.