Arthrose de la hanche (coxarthrose) : tout savoir
La hanche est l'une des articulations les plus sollicitées du corps humain. Elle supporte le poids du tronc, absorbe les chocs de la marche et permet une extraordinaire amplitude de mouvement dans tou...
La hanche est l'une des articulations les plus sollicitées du corps humain. Elle supporte le poids du tronc, absorbe les chocs de la marche et permet une extraordinaire amplitude de mouvement dans toutes les directions. Lorsque cette articulation est atteinte par l'arthrose, les conséquences sur la vie quotidienne peuvent devenir considérables : douleur persistante à l'aine, difficulté croissante à marcher, incapacité progressive à enfiler ses chaussures ou à monter un escalier. L'arthrose de la hanche, appelée coxarthrose dans le vocabulaire médical, touche environ 5 % de la population de plus de 55 ans et constitue la deuxième localisation la plus fréquente d'arthrose après le genou. Cette pathologie articulaire chronique soulève de nombreuses questions chez les patients : quelle est son origine, comment ralentir son évolution, quand envisager une intervention chirurgicale ? Ce guide médical complet vous apporte des réponses détaillées, fondées sur les connaissances scientifiques actuelles, pour comprendre la coxarthrose et agir à chaque stade de la maladie.
Qu'est-ce que la coxarthrose ? Définition et classification
La coxarthrose désigne la dégradation progressive du cartilage qui recouvre les surfaces articulaires de la hanche, à savoir la tête du fémur et le cotyle (ou acetabulum) de l'os iliaque. Ce processus de détérioration, caractéristique de l'arthrose dégénérative, ne se limite pas au cartilage : il implique l'ensemble des structures articulaires, incluant l'os sous-chondral, la membrane synoviale, la capsule articulaire et les muscles péri-articulaires. La coxarthrose est une maladie de l'articulation entière, et non une simple usure mécanique du cartilage.
On distingue deux grandes formes de coxarthrose, dont la distinction revêt une importance clinique majeure car elle conditionne l'âge d'apparition, la vitesse d'évolution et les options thérapeutiques.
La coxarthrose primitive (idiopathique)
La coxarthrose primitive représente environ 40 à 50 % des cas. Elle survient sans cause anatomique ou pathologique identifiable, généralement après 60 ans, et résulte de la conjonction de multiples facteurs : vieillissement biologique du cartilage, contraintes mécaniques cumulées au fil des décennies, prédispositions génétiques et perturbations métaboliques. Les causes de l'arthrose primitive sont multifactorielles et font l'objet de recherches actives. Le cartilage articulaire, normalement lisse et élastique, perd progressivement ses propriétés biomécaniques, se fissure, s'amincit et finit par disparaître dans les zones de contrainte maximale.
La coxarthrose primitive évolue habituellement de manière lente et progressive, sur une période de dix à vingt ans. Elle touche plus fréquemment les femmes après la ménopause, ce qui suggère un rôle des facteurs hormonaux dans la protection ou la dégradation du cartilage articulaire. L'hérédité joue également un rôle significatif : le risque de développer une coxarthrose est multiplié par deux à trois lorsqu'un parent du premier degré est atteint.
La coxarthrose secondaire
La coxarthrose secondaire, qui représente 50 à 60 % des cas, se développe sur une hanche présentant une anomalie préexistante, qu'elle soit congénitale, traumatique ou pathologique. Cette forme survient généralement plus tôt, parfois dès 40 ou 50 ans, et évolue souvent plus rapidement que la forme primitive. Les principales causes de coxarthrose secondaire sont la dysplasie de hanche (défaut de couverture de la tête fémorale par le cotyle), la protrusion acétabulaire (enfoncement excessif de la tête fémorale dans le bassin), les séquelles de fracture du cotyle ou du col fémoral, l'ostéonécrose aseptique de la tête fémorale et les séquelles d'arthrite inflammatoire ou infectieuse.
La dysplasie de hanche mérite une attention particulière car elle constitue la cause la plus fréquente de coxarthrose secondaire chez l'adulte jeune. Cette anomalie architecturale, souvent présente depuis la naissance mais parfois non diagnostiquée, entraîne une répartition anormale des pressions sur le cartilage articulaire, concentrant les contraintes sur une zone trop réduite. Le cartilage, soumis à des pressions excessives et localisées, se détériore prématurément, enclenchant le processus arthrosique bien avant l'âge habituel.
Anatomie fonctionnelle de la hanche : comprendre l'articulation coxo-fémorale
Pour bien comprendre les mécanismes de la coxarthrose, il est indispensable de connaître l'anatomie de l'articulation de la hanche, une articulation de type sphéroïde (ou énarthrose) qui associe une grande mobilité à une stabilité remarquable.
Les surfaces articulaires
La hanche met en rapport deux surfaces osseuses recouvertes de cartilage hyalin : la tête fémorale, qui forme une sphère presque parfaite d'environ 45 à 55 millimètres de diamètre, et la cavité cotyloïdienne (acetabulum) de l'os iliaque, qui forme un hémisphère creux orienté vers le bas, l'avant et le dehors. La congruence entre ces deux surfaces est optimisée par le labrum acétabulaire, un bourrelet fibro-cartilagineux qui prolonge le rebord du cotyle et approfondit la cavité articulaire. Le cartilage hyalin qui tapisse ces surfaces a une épaisseur de deux à quatre millimètres et assure la transmission harmonieuse des forces tout en réduisant les frottements à un coefficient remarquablement bas.
Les structures stabilisatrices et fonctionnelles
La stabilité de la hanche repose sur un système complexe associant des éléments passifs et actifs. La capsule articulaire, épaisse et résistante, est renforcée par trois puissants ligaments : le ligament ilio-fémoral (ligament de Bertin, le plus résistant du corps humain), le ligament pubo-fémoral et le ligament ischio-fémoral. Le ligament rond, qui relie la tête fémorale au fond du cotyle, joue un rôle vasculaire important chez l'enfant mais devient essentiellement vestigial chez l'adulte. La membrane synoviale tapisse la face interne de la capsule et sécrète le liquide synovial, un lubrifiant naturel qui nourrit le cartilage et réduit les frottements. Autour de l'articulation, des groupes musculaires puissants assurent la mobilité et la stabilisation dynamique : les fessiers, le psoas-iliaque, les adducteurs, les pelvi-trochantériens et les ischio-jambiers.
En position debout, la hanche supporte des contraintes équivalentes à trois à cinq fois le poids du corps lors de la marche, et jusqu'à huit à dix fois le poids du corps lors de la course ou du saut. Ces contraintes considérables expliquent la vulnérabilité du cartilage articulaire lorsque les conditions biomécaniques ne sont pas optimales.
Les facteurs de risque de la coxarthrose
Le développement de l'arthrose de la hanche résulte de l'interaction complexe entre des facteurs de risque systémiques et des facteurs de risque locaux. Identifier ces facteurs permet d'orienter les stratégies de prévention de l'arthrose et de ralentir l'évolution de la maladie chez les patients déjà atteints.
Les facteurs biomécaniques et morphologiques
Les anomalies morphologiques de la hanche constituent le principal facteur de risque de coxarthrose secondaire. La dysplasie cotyloïdienne, caractérisée par un défaut de couverture latérale de la tête fémorale, entraîne une surcharge mécanique locale qui accélère la dégradation du cartilage. Le conflit fémoro-acétabulaire (impingement), décrit plus récemment, correspond à un contact anormal entre le col fémoral et le rebord du cotyle lors des mouvements de flexion et de rotation, provoquant des lésions du labrum et du cartilage acétabulaire. Deux types de conflit sont décrits : le conflit de type came (anomalie de sphéricité de la tête fémorale) et le conflit de type tenaille (excès de couverture cotyloïdienne).
L'inégalité de longueur des membres inférieurs, lorsqu'elle dépasse un centimètre, peut modifier la biomécanique de la hanche du côté le plus long et favoriser le développement d'une coxarthrose. De même, les séquelles de fracture du cotyle ou du col fémoral, même traitées chirurgicalement, laissent souvent des irrégularités de surface articulaire qui prédisposent à l'arthrose secondaire.
Le surpoids et l'obésité
Le lien entre arthrose et surpoids est bien documenté pour le genou, mais il existe également pour la hanche, bien que de manière moins marquée. Chaque kilogramme de surpoids se traduit par une augmentation de trois à six kilogrammes de contrainte sur l'articulation coxo-fémorale lors de la marche. Au-delà de l'effet mécanique direct, le tissu adipeux exerce un rôle métabolique délétère en sécrétant des adipokines pro-inflammatoires (leptine, résistine, visfatine) qui entretiennent une inflammation chronique de bas grade au sein de l'articulation. Cette composante métabolique de l'obésité explique pourquoi le surpoids augmente également le risque d'arthrose dans des articulations non portantes, comme les mains.
Le sport intensif et les contraintes professionnelles
La pratique sportive intensive, en particulier dans les disciplines impliquant des impacts répétés ou des amplitudes articulaires extrêmes, constitue un facteur de risque reconnu de coxarthrose. Le football, le rugby, les arts martiaux, la danse classique et la course de fond à haut niveau sont les sports les plus incriminés. Les microtraumatismes répétés altèrent progressivement le cartilage et le labrum, tandis que les traumatismes aigus (luxations, fractures) créent des lésions directes des surfaces articulaires. Il est toutefois essentiel de distinguer le sport adapté, bénéfique pour la santé articulaire, du sport excessif qui surcharge l'articulation.
Certaines professions exposent également à un risque accru de coxarthrose : les travaux agricoles, le port de charges lourdes répétitif, les métiers nécessitant la montée fréquente d'escaliers ou d'échelles, et les professions imposant des positions accroupies ou agenouillées prolongées. L'exposition professionnelle aux vibrations (conduite d'engins) est également un facteur de risque identifié.
L'âge, le sexe et la génétique
L'âge est le facteur de risque le plus puissant de la coxarthrose. La prévalence augmente de manière exponentielle après 50 ans, atteignant 10 à 15 % chez les personnes de plus de 75 ans. Cette augmentation reflète à la fois le vieillissement biologique du cartilage et l'accumulation des contraintes mécaniques sur plusieurs décennies. Les femmes sont plus fréquemment atteintes que les hommes, avec un ratio d'environ 1,5 pour 1, particulièrement après la ménopause. La composante génétique de la coxarthrose est significative : des études sur les jumeaux ont montré que l'hérédité explique 50 à 65 % de la variabilité du risque de coxarthrose. Pour une vision globale de l'impact de cette maladie sur la santé, notre article sur arthrose et espérance de vie apporte un éclairage complémentaire.
Les symptômes de l'arthrose de la hanche
Les symptômes de l'arthrose de la hanche s'installent progressivement et s'aggravent par paliers successifs, entrecoupés de périodes de relative accalmie. La connaissance précise de ces manifestations cliniques est essentielle pour consulter précocement et bénéficier d'une prise en charge adaptée. Les symptômes de l'arthrose varient selon la localisation, mais la coxarthrose présente des caractéristiques sémiologiques spécifiques qu'il convient de bien connaître.
La douleur : caractéristiques et localisations
La douleur est le symptôme cardinal de la coxarthrose. Sa localisation typique est inguinale (au pli de l'aine), un signe très évocateur d'une atteinte de l'articulation coxo-fémorale. Cette douleur inguinale irradie fréquemment vers la face antérieure de la cuisse, parfois jusqu'au genou, ce qui peut induire le patient en erreur et le conduire à consulter pour une supposée arthrose du genou. Plus rarement, la douleur siège dans la fesse, la région trochantérienne (côté externe de la hanche) ou la face postérieure de la cuisse, ce qui peut mimer une sciatalgie.
Au stade initial, la douleur est de type mécanique : elle apparaît à la mise en charge, s'aggrave à la marche prolongée, lors de la montée ou de la descente d'escaliers, et disparaît au repos. Elle est classiquement absente la nuit et en position allongée. Le périmètre de marche, c'est-à-dire la distance que le patient peut parcourir avant que la douleur ne l'oblige à s'arrêter, diminue progressivement au fil de l'évolution. Le dérouillage matinal est présent mais généralement court, inférieur à trente minutes, ce qui distingue l'arthrose des rhumatismes inflammatoires chroniques.
Lors des poussées congestives, assimilables à une crise d'arthrose, la douleur peut devenir plus intense et prendre un caractère partiellement inflammatoire : elle est alors présente au repos, voire nocturne, réveillant le patient en seconde partie de nuit. Ces épisodes, liés à une poussée inflammatoire de la membrane synoviale (épanchement articulaire), durent habituellement quelques jours à quelques semaines avant de régresser spontanément ou sous traitement.
La raideur et la perte de mobilité
La limitation progressive des amplitudes articulaires est un signe majeur de la coxarthrose évoluée. Les premiers mouvements touchés sont la rotation interne et l'extension de hanche, suivies de la flexion, de l'abduction et de la rotation externe. Cette séquence s'explique par la topographie habituelle des lésions cartilagineuses et par la rétraction progressive de la capsule articulaire.
Concrètement, le patient éprouve d'abord des difficultés à croiser les jambes, à enfiler ses chaussettes et ses chaussures, à couper les ongles de pieds, puis à monter en voiture ou à enjamber la baignoire. La station assise prolongée en position basse devient inconfortable, voire douloureuse. Dans les stades avancés, la raideur peut entraîner une attitude vicieuse en flexion-adduction-rotation externe, avec un raccourcissement fonctionnel du membre inférieur et une bascule du bassin compensatrice.
La boiterie et les troubles de la marche
La boiterie constitue un signe clinique important de la coxarthrose évoluée. Elle peut être de deux types : la boiterie d'esquive, liée à la douleur, dans laquelle le patient raccourcit le temps d'appui sur le membre atteint pour limiter la douleur, et la boiterie de Trendelenburg, liée à l'insuffisance des muscles fessiers (moyen fessier principalement), dans laquelle le bassin bascule du côté opposé à chaque pas. Cette dernière témoigne d'une atteinte évoluée avec une altération significative de la biomécanique articulaire. L'utilisation d'une canne de marche du côté opposé à la hanche atteinte permet de réduire de 25 à 30 % les contraintes sur l'articulation et d'améliorer la qualité de la marche.
Le diagnostic de la coxarthrose
Le diagnostic de l'arthrose de la hanche repose sur la confrontation des données cliniques et des examens d'imagerie. L'examen clinique, réalisé par le médecin ou le rhumatologue, recherche les signes caractéristiques de la coxarthrose et élimine les diagnostics différentiels.
L'examen clinique
L'examen clinique de la hanche arthrosique comprend plusieurs étapes codifiées. L'inspection apprécie la marche du patient, recherche une boiterie, une amyotrophie du quadriceps ou des fessiers, et une attitude vicieuse du membre inférieur. La palpation recherche une douleur inguinale à la pression. La mesure des amplitudes articulaires (à l'aide d'un goniomètre) quantifie la limitation de mobilité dans les différents plans : flexion (normale 120 à 130 degrés), extension (10 à 15 degrés), abduction (40 à 45 degrés), adduction (25 à 30 degrés), rotation interne (35 à 40 degrés) et rotation externe (45 à 50 degrés). Le test le plus spécifique est la manoeuvre de rotation interne passive en flexion de hanche, qui reproduit la douleur inguinale dans la grande majorité des coxarthroses.
La radiographie standard
La radiographie du bassin de face en charge et le faux profil de Lequesne constituent les examens de première intention. Ils permettent de visualiser les quatre signes radiologiques cardinaux de la coxarthrose selon la classification de Kellgren et Lawrence : le pincement de l'interligne articulaire (signe le plus précoce et le plus important), les ostéophytes (excroissances osseuses marginales), la sclérose sous-chondrale (densification de l'os situé sous le cartilage) et les géodes sous-chondrales (cavités kystiques dans l'os).
Le pincement de l'interligne articulaire reflète directement la perte de cartilage. Sa topographie oriente vers le type de coxarthrose : le pincement supéro-externe (polaire supérieur) est le plus fréquent et caractérise la coxarthrose sur dysplasie ou primitive, tandis que le pincement supéro-interne (concentrique) ou inférieur (polaire inférieur) est plus rare et d'évolution souvent plus lente. Un pincement global et concentrique suggère une coxarthrose rapidement destructrice, forme particulière nécessitant une prise en charge urgente.
L'IRM et les autres examens complémentaires
L'IRM de la hanche n'est pas systématiquement nécessaire pour le diagnostic de coxarthrose évoluée, qui repose sur la radiographie standard. Elle est cependant indiquée dans plusieurs situations : douleur de hanche avec radiographies normales (pour rechercher une atteinte précoce du cartilage ou du labrum non visible sur les clichés standards), suspicion d'ostéonécrose de la tête fémorale, ou bilan préopératoire dans les cas complexes. L'IRM permet de visualiser directement le cartilage, le labrum, la membrane synoviale, l'os sous-chondral et les parties molles péri-articulaires, offrant une évaluation bien plus complète que la radiographie.
L'arthroscanner (scanner avec injection de produit de contraste intra-articulaire) reste un examen de référence pour l'analyse fine du cartilage et du labrum, particulièrement dans le cadre du bilan d'un conflit fémoro-acétabulaire. L'échographie articulaire peut détecter un épanchement articulaire lors des poussées congestives. Les examens biologiques (prises de sang, analyse du liquide synovial) ne sont pas nécessaires pour le diagnostic de coxarthrose mais peuvent être réalisés pour exclure un rhumatisme inflammatoire ou une infection articulaire.
Les traitements conservateurs de la coxarthrose
Le traitement de l'arthrose de la hanche repose en première intention sur des mesures conservatrices (non chirurgicales), dont l'objectif est triple : soulager la douleur, maintenir la mobilité articulaire et ralentir la progression de la maladie. Ces traitements doivent être personnalisés en fonction du stade de la coxarthrose, de l'intensité des symptômes, de l'âge du patient et de ses comorbidités.
Les mesures hygiéno-diététiques et l'activité physique adaptée
L'éducation thérapeutique du patient constitue le socle du traitement. Elle vise à faire comprendre la maladie, à identifier les facteurs aggravants et à adopter des comportements protecteurs pour l'articulation. La perte de poids chez les patients en surpoids est une mesure d'efficacité prouvée : une réduction de 5 % du poids corporel peut entraîner une diminution significative de la douleur et une amélioration fonctionnelle mesurable.
L'activité physique adaptée est un pilier du traitement, contrairement à l'idée reçue selon laquelle il faudrait "ménager" une articulation arthrosique. Les exercices pour l'arthrose de la hanche visent à renforcer les muscles stabilisateurs (fessiers, quadriceps, adducteurs), à entretenir les amplitudes articulaires et à améliorer la proprioception. La natation, le vélo d'appartement, l'aquagym et la marche sur terrain plat sont les activités les mieux tolérées. Le programme d'exercices doit être progressif, régulier (au moins trois séances par semaine) et adapté à la tolérance douloureuse du patient.
La kinésithérapie
La prise en charge par un kinésithérapeute spécialisé, dans le cadre de la kinésithérapie de l'arthrose, occupe une place centrale dans le traitement conservateur de la coxarthrose. Les séances de kinésithérapie comprennent des mobilisations passives et actives-aidées pour entretenir les amplitudes articulaires, des exercices de renforcement musculaire analytique et global, des étirements des muscles rétractés (psoas-iliaque, adducteurs, ischio-jambiers), un travail proprioceptif et d'équilibre, et des techniques antalgiques (thermothérapie, électrothérapie, massages décontracturants). La balnéothérapie, qui associe les bienfaits de l'eau chaude à la facilitation du mouvement par la poussée d'Archimède, est particulièrement indiquée dans la coxarthrose douloureuse avec raideur importante.
Les traitements médicamenteux
Le paracétamol, à la dose de un gramme trois à quatre fois par jour, constitue l'antalgique de première ligne. Son efficacité est modeste mais son profil de tolérance favorable en fait un traitement de fond utile pour les douleurs légères à modérées. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), par voie orale ou topique, sont plus efficaces sur la douleur et l'inflammation mais doivent être utilisés par cures courtes en raison de leurs effets indésirables potentiels (gastro-intestinaux, cardiovasculaires, rénaux), en particulier chez les patients âgés.
Les anti-arthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL), tels que la glucosamine, la chondroïtine sulfate et la diacéréine, sont parfois prescrits comme traitement de fond. Leur efficacité fait l'objet de débats dans la communauté scientifique : certaines études montrent un bénéfice modeste sur la douleur et la fonction, tandis que d'autres ne retrouvent pas de différence significative par rapport au placebo. Les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes, réalisées sous contrôle radiographique ou échographique, peuvent apporter un soulagement transitoire (quelques semaines à quelques mois) lors des poussées douloureuses réfractaires au traitement oral. Les infiltrations d'acide hyaluronique (viscosupplémentation) sont plus controversées dans la coxarthrose que dans la gonarthrose, et leur utilisation dépend de l'appréciation du praticien.
La prothèse totale de hanche (PTH) : quand et comment ?
La prothèse totale de hanche constitue le traitement de référence de la coxarthrose évoluée, lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus à maintenir une qualité de vie acceptable. Cette intervention, réalisée plus de 150 000 fois par an en France, est considérée comme l'une des opérations les plus réussies de la chirurgie orthopédique moderne, avec un taux de satisfaction des patients supérieur à 90 %. L'expérience acquise dans le domaine des prothèses articulaires pour arthrose a considérablement amélioré les techniques et les résultats au fil des décennies.
Les indications chirurgicales
La décision de poser une prothèse totale de hanche repose sur plusieurs critères convergents. Le critère principal est le retentissement fonctionnel de la coxarthrose sur la vie quotidienne du patient, évalué par des scores standardisés (score de Harris, score PMA de Postel-Merle d'Aubigné, questionnaire Oxford Hip Score). L'indication est retenue lorsque la douleur est devenue permanente ou quasi permanente, que le périmètre de marche est significativement réduit, que les activités de la vie quotidienne sont perturbées (difficultés pour se chausser, pour les soins d'hygiène, pour les déplacements), et que le traitement médical bien conduit pendant au moins six mois ne permet plus un contrôle satisfaisant des symptômes.
L'imagerie confirme l'indication en montrant une coxarthrose radiologiquement évoluée (stade 3 ou 4 de Kellgren et Lawrence). Il est important de souligner qu'il n'existe pas de corrélation stricte entre la sévérité radiologique et l'intensité des symptômes : certains patients présentant une coxarthrose radiologiquement avancée sont peu symptomatiques, tandis que d'autres souffrent considérablement avec des lésions radiologiques modestes. C'est la combinaison de la gêne fonctionnelle et des constatations radiologiques qui guide la décision.
Les types de prothèses et les voies d'abord
La prothèse totale de hanche comprend trois composants : la tige fémorale, implantée dans le canal médullaire du fémur et surmontée d'une tête prothétique (en céramique ou en métal), le cotyle prothétique (ou cupule), fixé dans l'acetabulum, et un insert (en polyéthylène, en céramique ou en métal) interposé entre la tête et la cupule. Le couple de frottement (association des matériaux de la tête et de l'insert) conditionne la longévité de la prothèse : les couples céramique-céramique et céramique-polyéthylène hautement réticulé sont actuellement les plus utilisés en raison de leur faible taux d'usure.
La fixation de la prothèse peut être cimentée (avec un ciment chirurgical en polyméthacrylate de méthyle), non cimentée (par impaction dans l'os et ostéo-intégration grâce à un revêtement de surface poreux) ou hybride (tige cimentée et cotyle non cimenté). Le choix dépend de l'âge du patient, de la qualité osseuse et des habitudes de l'équipe chirurgicale. Chez le sujet jeune et actif, la fixation non cimentée est généralement privilégiée car elle préserve le capital osseux en vue d'un éventuel changement de prothèse ultérieur.
Plusieurs voies d'abord chirurgicales sont possibles : la voie postérieure (la plus pratiquée historiquement), la voie latérale (transgluteale), et la voie antérieure directe (voie de Hueter), qui tend à se développer en raison de sa préservation des muscles et de ses avantages en termes de récupération précoce. La voie antérieure permet une reprise de la marche plus rapide et une réduction du risque de luxation postopératoire, mais elle nécessite un apprentissage chirurgical spécifique et un équipement adapté.
Les résultats et la durée de vie de la prothèse
Les résultats de la prothèse totale de hanche sont excellents : la grande majorité des patients constatent une disparition quasi complète de la douleur et une récupération fonctionnelle permettant la reprise des activités de la vie quotidienne et de loisir. Le taux de survie des prothèses modernes est supérieur à 95 % à quinze ans et à 85 % à vingt-cinq ans, ce qui signifie que la plupart des patients implantés après 65 ans conserveront leur prothèse initiale toute leur vie. Chez les patients plus jeunes, la question d'un changement de prothèse (reprise chirurgicale) peut se poser après vingt à trente ans, en raison de l'usure progressive des matériaux.
La rééducation après prothèse totale de hanche
La rééducation postopératoire est une étape déterminante du succès de l'intervention. Elle commence dès le lendemain de l'opération, parfois le jour même dans le cadre des protocoles de récupération améliorée après chirurgie (RAAC). Le programme de rééducation est conduit par le kinésithérapeute en étroite collaboration avec le chirurgien et l'équipe soignante.
La phase hospitalière (jours 1 à 5)
Dès le premier jour postopératoire, le patient est verticalisé au bord du lit, puis mis debout avec l'aide de deux cannes ou d'un déambulateur. La marche est encouragée précocement pour stimuler la circulation sanguine (prévention des thromboses), entretenir la trophicité musculaire et favoriser l'autonomie. Les exercices débutent par des contractions isométriques du quadriceps et des fessiers, des mouvements actifs aidés de flexion-extension du genou et de la hanche, et des exercices circulatoires de la cheville. Le respect des précautions contre la luxation est fondamental pendant les premières semaines : éviter la flexion de hanche au-delà de 90 degrés, les mouvements d'adduction-rotation interne combinés, et le croisement des jambes (selon la voie d'abord utilisée).
La phase de rééducation ambulatoire (semaines 2 à 12)
Après la sortie de l'hôpital, la rééducation se poursuit soit en centre de rééducation (pour les patients âgés ou présentant des comorbidités), soit en cabinet de kinésithérapie (pour les patients autonomes). Le programme comprend le renforcement progressif des muscles fessiers (moyen fessier en particulier, essentiel pour la stabilisation du bassin et la qualité de la marche), du quadriceps et des ischio-jambiers, la récupération des amplitudes articulaires (flexion de hanche, rotation, abduction), le travail de la marche avec sevrage progressif des cannes (une canne est habituellement conservée pendant quatre à six semaines), les exercices d'équilibre et de proprioception, et la reprise progressive des activités de la vie quotidienne (escaliers, voiture, activités ménagères).
La reprise de la conduite automobile est généralement autorisée entre la quatrième et la sixième semaine postopératoire, sous réserve de l'accord du chirurgien. La reprise des activités sportives douces (natation, vélo, marche, golf) est possible à partir du troisième mois. Les sports à impact (course à pied, sports collectifs, sports de combat) sont généralement déconseillés de manière définitive pour préserver la longévité de la prothèse.
Vivre au quotidien avec une coxarthrose
L'arthrose de la hanche a un impact significatif sur la qualité de vie des patients. Au-delà des traitements médicaux et chirurgicaux, l'adaptation du mode de vie et de l'environnement quotidien joue un rôle majeur dans le maintien de l'autonomie et du bien-être.
Aménager son environnement domestique
Plusieurs aménagements simples facilitent la vie quotidienne des patients atteints de coxarthrose : rehausseur de toilettes pour limiter la flexion de hanche nécessaire pour s'asseoir et se relever, barre d'appui dans la salle de bain, siège de douche ou de baignoire, chausse-pied à long manche et enfile-chaussettes pour éviter la flexion profonde de hanche, pince de préhension pour ramasser les objets au sol, et rehaussement du mobilier d'assise (coussins fermes, pieds de chaise surélevés). L'utilisation d'une canne de marche bien réglée (hauteur au niveau du grand trochanter, utilisée du côté opposé à la hanche atteinte) contribue à décharger l'articulation et à sécuriser les déplacements.
Préserver son capital articulaire
Certaines habitudes permettent de ralentir la progression de la coxarthrose et de limiter les poussées douloureuses : maintenir une activité physique régulière et adaptée, éviter le port de charges lourdes, alterner les périodes d'activité et de repos, éviter la station debout ou la marche prolongée sans pause, préférer les surfaces planes et souples aux terrains accidentés, et conserver un poids corporel dans la norme. La gestion du stress et la qualité du sommeil sont également des facteurs importants, car le stress chronique et la fatigue majorent la perception douloureuse et favorisent les comportements sédentaires qui aggravent la raideur articulaire.
L'accompagnement psychologique
La coxarthrose chronique peut retentir sur le moral et l'état psychologique du patient. La limitation progressive des activités, la perte d'autonomie, la douleur permanente et la peur de l'avenir génèrent fréquemment anxiété, irritabilité et parfois syndrome dépressif. L'accompagnement psychologique, par un professionnel de santé mentale ou par des groupes de patients, peut aider à mieux vivre avec la maladie, à maintenir la motivation pour les exercices et les traitements, et à préparer sereinement une éventuelle intervention chirurgicale. L'information du patient et de son entourage sur la maladie, ses traitements et son pronostic constitue un levier thérapeutique à part entière.
La coxarthrose, si elle ne met pas en jeu le pronostic vital, est une maladie chronique qui nécessite une prise en charge globale et prolongée. Le suivi régulier par le médecin traitant et le rhumatologue, associé à la collaboration avec le kinésithérapeute et les autres professionnels de santé, permet d'adapter en permanence la stratégie thérapeutique à l'évolution de la maladie et aux besoins du patient.