Les douleurs dans les jambes figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en rhumatologie et en médecine générale. Lorsqu'elles s'installent de manière chronique, s'aggravent à la marche et limitent progressivement le périmètre de déplacement, la question d'une origine arthrosique se pose naturellement. L'arthrose dans les jambes ne constitue pas une entité clinique unique, mais regroupe plusieurs atteintes articulaires distinctes dont les douleurs peuvent se chevaucher, irradier et se combiner. Gonarthrose, coxarthrose avec irradiation crurale, canal lombaire étroit, arthrose de la cheville ou du pied : chacune de ces localisations génère des douleurs aux mécanismes différents, qui nécessitent un diagnostic précis pour une prise en charge adaptée. Comprendre l'origine exacte de ces douleurs, les distinguer d'autres pathologies non arthrosiques et connaître les solutions thérapeutiques disponibles est essentiel pour retrouver une mobilité satisfaisante.

Les différentes localisations de l'arthrose responsables de douleurs dans les jambes

Les douleurs dans les jambes liées à l'arthrose peuvent provenir de plusieurs articulations, chacune présentant des caractéristiques cliniques propres. Il est fondamental d'identifier la source exacte de la douleur pour orienter correctement le traitement. Les principales localisations arthrosiques responsables de douleurs dans les membres inférieurs sont le genou, la hanche, le rachis lombaire, la cheville et le pied.

La gonarthrose : première cause de douleur arthrosique dans les jambes

L'arthrose du genou est la localisation la plus fréquente de l'arthrose dans les jambes. Elle touche environ 30 % des personnes de plus de 65 ans et constitue la première cause de handicap fonctionnel des membres inférieurs lié à l'arthrose. La gonarthrose provoque des douleurs mécaniques localisées autour du genou, mais ces douleurs peuvent irradier vers la face antérieure de la cuisse, la face interne de la jambe ou même le mollet. Le compartiment fémoro-tibial interne est le plus souvent atteint, générant des douleurs sur la face médiale du genou qui peuvent descendre le long du tibia. L'arthrose fémoro-patellaire, quant à elle, provoque des douleurs antérieures aggravées par les escaliers et la position assise prolongée.

La gonarthrose avancée modifie la biomécanique de l'ensemble du membre inférieur. La déformation progressive en varus ou en valgus altère la répartition des charges sur la jambe, entraînant des compensations musculaires et des douleurs diffuses qui dépassent largement la zone articulaire du genou. Les muscles de la cuisse et du mollet se contracturent pour stabiliser une articulation devenue instable, générant des douleurs musculaires associées qui contribuent à la sensation de douleur globale dans la jambe.

La coxarthrose et ses irradiations vers la jambe

L'arthrose de la hanche est une source de douleurs dans les jambes souvent méconnue des patients. La coxarthrose ne se manifeste pas uniquement par une douleur inguinale ou fessière : dans de nombreux cas, la douleur irradie vers la cuisse, la face antérieure ou interne du genou, voire jusqu'au mollet. Cette irradiation s'explique par le trajet des nerfs issus du plexus lombaire, notamment le nerf obturateur et le nerf fémoral, qui innervent à la fois l'articulation de la hanche et certaines zones du genou et de la jambe.

Le piège diagnostique classique est celui du patient qui consulte pour une douleur isolée du genou, chez lequel l'examen clinique et les radiographies du genou sont normaux, et dont la douleur est en réalité rapportée depuis une hanche arthrosique. Les symptômes de l'arthrose de la hanche incluent fréquemment une douleur à la rotation interne, une limitation de l'amplitude articulaire et une boiterie qui modifie la mécanique de toute la jambe. L'irradiation vers le genou est si fréquente qu'elle constitue un adage médical bien connu : devant toute douleur du genou inexpliquée, il faut examiner la hanche.

Le canal lombaire étroit et les douleurs de jambe d'origine rachidienne

L'arthrose lombaire peut être responsable de douleurs dans les jambes par un mécanisme de compression nerveuse. Le canal lombaire étroit, ou sténose canalaire, résulte de la prolifération d'ostéophytes arthrosiques au niveau des vertèbres lombaires et des articulaires postérieures, associée à un épaississement du ligament jaune et à une protrusion discale. Ces remaniements réduisent progressivement le diamètre du canal rachidien et compriment les racines nerveuses destinées aux membres inférieurs.

Le tableau clinique caractéristique du canal lombaire étroit est la claudication neurogène : des douleurs, des paresthésies ou une faiblesse dans les deux jambes, déclenchées par la marche et la station debout prolongée, soulagées par la position assise ou la flexion du tronc en avant. Les patients décrivent typiquement un périmètre de marche limité, avec une nécessité de s'arrêter et de se pencher en avant pour obtenir un soulagement. Ce tableau se distingue de la claudication artérielle par le mécanisme de soulagement : la simple station debout immobile ne suffit pas à calmer les douleurs d'origine rachidienne, contrairement aux douleurs vasculaires.

Arthrose de la cheville et du pied

L'arthrose de la cheville et l'arthrose du pied complètent le tableau des atteintes arthrosiques des membres inférieurs. Bien que moins fréquentes que la gonarthrose ou la coxarthrose, elles génèrent des douleurs distales qui peuvent remonter dans la jambe par des mécanismes de compensation mécanique. L'arthrose de la cheville survient le plus souvent après un traumatisme (entorse grave, fracture malléolaire) et provoque une raideur progressive qui modifie la biomécanique de la marche. L'arthrose du médio-pied et de la première articulation métatarsophalangienne altère le déroulement du pas et entraîne des surcharges mécaniques en amont, au niveau du genou et de la hanche.

Douleurs référées et douleurs locales : comprendre les mécanismes

La distinction entre douleurs locales et douleurs référées est essentielle pour poser un diagnostic correct d'arthrose dans les jambes. Ces deux types de douleurs coexistent fréquemment chez le même patient, rendant l'analyse clinique particulièrement délicate.

Les douleurs locales de l'arthrose

Les douleurs locales correspondent à une souffrance directe de l'articulation arthrosique. Elles sont générées par l'inflammation de la membrane synoviale, les microfractures de l'os sous-chondral, la distension capsulaire par l'épanchement articulaire et la tension des ligaments périarticulaires. Ces douleurs sont typiquement bien localisées par le patient, qui peut pointer du doigt la zone douloureuse. Elles sont aggravées par la mise en charge de l'articulation concernée et soulagées par le repos. L'examen clinique retrouve une douleur provoquée à la palpation des interlignes articulaires, une limitation des amplitudes articulaires et parfois un épanchement.

Au niveau du genou, la douleur locale siège sur les interlignes fémoro-tibiaux ou en regard de la rotule. Au niveau de la hanche, elle se projette dans le pli de l'aine. Au niveau de la cheville, elle concerne les gouttières rétro-malléolaires et le dôme talien. Ces localisations précises orientent immédiatement le clinicien vers l'articulation responsable et permettent de cibler les examens complémentaires.

Les douleurs référées : quand la jambe souffre à distance

Les douleurs référées constituent un piège diagnostique majeur. Elles correspondent à une douleur perçue dans un territoire anatomique éloigné de la structure lésée, en raison de la convergence des voies nerveuses sensitives au niveau de la moelle épinière. L'exemple le plus classique est la douleur de genou d'origine coxarthrosique, mais les douleurs référées d'origine lombaire sont encore plus trompeuses : l'arthrose des facettes articulaires lombaires peut provoquer des douleurs dans la fesse, la cuisse, la face postérieure de la jambe et même le pied, simulant une sciatique.

Les douleurs référées ne respectent pas toujours un trajet nerveux précis, contrairement aux douleurs radiculaires vraies. Elles sont souvent décrites comme profondes, diffuses, difficiles à localiser exactement. Le patient a du mal à circonscrire la zone douloureuse et utilise souvent la paume de la main plutôt que le doigt pour désigner la localisation. Cette caractéristique sémiologique oriente vers une douleur référée et doit faire rechercher une source à distance, en amont sur la chaîne articulaire du membre inférieur.

Diagnostic différentiel : distinguer l'arthrose des autres causes de douleurs dans les jambes

Les douleurs dans les jambes ne sont pas toutes d'origine arthrosique. Plusieurs pathologies vasculaires, neurologiques et rhumatologiques peuvent produire des tableaux cliniques similaires, rendant le diagnostic différentiel indispensable. Le diagnostic de l'arthrose repose sur un faisceau d'arguments cliniques et radiologiques, mais il nécessite d'écarter au préalable les autres causes potentielles.

L'artériopathie oblitérante des membres inférieurs

L'artérite, ou artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), est le principal diagnostic différentiel vasculaire à évoquer devant des douleurs de jambe à la marche. Elle se manifeste par une claudication artérielle intermittente : douleur du mollet survenant à la marche après une distance constante (périmètre de marche), obligeant le patient à s'arrêter, et cédant rapidement (en moins de 5 minutes) par le simple arrêt de la marche en position debout. Cette claudication est liée à une insuffisance d'apport sanguin aux muscles de la jambe lors de l'effort.

Plusieurs éléments permettent de distinguer la claudication artérielle de la claudication neurogène liée au canal lombaire étroit. La claudication artérielle est soulagée par le simple arrêt de la marche en position debout, sans nécessité de s'asseoir ou de se pencher en avant. Le périmètre de marche est constant d'un épisode à l'autre. Les pouls périphériques (tibial postérieur et pédieux) sont diminués ou abolis. L'index de pression systolique cheville-bras (IPS) est abaissé en dessous de 0,9. L'échodoppler artériel confirme le diagnostic en visualisant les sténoses ou les occlusions artérielles.

L'insuffisance veineuse chronique

L'insuffisance veineuse chronique des membres inférieurs provoque des douleurs et une sensation de lourdeur dans les jambes, en particulier en fin de journée et lors de la station debout prolongée. Contrairement aux douleurs arthrosiques, les douleurs veineuses sont soulagées par la surélévation des jambes et la marche, et aggravées par la position statique prolongée et la chaleur. Elles s'accompagnent fréquemment d'oedèmes des chevilles, de varices visibles, de troubles trophiques cutanés (dermite ocre, eczéma variqueux) et de sensations de crampes nocturnes.

La distinction avec l'arthrose est habituellement facile sur le plan clinique, mais les deux pathologies coexistent fréquemment chez les patients âgés. Un patient porteur d'une gonarthrose peut également souffrir d'insuffisance veineuse, et les deux composantes contribuent à la symptomatologie globale. L'examen clinique attentif et l'échodoppler veineux permettent de faire la part des choses et d'adapter la prise en charge.

Les neuropathies périphériques

Les neuropathies périphériques, qu'elles soient d'origine diabétique, alcoolique, médicamenteuse ou idiopathique, provoquent des douleurs dans les jambes qui peuvent mimer une atteinte arthrosique. Elles se distinguent cependant par leurs caractéristiques sémiologiques : les douleurs neuropathiques sont typiquement à type de brûlures, de décharges électriques, de picotements ou d'engourdissements. Elles prédominent aux extrémités distales (pieds et orteils) et remontent progressivement vers les jambes selon une distribution dite en chaussette.

Les douleurs neuropathiques sont souvent majorées la nuit et au repos, contrairement aux douleurs arthrosiques qui sont classiquement mécaniques et aggravées par l'activité. L'examen neurologique révèle une hypoesthésie (diminution de la sensibilité), une abolition des réflexes achilléens et parfois un déficit moteur distal. L'électromyogramme confirme le diagnostic en objectivant une altération de la conduction nerveuse. Ces neuropathies coexistent fréquemment avec l'arthrose, notamment chez les patients diabétiques, rendant l'analyse des douleurs particulièrement complexe.

Autres diagnostics différentiels

D'autres pathologies doivent être envisagées dans le diagnostic différentiel des douleurs dans les jambes. La tendinopathie de la patte d'oie, fréquemment associée à la gonarthrose, provoque une douleur sur la face interne du tibia proximal qui peut être confondue avec une douleur arthrosique. La périostite tibiale, le syndrome des loges chronique, les fractures de fatigue et les tumeurs osseuses sont des diagnostics à ne pas méconnaître. Enfin, les rhumatismes inflammatoires chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde ou le rhumatisme psoriasique peuvent toucher les articulations des membres inférieurs et se présenter sous une forme clinique proche de l'arthrose, justifiant un bilan biologique inflammatoire systématique devant toute polyarthralgie des jambes.

Bilan complet devant des douleurs arthrosiques dans les jambes

L'évaluation d'un patient présentant des douleurs dans les jambes potentiellement liées à l'arthrose repose sur une démarche diagnostique rigoureuse, combinant interrogatoire détaillé, examen clinique systématisé et examens complémentaires ciblés. Les causes de l'arthrose étant multiples, le bilan doit être complet pour ne pas méconnaître une pathologie associée ou un diagnostic différentiel.

L'interrogatoire : première étape décisive

L'interrogatoire médical recueille des informations essentielles pour orienter le diagnostic. Le médecin précise les caractéristiques de la douleur : sa localisation exacte, son type (mécanique ou inflammatoire), ses facteurs déclenchants et calmants, son horaire (diurne, nocturne, matinale), son ancienneté et son mode d'évolution. Le périmètre de marche est évalué de manière précise, car il constitue un indicateur fonctionnel majeur : sa réduction progressive oriente vers une pathologie dégénérative, tandis que sa stabilité relative est plus en faveur d'une étiologie vasculaire ou neurologique.

Les antécédents personnels sont passés en revue de manière systématique : traumatismes des membres inférieurs, chirurgies articulaires, facteurs de risque cardiovasculaire (tabac, diabète, hypertension, dyslipidémie), antécédents de thrombose veineuse, neuropathie connue. Les antécédents familiaux d'arthrose ou de rhumatismes sont relevés. L'impact fonctionnel sur les activités quotidiennes (escaliers, marche, habillage, conduite automobile) est quantifié à l'aide de questionnaires validés comme le WOMAC ou le score de Lequesne.

L'examen clinique systématisé

L'examen clinique des douleurs dans les jambes ne doit pas se limiter à l'articulation incriminée par le patient. Il comprend un examen articulaire complet des membres inférieurs (hanches, genoux, chevilles, pieds), un examen du rachis lombaire, un examen vasculaire (palpation des pouls périphériques, recherche de varices, test de Buerger) et un examen neurologique des membres inférieurs (sensibilité, réflexes, force musculaire, signe de Lasègue).

L'examen articulaire recherche pour chaque articulation une douleur à la palpation des interlignes, une limitation des amplitudes, un épanchement, des crépitations, une instabilité ligamentaire et une déformation axiale. L'examen de la marche est fondamental : il analyse la boiterie, l'appui monopodal, le déroulement du pas et la cadence. Un test de marche de 6 minutes permet d'objectiver le périmètre fonctionnel et de reproduire éventuellement les douleurs à l'effort.

Les examens complémentaires

Le bilan radiographique standard constitue la base de l'imagerie arthrosique. Des radiographies des genoux en charge (face debout et profil, incidence en schuss pour le compartiment fémoro-tibial postérieur), un cliché du bassin de face centré sur les hanches, et des radiographies du rachis lombaire (face et profil) sont réalisés de première intention. Les signes radiologiques cardinaux de l'arthrose sont le pincement de l'interligne articulaire, les ostéophytes, la condensation de l'os sous-chondral et les géodes.

En cas de doute diagnostique ou pour préciser l'atteinte, une IRM peut être demandée. Cet examen visualise les lésions cartilagineuses, les anomalies méniscales, l'oedème osseux et les atteintes des parties molles avec une sensibilité très supérieure à la radiographie standard. L'échodoppler artériel et veineux est systématiquement demandé lorsqu'une composante vasculaire est suspectée. L'électromyogramme est indiqué en cas de suspicion de neuropathie périphérique ou de canal lombaire étroit sévère. Un bilan biologique comprenant vitesse de sédimentation, protéine C réactive, numération formule sanguine et uricémie permet d'éliminer un rhumatisme inflammatoire ou une goutte.

Traitements de l'arthrose dans les jambes par localisation

Le traitement de l'arthrose dans les jambes repose sur une stratégie multimodale, associant des mesures non pharmacologiques, des traitements médicamenteux et, en dernier recours, des options chirurgicales. La prise en charge doit être adaptée à la localisation de l'arthrose, à son stade évolutif et au profil du patient.

Traitement de la gonarthrose

La prise en charge de la gonarthrose repose en premier lieu sur la kinésithérapie, qui constitue le pilier du traitement conservateur. Le programme de rééducation comprend le renforcement du quadriceps et des ischio-jambiers, le travail proprioceptif, les étirements des chaînes musculaires postérieures et le réentraînement à la marche. Les exercices pour l'arthrose du genou doivent être pratiqués régulièrement, idéalement quotidiennement, pour obtenir un bénéfice durable sur la douleur et la fonction.

Les traitements pharmacologiques incluent le paracétamol en première intention, les anti-inflammatoires non stéroïdiens en cure courte lors des poussées inflammatoires, et les traitements locaux (topiques AINS, capsaïcine). Les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes sont indiquées lors des poussées congestives avec épanchement. La viscosupplémentation par acide hyaluronique reste discutée mais peut apporter un soulagement de plusieurs mois chez certains patients. Les orthèses de genou (genouillères stabilisatrices, orthèses de décharge unicompartimentale) et les semelles orthopédiques à coin latéral contribuent à corriger les anomalies biomécaniques.

Traitement de la coxarthrose avec douleurs dans la jambe

La coxarthrose responsable de douleurs irradiées dans la jambe nécessite un traitement centré sur l'articulation de la hanche, même si le patient ressent principalement la douleur au niveau du genou ou de la cuisse. Les exercices pour l'arthrose de la hanche visent à maintenir les amplitudes articulaires (en particulier la rotation interne et l'abduction), à renforcer les muscles stabilisateurs du bassin (moyen fessier, muscles pelvi-trochantériens) et à prévenir la boiterie de Trendelenburg.

La mise en décharge partielle par l'utilisation d'une canne tenue du côté opposé à la hanche douloureuse réduit significativement les contraintes articulaires. Les infiltrations intra-articulaires de la hanche, réalisées sous guidage échographique ou radiologique, apportent un soulagement temporaire lors des poussées. Lorsque l'arthrose est évoluée et que le retentissement fonctionnel est majeur, la prothèse totale de hanche offre des résultats fonctionnels remarquables, avec un taux de satisfaction supérieur à 90 % et une disparition quasi complète des douleurs irradiées dans la jambe.

Traitement du canal lombaire étroit arthrosique

Le canal lombaire étroit d'origine arthrosique responsable de douleurs dans les jambes relève d'abord d'un traitement conservateur. La rééducation lombaire comprend un travail de flexion lombaire (exercices de Williams), un renforcement des muscles stabilisateurs profonds du rachis (transverse, multifides), et un programme de reconditionnement à l'effort. La position en flexion lombaire ouvre le canal rachidien et soulage la compression nerveuse : c'est pourquoi les patients souffrant de sténose canalaire sont souvent plus à l'aise en vélo (position penchée en avant) qu'en marche debout.

Les infiltrations épidurales de corticoïdes constituent une option thérapeutique en cas d'échec du traitement conservateur. La chirurgie de décompression (laminectomie ou recalibrage canalaire) est réservée aux formes sévères avec périmètre de marche très réduit, déficit neurologique progressif ou échec du traitement médical bien conduit pendant au moins 6 mois. Les résultats de la chirurgie sont satisfaisants dans 70 à 80 % des cas, avec une amélioration significative du périmètre de marche.

Exercices globaux pour les membres inférieurs arthrosiques

La pratique régulière d'exercices physiques adaptés est le traitement le plus efficace à long terme pour l'arthrose dans les jambes. Les recommandations internationales placent l'activité physique au centre de la prise en charge, avant même les traitements médicamenteux. Un programme d'exercices bien conçu agit simultanément sur la douleur, la fonction, la force musculaire, l'équilibre et la qualité de vie.

Renforcement musculaire des membres inférieurs

Le renforcement musculaire cible les groupes musculaires clés de la stabilisation articulaire. Le quadriceps est le muscle prioritaire pour le genou : sa force corrèle directement avec la fonction articulaire et la douleur. Les exercices de contraction isométrique du quadriceps (contractions statiques genou tendu) sont réalisables même en cas de poussée douloureuse et constituent la base du programme. Le renforcement des ischio-jambiers, des adducteurs et des mollets complète le programme pour le membre inférieur dans son ensemble.

Pour la hanche, le renforcement du moyen fessier en position couchée sur le côté (abduction de hanche) et les exercices de pont fessier sont fondamentaux. La progression se fait en augmentant progressivement la résistance (bandes élastiques, poids de cheville) et le nombre de répétitions. Trois séances de renforcement par semaine, de 20 à 30 minutes chacune, constituent un volume minimal efficace. Le sport en cas d'arthrose doit être adapté en intensité et choisi pour minimiser les impacts articulaires.

Exercices de souplesse et d'amplitude articulaire

Le maintien des amplitudes articulaires est un objectif thérapeutique majeur dans l'arthrose des membres inférieurs. La raideur progressive des articulations arthrosiques entraîne des rétractions musculotendineuses qui, à leur tour, augmentent les contraintes articulaires et accélèrent la dégradation. Les étirements quotidiens des chaînes musculaires postérieures (ischio-jambiers, mollets, fascia plantaire), des quadriceps et des fléchisseurs de hanche (psoas-iliaque) permettent de lutter contre cette spirale négative.

Les mobilisations articulaires actives, réalisées en décharge (position allongée ou assise), entretiennent la mobilité sans surcharger les articulations. Le vélo d'appartement à résistance légère est un excellent moyen d'entretenir la mobilité du genou et de la hanche tout en renforçant les muscles. La natation et les exercices en piscine (balnéothérapie) permettent de mobiliser les articulations dans un environnement où la portance de l'eau réduit les contraintes mécaniques de 50 à 70 %.

Travail de l'équilibre et de la proprioception

L'arthrose des membres inférieurs altère la proprioception articulaire, c'est-à-dire la capacité du corps à percevoir la position de ses articulations dans l'espace. Ce déficit proprioceptif augmente le risque de chute, particulièrement chez les personnes âgées. Les exercices d'équilibre (appui monopodal, marche talon-pointe, utilisation d'un plateau instable) améliorent la stabilité posturale et réduisent le risque de chute de 30 à 50 % selon les études. Ces exercices stimulent également les mécanorécepteurs articulaires résiduels et contribuent à une meilleure coordination musculaire autour des articulations arthrosiques.

Un programme d'équilibre efficace commence par des exercices simples (appui monopodal avec appui des mains sur un support stable) et progresse vers des situations plus instables (yeux fermés, surface mousse, mouvements de bras associés). Les cours de tai-chi et de yoga adaptés ont montré des bénéfices significatifs sur l'équilibre, la douleur et la fonction dans l'arthrose du genou et de la hanche. La kinésithérapie spécialisée permet d'encadrer cette progression et d'adapter le programme aux capacités de chaque patient.

Marche et périmètre : stratégies pour préserver la mobilité

La marche est à la fois un objectif thérapeutique et un outil de traitement dans l'arthrose des membres inférieurs. Maintenir un périmètre de marche fonctionnel est essentiel pour l'autonomie, la santé cardiovasculaire, le contrôle pondéral et la qualité de vie. Pourtant, la douleur arthrosique conduit souvent les patients à réduire progressivement leur activité de marche, déclenchant un cercle vicieux de déconditionnement qui aggrave l'arthrose et ses conséquences.

Évaluer et surveiller le périmètre de marche

Le périmètre de marche, défini comme la distance maximale qu'un patient peut parcourir avant d'être contraint de s'arrêter par la douleur ou la fatigue, est un paramètre fonctionnel essentiel. Il doit être évalué régulièrement, idéalement dans des conditions standardisées (terrain plat, vitesse confortable, chaussures habituelles). Une réduction progressive du périmètre de marche constitue un signal d'alarme qui doit conduire à réévaluer la prise en charge thérapeutique.

Chez les patients souffrant de canal lombaire étroit, le périmètre de marche peut être réduit à quelques centaines de mètres, voire moins. La distinction entre périmètre de marche limité par la douleur articulaire (gonarthrose, coxarthrose), la douleur neurologique (sténose canalaire) ou la douleur vasculaire (artérite) est fondamentale car les implications thérapeutiques diffèrent radicalement. Un journal de marche, dans lequel le patient note quotidiennement la distance parcourue et l'intensité de la douleur, constitue un outil de suivi simple et efficace.

Programme de marche adapté à l'arthrose

La marche régulière, pratiquée à un rythme adapté, constitue l'un des meilleurs traitements de l'arthrose des membres inférieurs. Elle stimule la production de liquide synovial qui nourrit le cartilage, renforce les muscles stabilisateurs, améliore la proprioception et contribue au contrôle du poids. Les recommandations actuelles préconisent un objectif progressif de 30 minutes de marche par jour, 5 jours par semaine, qui peut être atteint par fractionnement (trois séquences de 10 minutes) chez les patients les plus limités.

Le choix du terrain est important : les surfaces régulières et amortissantes (chemins en terre, pistes souples) sont préférables aux surfaces dures (béton, bitume) ou irrégulières (sentiers caillouteux) qui augmentent les contraintes articulaires. Le port de chaussures adaptées, avec un bon amorti et un maintien du pied, contribue à protéger les articulations. Les bâtons de marche nordique répartissent une partie des contraintes vers les membres supérieurs et améliorent la stabilité : ils sont particulièrement recommandés chez les patients souffrant de gonarthrose ou de coxarthrose. Pour prévenir l'aggravation de l'arthrose, la régularité de la pratique prime sur l'intensité.

Aides techniques et adaptations

Les aides techniques jouent un rôle important dans le maintien de la mobilité des patients souffrant d'arthrose sévère dans les jambes. La canne de marche, prescrite du côté opposé au membre douloureux, réduit de 20 à 30 % les contraintes sur l'articulation portante. Elle doit être réglée à la bonne hauteur (au niveau du poignet, bras le long du corps) pour être efficace. Le déambulateur est indiqué dans les formes les plus sévères, lorsque l'instabilité ou la douleur compromettent la sécurité de la marche.

Les orthèses plantaires thermoformées, prescrites sur mesure après analyse de la marche, corrigent les troubles statiques du pied et redistribuent les contraintes sur l'ensemble du membre inférieur. Les genouillères de décharge unicompartimentale, en modifiant l'axe mécanique du genou, soulagent le compartiment arthrosique et améliorent le périmètre de marche. L'aménagement du domicile (suppression des tapis, installation de barres d'appui, rehaussement des sièges) complète ces mesures en sécurisant l'environnement quotidien du patient et en facilitant ses déplacements. L'ensemble de ces stratégies, associées à une prise en charge médicale et rééducative rigoureuse, permet de maintenir une autonomie satisfaisante malgré l'arthrose dans les jambes.