Arthrose cervicale : symptômes, causes et traitements
Raideur dans la nuque au réveil, douleurs irradiant vers les épaules, craquements à chaque rotation de la tête, voire vertiges inexpliqués : ces manifestations, souvent mises sur le compte du stress o...
Raideur dans la nuque au réveil, douleurs irradiant vers les épaules, craquements à chaque rotation de la tête, voire vertiges inexpliqués : ces manifestations, souvent mises sur le compte du stress ou d'une mauvaise posture, peuvent révéler une atteinte bien plus profonde de votre colonne vertébrale. L'arthrose cervicale, également appelée cervicarthrose, touche les articulations situées entre les vertèbres du cou et représente l'une des formes les plus fréquentes d'arthrose. Près de 75 % des personnes de plus de 65 ans présentent des signes radiologiques de dégénérescence du rachis cervical, même si toutes ne souffrent pas de symptômes invalidants. Comprendre les mécanismes de cette pathologie, en reconnaître les signes précoces et connaître les solutions thérapeutiques disponibles permet de préserver sa mobilité et sa qualité de vie sur le long terme.
Qu'est-ce que l'arthrose cervicale ? Définition et anatomie
Comprendre la cervicarthrose
L'arthrose cervicale, ou cervicarthrose, désigne la dégénérescence progressive du cartilage qui recouvre les surfaces articulaires des vertèbres cervicales. Ce cartilage, normalement lisse et élastique, joue un rôle d'amortisseur entre les vertèbres et permet les mouvements fluides du cou. Lorsqu'il s'use, les vertèbres entrent en contact plus direct, provoquant douleurs, inflammation et formation de petites excroissances osseuses appelées ostéophytes. Cette maladie s'inscrit dans le cadre plus large de l'arthrose dégénérative, un processus d'usure qui peut toucher toutes les articulations du corps.
Contrairement à une idée reçue, l'arthrose cervicale ne se résume pas à une simple usure liée au vieillissement. Il s'agit d'un véritable déséquilibre entre la destruction et la reconstruction du tissu cartilagineux, impliquant des mécanismes biologiques complexes. Les cellules du cartilage, les chondrocytes, ne parviennent plus à compenser la dégradation, ce qui entraîne un amincissement progressif puis une disparition du revêtement cartilagineux articulaire.
Anatomie du rachis cervical : les structures en jeu
Le rachis cervical constitue la portion supérieure de la colonne vertébrale. Il se compose de sept vertèbres, numérotées de C1 à C7, qui s'empilent entre la base du crâne et le début du thorax. Cette région anatomique est remarquable par sa mobilité : elle permet les mouvements de flexion, d'extension, de rotation et d'inclinaison latérale de la tête, offrant un champ de vision optimal au quotidien.
Chaque vertèbre cervicale s'articule avec ses voisines par trois types d'articulations. Les disques intervertébraux, situés entre les corps vertébraux, assurent l'amortissement des chocs et la répartition des contraintes mécaniques. Les articulations uncovertébrales, spécifiques au rachis cervical, se trouvent sur les bords latéraux des corps vertébraux. Enfin, les articulations zygapophysaires, ou articulaires postérieures, relient les processus articulaires supérieurs et inférieurs de chaque vertèbre. Ces trois types de structures peuvent être affectés par l'arthrose, mais la dégénérescence des disques intervertébraux (discarthrose) et des articulations uncovertébrales (uncarthrose) prédominent dans la cervicarthrose.
Fait essentiel : le canal rachidien cervical abrite la moelle épinière, d'où émergent les racines nerveuses qui innervent les bras, les mains et une partie du thorax. Les artères vertébrales cheminent également à travers les vertèbres cervicales pour irriguer le cerveau postérieur. Cette proximité entre structures osseuses, nerveuses et vasculaires explique la diversité des symptômes que peut engendrer la cervicarthrose, allant de la simple douleur locale aux manifestations neurologiques et aux vertiges.
Les causes et facteurs de risque de l'arthrose cervicale
Le vieillissement naturel du rachis
Le premier facteur de survenue de l'arthrose cervicale reste le vieillissement physiologique. Avec le temps, les disques intervertébraux perdent leur teneur en eau et leur élasticité, s'aplatissent et se fissurent. Ce phénomène de déshydratation discale entraîne une diminution de la hauteur de l'espace intervertébral, ce qui modifie la répartition des charges sur les articulations voisines et accélère leur dégradation. Dès l'âge de 40 ans, des premiers signes d'usure discale peuvent apparaître sur les radiographies, sans pour autant provoquer de douleurs. Pour mieux comprendre l'ensemble des mécanismes en jeu, consultez notre dossier complet sur les causes de l'arthrose.
Les contraintes mécaniques et posturales
Les activités professionnelles ou habitudes de vie imposant des contraintes répétées au rachis cervical constituent un facteur de risque majeur. Les travailleurs qui maintiennent la tête en position fixe pendant de longues heures, comme les personnes travaillant sur écran, les chirurgiens ou les dentistes, sollicitent excessivement leurs articulations cervicales. Les vibrations mécaniques, les postures en hyperextension cervicale et le port régulier de charges lourdes sur la tête ou les épaules contribuent également à une usure accélérée.
La posture liée à l'utilisation intensive des smartphones et tablettes, désormais désignée sous le terme de « text neck » ou syndrome du cou du texte, constitue un facteur de risque émergent. L'inclinaison prolongée de la tête vers l'avant multiplie par quatre à cinq la charge subie par les vertèbres cervicales, passant de 5 kg environ en position neutre à plus de 25 kg lorsque la tête est inclinée à 60 degrés.
Les traumatismes et antécédents
Un traumatisme cervical ancien, même apparemment bénin, peut favoriser l'apparition précoce d'une cervicarthrose. Le « coup du lapin » subi lors d'un accident de voiture, une chute sur la tête lors d'une activité sportive ou une blessure au cou peuvent endommager le cartilage articulaire et les disques, amorçant un processus dégénératif qui se manifestera des années plus tard. Les personnes pratiquant des sports de contact, la gymnastique ou la plongée sous-marine sont particulièrement exposées à ces microtraumatismes répétés.
Facteurs génétiques et métaboliques
La prédisposition génétique joue un rôle non négligeable dans le développement de l'arthrose cervicale. Des études sur des jumeaux ont montré que l'hérédité explique jusqu'à 70 % de la variabilité de la dégénérescence discale lombaire et cervicale. Certains polymorphismes génétiques affectent la qualité du collagène ou des protéoglycanes du cartilage, le rendant plus vulnérable aux contraintes mécaniques. Par ailleurs, des facteurs métaboliques tels que le diabète, l'obésité ou les dyslipidémies peuvent altérer la nutrition du cartilage et accélérer sa dégradation. L'approche préventive, détaillée dans notre guide pour prévenir l'arthrose, reste essentielle pour limiter l'impact de ces facteurs.
Les symptômes de l'arthrose cervicale
La cervicalgie : douleur du cou au premier plan
La douleur cervicale, ou cervicalgie, représente le symptôme le plus courant de l'arthrose cervicale. Elle se manifeste typiquement par une douleur sourde et profonde, localisée à l'arrière du cou et à la base du crâne. Cette douleur est de type mécanique : elle s'accentue avec les mouvements de la tête, les positions maintenues et les efforts, et s'atténue au repos. Elle peut cependant évoluer par poussées, avec des épisodes de crise d'arthrose pendant lesquels la douleur devient plus vive et plus constante, y compris la nuit.
La douleur irradie fréquemment vers les épaules, les trapèzes et la région entre les omoplates. Les patients décrivent souvent une sensation de barre douloureuse qui traverse la nuque d'un côté à l'autre, accompagnée d'une tension musculaire réflexe qui aggrave la gêne fonctionnelle. L'ensemble de ces symptômes de l'arthrose peut varier considérablement d'un patient à l'autre, tant en intensité qu'en fréquence.
La raideur cervicale et la limitation des mouvements
La raideur du cou constitue le deuxième signe majeur de la cervicarthrose. Elle se traduit par une diminution progressive de l'amplitude des mouvements de la tête : difficulté à tourner la tête sur les côtés, à l'incliner en arrière ou à la pencher latéralement. Cette raideur est souvent plus marquée le matin, au réveil, et s'estompe partiellement après quelques minutes de mobilisation douce, un phénomène appelé « dérouillage matinal ».
Avec la progression de la maladie, la limitation de mobilité peut devenir permanente et handicapante dans la vie quotidienne. Faire un créneau en voiture, vérifier son angle mort, se retourner pour parler à quelqu'un assis derrière soi : autant de gestes banals qui deviennent difficiles, voire impossibles. Cette perte de mobilité s'accompagne parfois de craquements audibles lors des mouvements du cou, appelés crépitations, qui témoignent du frottement des surfaces articulaires dégradées.
La névralgie cervico-brachiale : quand la douleur descend dans le bras
Lorsque les ostéophytes ou un disque hernié compriment une racine nerveuse à sa sortie du canal rachidien, une névralgie cervico-brachiale peut se développer. Cette douleur intense, souvent décrite comme une brûlure ou une décharge électrique, part du cou et irradie le long du bras, parfois jusqu'aux doigts. Le trajet exact de la douleur dépend de la racine nerveuse comprimée : la compression de la racine C6 provoque une douleur dans le pouce, celle de C7 touche le majeur, et celle de C8 affecte l'annulaire et l'auriculaire.
Des fourmillements, des engourdissements et une perte de sensibilité peuvent accompagner la douleur. Dans les formes sévères, on observe une diminution de la force musculaire dans le bras ou la main, rendant difficile la préhension d'objets ou certains gestes fins. Ces symptômes neurologiques nécessitent une prise en charge rapide et orientent vers les formes d'arthrose cervicale sévère qui justifient un avis spécialisé urgent.
Les craquements et crépitations cervicales
Les bruits articulaires au niveau du cou sont un motif fréquent de consultation. Ils se manifestent par des craquements, des grincements ou des sensations de sable dans le cou lors des mouvements de rotation ou d'inclinaison. Ces crépitations résultent du frottement des surfaces articulaires irrégulières, de la présence de microbulles de gaz dans le liquide synovial ou du glissement de tendons sur des reliefs osseux anormaux.
Si ces bruits sont souvent bénins et ne nécessitent pas de traitement spécifique, leur apparition récente ou leur association avec des douleurs, une raideur ou des symptômes neurologiques doit conduire à une évaluation médicale. Ils constituent un indice supplémentaire dans le cadre du diagnostic de l'arthrose.
Vertiges et maux de tête liés à l'arthrose cervicale
Les vertiges d'origine cervicale
La relation entre cervicales et vertiges est un sujet de consultation très fréquent et parfois mal compris. L'arthrose cervicale peut en effet provoquer des sensations vertigineuses par plusieurs mécanismes. Le premier implique une perturbation des récepteurs proprioceptifs situés dans les muscles et les ligaments cervicaux : ces capteurs sensoriels informent le cerveau sur la position de la tête dans l'espace, et leur dysfonctionnement peut générer une sensation d'instabilité ou de déséquilibre.
Le second mécanisme, plus discuté, concerne la compression intermittente des artères vertébrales par les ostéophytes lors de certains mouvements de rotation ou d'extension du cou. Cette compression peut réduire transitoirement le flux sanguin vers le tronc cérébral et le cervelet, structures impliquées dans l'équilibre, provoquant des vertiges brefs déclenchés par les mouvements de la tête. Les patients décrivent des sensations de tête qui tourne, de sol qui se dérobe ou d'environnement qui bascule, particulièrement en tournant la tête rapidement ou en regardant vers le haut.
Les céphalées cervicogéniques
Les maux de tête d'origine cervicale, ou céphalées cervicogéniques, constituent un symptôme méconnu mais fréquent de la cervicarthrose. Ils se distinguent des migraines et des céphalées de tension par plusieurs caractéristiques. La douleur part habituellement de la base du crâne ou de la nuque et remonte vers le sommet de la tête, la tempe ou la zone autour de l'orbite, le plus souvent d'un seul côté. Elle est déclenchée ou aggravée par les mouvements du cou ou le maintien d'une position prolongée.
Ces céphalées résultent de l'irritation des nerfs occipitaux, issus des racines cervicales supérieures C1 à C3, par les structures arthrosiques. Elles peuvent durer de quelques heures à plusieurs jours et s'accompagner d'une sensibilité du cuir chevelu, de troubles visuels ou de nausées. Leur identification correcte est essentielle, car elles répondent à des traitements spécifiques différents de ceux proposés pour les migraines classiques. La qualité du sommeil, souvent dégradée par ces douleurs, aggrave à son tour la symptomatologie dans un cercle vicieux qu'il convient de briser.
Diagnostic de l'arthrose cervicale
L'examen clinique
Le diagnostic de l'arthrose cervicale repose d'abord sur un interrogatoire médical détaillé et un examen clinique rigoureux. Le médecin recherche les circonstances d'apparition des douleurs, leur rythme, leur localisation et les facteurs déclenchants. L'examen physique évalue l'amplitude des mouvements du cou dans toutes les directions, la présence de points douloureux à la palpation des épineuses et des muscles para-vertébraux, ainsi que la recherche de signes neurologiques : réflexes ostéotendineux, sensibilité, force musculaire des membres supérieurs.
Des manoeuvres cliniques spécifiques permettent de reproduire les symptômes et d'orienter le diagnostic. Le test de Spurling, qui consiste à incliner la tête du côté douloureux et à exercer une pression axiale, reproduit la douleur radiculaire en cas de compression nerveuse. Le test de distraction cervicale, qui soulage la douleur en étirant doucement la nuque vers le haut, oriente vers une origine discale ou foraminale de la symptomatologie.
La radiographie standard
La radiographie du rachis cervical constitue l'examen d'imagerie de première intention. Réalisée en incidences de face, de profil et parfois en oblique, elle permet de visualiser les signes classiques de cervicarthrose : pincement des espaces discaux, ostéophytes sur les plateaux vertébraux et les articulations uncovertébrales, densification de l'os sous-chondral et rétrécissement des foramens intervertébraux par lesquels sortent les racines nerveuses.
Il est important de noter que la sévérité des anomalies radiologiques ne corrèle pas toujours avec l'intensité des symptômes. Certains patients présentent des radiographies très altérées sans douleurs significatives, tandis que d'autres souffrent intensément malgré des images peu marquées. Ce décalage radio-clinique est une caractéristique bien connue de l'arthrose en général.
L'IRM et le scanner cervical
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est l'examen de référence lorsque l'on suspecte une atteinte neurologique, une hernie discale ou un rétrécissement du canal rachidien. L'IRM offre une visualisation précise des tissus mous : disques intervertébraux, moelle épinière, racines nerveuses et ligaments. Elle permet d'évaluer le degré de compression médullaire ou radiculaire et de guider la décision thérapeutique, notamment lorsqu'une intervention chirurgicale est envisagée.
Le scanner cervical (tomodensitométrie) apporte une vision détaillée des structures osseuses et complète l'IRM dans certaines situations. L'électromyogramme peut être réalisé en complément pour évaluer le retentissement de la compression nerveuse sur le fonctionnement des muscles et des nerfs des membres supérieurs. La démarche diagnostique complète est détaillée dans notre article dédié au diagnostic de l'arthrose.
Traitements de l'arthrose cervicale
Traitements médicamenteux
La prise en charge médicamenteuse de l'arthrose cervicale vise avant tout à soulager la douleur et à réduire l'inflammation lors des poussées. Le paracétamol reste l'antalgique de première intention, utilisé à la dose minimale efficace. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l'ibuprofène ou le kétoprofène, sont prescrits en cure courte lors des épisodes douloureux aigus, en tenant compte des contre-indications digestives, rénales et cardiovasculaires. Pour un tour d'horizon complet des options thérapeutiques, notre guide sur le traitement de l'arthrose offre une vue d'ensemble précieuse.
Les myorelaxants peuvent être associés en cas de contracture musculaire importante des muscles cervicaux et trapéziens. Dans les formes avec composante neuropathique (douleurs de type brûlure ou décharge électrique dans le bras), des traitements spécifiques comme la prégabaline ou la gabapentine peuvent être proposés. Les antalgiques de palier 2 (tramadol, codéine) sont réservés aux douleurs résistant au traitement de première ligne, en raison de leurs effets secondaires et du risque de dépendance.
La kinésithérapie : pilier du traitement
La rééducation par un masseur-kinésithérapeute constitue un élément fondamental du traitement de la cervicarthrose. Le programme de kinésithérapie comprend plusieurs volets complémentaires. Les techniques manuelles de mobilisation douce permettent de restaurer les amplitudes articulaires et de décomprimer les structures nerveuses. Le massage décontracturant des muscles cervicaux et trapéziens soulage les tensions musculaires réflexes qui entretiennent le cercle douloureux.
Le renforcement musculaire progressif des muscles profonds du cou, notamment les fléchisseurs cervicaux profonds, améliore la stabilité du rachis cervical et réduit les contraintes sur les articulations arthrosiques. Les exercices de proprioception cervicale contribuent à diminuer les vertiges en rééduquant les capteurs de position. Enfin, l'éducation posturale permet au patient d'identifier et de corriger les positions nocives qui aggravent sa cervicarthrose au quotidien.
Les infiltrations
Lorsque les traitements médicamenteux et la kinésithérapie ne suffisent pas à contrôler les douleurs, des infiltrations de corticoïdes peuvent être proposées. Les infiltrations articulaires postérieures (zygapophysaires), réalisées sous contrôle radiologique ou échographique, ciblent directement les articulations arthrosiques responsables de la douleur. Les infiltrations épidurales ou foraminales sont indiquées en cas de névralgie cervico-brachiale rebelle, pour réduire l'inflammation autour de la racine nerveuse comprimée.
Ces gestes, pratiqués par des médecins spécialisés en rhumatologie ou en médecine de la douleur, apportent un soulagement significatif pendant plusieurs semaines à plusieurs mois. Leur nombre est toutefois limité à trois par an et par site d'injection, en raison des effets potentiels des corticoïdes sur les tissus locaux. La radiofréquence des branches médiales des nerfs articulaires postérieurs représente une alternative plus récente, offrant un soulagement plus prolongé dans certaines indications.
La chirurgie : en dernier recours
Le recours à la chirurgie reste exceptionnel dans l'arthrose cervicale et n'est envisagé que dans des situations bien précises : compression médullaire avec signes neurologiques progressifs (myélopathie cervicarthrosique), névralgie cervico-brachiale hyperalgique résistant à tous les traitements conservateurs pendant au moins six à huit semaines, ou instabilité vertébrale documentée.
Plusieurs techniques opératoires existent. La discectomie par voie antérieure, avec mise en place d'une cage intersomatique ou d'une prothèse discale, permet de décomprimer les structures nerveuses tout en maintenant ou en restaurant la mobilité du segment opéré. La laminectomie postérieure ou la laminoplastie élargissent le canal rachidien en cas de sténose étendue sur plusieurs niveaux. Le choix de la technique dépend du type de compression, de son étendue et de l'état général du patient.
Exercices d'auto-rééducation pour le rachis cervical
Les exercices de mobilisation douce
La pratique régulière d'exercices adaptés constitue un complément indispensable aux traitements professionnels. Les mouvements de mobilisation douce doivent être réalisés lentement, sans forcer et sans provoquer de douleur vive. Les rotations lentes de la tête, d'un côté puis de l'autre, les inclinaisons latérales oreille vers l'épaule et les mouvements de flexion-extension contrôlés permettent de maintenir la souplesse du rachis cervical et de prévenir l'enraidissement progressif.
Un exercice particulièrement bénéfique consiste en la rétraction cervicale, ou « double menton » : assis bien droit, le patient rentre le menton en reculant la tête en arrière, comme pour se faire un double menton, maintient la position cinq secondes puis relâche. Ce mouvement renforce les muscles fléchisseurs cervicaux profonds et corrige la posture en antéposition de la tête, très fréquente chez les personnes travaillant sur écran.
Le renforcement musculaire isométrique
Les exercices isométriques consistent à contracter les muscles du cou contre une résistance fixe, sans mouvement articulaire. Le patient place sa main sur le front et pousse la tête vers l'avant en résistant avec la main, de façon à ce qu'aucun mouvement ne se produise. Le même principe est appliqué en plaçant la main sur l'arrière de la tête, sur chaque tempe et sous le menton. Chaque contraction est maintenue six à dix secondes, avec dix répétitions par direction, deux à trois fois par jour.
Ces exercices présentent l'avantage de renforcer la musculature cervicale sans solliciter les articulations arthrosiques, ce qui les rend particulièrement adaptés aux périodes douloureuses. Bien que ciblés sur le cou, ils s'inscrivent dans une démarche globale de maintien de l'activité physique. Les principes généraux décrits dans notre article sur les exercices pour l'arthrose restent applicables : régularité, progressivité et absence de douleur sont les trois règles fondamentales.
Étirements et relaxation musculaire
Les étirements des muscles cervicaux et de la ceinture scapulaire complètent le programme d'auto-rééducation. L'étirement du trapèze supérieur se réalise en inclinant doucement la tête d'un côté, en aidant éventuellement le mouvement avec la main placée sur le sommet du crâne, tout en abaissant l'épaule opposée. Chaque étirement est maintenu vingt à trente secondes et répété trois fois de chaque côté.
Les étirements des muscles scalènes, du sterno-cléido-mastoïdien et des élévateurs de la scapula contribuent à soulager les contractures qui accompagnent la cervicarthrose. Les techniques de relaxation musculaire progressive et les exercices respiratoires peuvent compléter utilement ces étirements, en favorisant le relâchement global des tensions cervicales et en diminuant la perception douloureuse.
Vivre au quotidien avec une arthrose cervicale
Adapter son poste de travail
L'aménagement ergonomique de l'environnement de travail constitue une mesure préventive et thérapeutique de premier ordre. L'écran de l'ordinateur doit être placé à hauteur des yeux, à une distance d'environ un bras tendu, pour éviter les positions de flexion ou d'extension prolongée du cou. Le clavier et la souris doivent être positionnés de façon à maintenir les épaules détendues et les avant-bras à l'horizontale. Un porte-documents placé entre l'écran et le clavier évite les rotations répétées de la tête lors de la lecture de documents.
Pour les utilisateurs de smartphone, il est recommandé de ramener l'appareil à hauteur des yeux plutôt que de pencher la tête vers le bas. Des pauses régulières, toutes les trente à quarante-cinq minutes, permettent de mobiliser le cou et de relâcher les tensions accumulées. Un casque téléphonique ou des écouteurs remplacent avantageusement le téléphone coincé entre l'oreille et l'épaule, une posture particulièrement délétère pour le rachis cervical.
Le choix de l'oreiller et la position de sommeil
La qualité du sommeil influence directement l'intensité des symptômes de la cervicarthrose. Le choix de l'oreiller revêt une importance capitale : il doit maintenir le rachis cervical dans le prolongement du rachis dorsal, ni trop haut ni trop bas, ni trop ferme ni trop mou. Les oreillers ergonomiques en mousse à mémoire de forme, avec un renflement sous la nuque et un creux pour la tête, offrent un soutien adapté à la lordose cervicale physiologique.
La position de sommeil sur le dos ou sur le côté est préférable à la position ventrale, qui impose une rotation cervicale prolongée. Pour les dormeurs latéraux, l'oreiller doit combler exactement l'espace entre l'épaule et la tête, afin d'éviter toute inclinaison latérale du cou. L'interaction entre arthrose et sommeil est complexe et bidirectionnelle : les douleurs perturbent le sommeil, tandis qu'un sommeil de mauvaise qualité abaisse le seuil de tolérance à la douleur.
Activité physique et arthrose cervicale
Contrairement à une idée largement répandue, l'activité physique n'est pas contre-indiquée en cas d'arthrose cervicale, bien au contraire. Une activité régulière et adaptée contribue à maintenir la mobilité articulaire, à renforcer la musculature cervicale protectrice et à améliorer la condition physique générale. La natation, et plus particulièrement le dos crawlé, représente un choix privilégié car elle mobilise le rachis cervical en décharge, dans un environnement aquatique qui facilite les mouvements et favorise la détente musculaire.
La marche, le vélo (en adaptant la hauteur du guidon pour éviter l'hyperextension cervicale), le yoga adapté et le tai-chi sont également recommandés. En revanche, les sports comportant des risques de chocs ou de traumatismes cervicaux, tels que les sports de combat, le rugby ou le plongeon, doivent être pratiqués avec grande prudence, voire évités. L'arthrose cervicale ne doit pas constituer un prétexte à la sédentarité, qui représente en elle-même un facteur d'aggravation de la maladie.
Liens avec les autres localisations arthrosiques
L'arthrose cervicale ne survient pas toujours de façon isolée. Les patients atteints de cervicarthrose présentent fréquemment des signes d'arthrose dans d'autres localisations, notamment l'arthrose lombaire, qui partage des mécanismes dégénératifs similaires au niveau du rachis. Cette atteinte multi-sites, parfois appelée arthrose rachidienne diffuse, témoigne d'une fragilité constitutionnelle du cartilage articulaire et justifie une prise en charge globale de l'ensemble des articulations touchées.
La coexistence de plusieurs localisations arthrosiques peut compliquer la rééducation et les adaptations du quotidien. Un programme de kinésithérapie bien conçu doit prendre en compte l'ensemble des articulations atteintes et proposer des exercices compatibles avec toutes les localisations. L'approche globale du patient, intégrant les dimensions physiques, psychologiques et sociales, reste la clé d'une prise en charge réussie de cette maladie chronique qu'est l'arthrose.