Traitement de l'arthrose : toutes les options
Douleurs au genou en montant les escaliers, raideurs matinales dans les doigts, mobilité réduite de la hanche : quand l'arthrose s'installe, la question du traitement devient centrale. Avec plus de 10...
Douleurs au genou en montant les escaliers, raideurs matinales dans les doigts, mobilité réduite de la hanche : quand l'arthrose s'installe, la question du traitement devient centrale. Avec plus de 10 millions de personnes touchées en France, cette maladie articulaire dégénérative représente un enjeu de santé publique majeur. Pourtant, face à la diversité des options thérapeutiques disponibles, de nombreux patients se sentent perdus. Antalgiques, anti-inflammatoires, infiltrations, kinésithérapie, chirurgie, nouvelles biothérapies : le traitement de l'arthrose ne se résume jamais à une seule solution. Les recommandations internationales EULAR et OARSI le confirment : la prise en charge efficace repose sur une stratégie combinée, personnalisée selon l'articulation atteinte, le stade de la maladie et le profil du patient. Comprendre l'ensemble des options disponibles, c'est reprendre le contrôle sur sa pathologie et agir concrètement pour freiner la progression de l'arthrose.
L'approche globale du traitement de l'arthrose : un pilier fondamental
Pourquoi une stratégie multimodale est indispensable
L'arthrose est une maladie multifactorielle qui affecte non seulement le cartilage, mais aussi l'os sous-chondral, la membrane synoviale, les ligaments et les muscles périarticulaires. Aucun traitement isolé ne peut agir simultanément sur l'ensemble de ces structures. C'est pourquoi les sociétés savantes internationales, notamment l'EULAR (European League Against Rheumatism) et l'OARSI (Osteoarthritis Research Society International), recommandent une approche combinée associant mesures non pharmacologiques, traitements médicamenteux et, si nécessaire, interventions chirurgicales.
Cette stratégie repose sur un principe fondamental : le traitement de l'arthrose doit être individualisé. L'articulation touchée (genou, hanche, main, colonne vertébrale), le stade d'évolution de la maladie, l'intensité des symptômes de l'arthrose, les comorbidités du patient et ses attentes personnelles déterminent le choix et la hiérarchisation des thérapeutiques. Un patient actif de 55 ans souffrant d'une gonarthrose débutante ne sera pas pris en charge de la même manière qu'une personne de 80 ans présentant une coxarthrose avancée.
Le rôle central de l'éducation thérapeutique
L'éducation thérapeutique du patient (ETP) constitue le socle de toute prise en charge de l'arthrose. Elle vise à donner au patient les connaissances et les compétences nécessaires pour gérer sa maladie au quotidien. Comprendre les mécanismes de la dégradation cartilagineuse, identifier les facteurs aggravants, connaître les bénéfices de l'activité physique adaptée et savoir utiliser correctement ses traitements sont autant d'éléments qui améliorent significativement les résultats thérapeutiques.
Les études montrent que les patients qui bénéficient d'un programme d'éducation thérapeutique structuré rapportent une meilleure gestion de la douleur, une amélioration fonctionnelle plus importante et une réduction du recours aux médicaments. L'ETP permet également de lutter contre les fausses croyances, comme l'idée que le repos strict est préférable à l'activité physique, ou que l'arthrose conduit inévitablement à la chirurgie. Pour un diagnostic précis de l'arthrose, il est essentiel de consulter un professionnel qui orientera vers la stratégie thérapeutique la plus adaptée.
Les traitements non médicamenteux : première ligne incontournable
L'exercice physique adapté : le traitement le plus efficace
Toutes les recommandations internationales placent l'exercice physique au sommet de la pyramide thérapeutique de l'arthrose. Les preuves scientifiques sont formelles : une activité physique régulière et adaptée réduit la douleur, améliore la fonction articulaire, renforce les muscles stabilisateurs et ralentit la progression de la maladie. L'OARSI qualifie l'exercice de traitement de base, recommandé pour toutes les formes d'arthrose, quel que soit le stade.
Le programme d'exercice idéal associe trois types de travail. Les exercices de renforcement musculaire ciblent les muscles entourant l'articulation atteinte pour améliorer sa stabilité et réduire les contraintes mécaniques sur le cartilage. Les exercices d'assouplissement maintiennent ou restaurent l'amplitude articulaire. Les exercices aérobiques (marche, natation, vélo) améliorent l'endurance, le contrôle pondéral et la santé cardiovasculaire. Pour des programmes concrets, consultez notre guide sur les exercices pour l'arthrose du genou.
La fréquence recommandée est de 3 à 5 séances par semaine, d'une durée de 30 à 45 minutes. L'intensité doit être progressive et adaptée au seuil douloureux du patient. Une règle simple permet de guider l'effort : une douleur qui apparaît pendant l'exercice et disparaît dans les deux heures suivantes est acceptable. Une douleur persistante au-delà de ce délai indique que l'intensité était trop élevée.
La perte de poids : un levier thérapeutique majeur
Le surpoids et l'obésité constituent des facteurs de risque modifiables parmi les plus importants dans l'arthrose, en particulier pour les articulations portantes. Chaque kilogramme de poids corporel génère une contrainte de 3 à 6 kilogrammes sur le genou lors de la marche. Ainsi, une perte de poids de seulement 5 kilogrammes peut réduire la charge articulaire de 15 à 30 kilogrammes à chaque pas.
Les études cliniques démontrent qu'une perte de poids de 5 à 10 % du poids initial entraîne une réduction significative de la douleur et une amélioration fonctionnelle comparable à certains traitements médicamenteux. La combinaison exercice physique et régime alimentaire produit des résultats supérieurs à chacune de ces mesures isolément. Au-delà de l'effet mécanique, la perte de poids réduit également l'inflammation systémique liée au tissu adipeux, un facteur qui contribue à la dégradation du cartilage. Adopter ces mesures constitue une stratégie efficace pour prévenir l'aggravation de l'arthrose.
La kinésithérapie : un accompagnement professionnel essentiel
Le kinésithérapeute joue un rôle central dans la prise en charge de l'arthrose. Son intervention va bien au-delà de la simple prescription d'exercices. Il réalise un bilan fonctionnel complet, identifie les déficits musculaires et les limitations articulaires, et élabore un programme de rééducation personnalisé. La kinésithérapie pour l'arthrose s'appuie sur différentes techniques complémentaires.
Le renforcement musculaire analytique cible spécifiquement les muscles affaiblis. Pour le genou, le travail du quadriceps est fondamental car sa faiblesse est un facteur de risque reconnu de progression de la gonarthrose. Les techniques manuelles (mobilisations articulaires, massages) améliorent la mobilité et réduisent les tensions musculaires. La proprioception restaure le contrôle neuromusculaire de l'articulation, améliorant la stabilité et réduisant le risque de chutes, un enjeu important chez les patients âgés.
Les moyens physiques utilisés en kinésithérapie comprennent également la thermothérapie (application de chaleur ou de froid), l'électrothérapie (TENS) et l'hydrothérapie. La balnéothérapie, qui combine exercice en milieu aquatique et chaleur, est particulièrement recommandée par l'EULAR pour l'arthrose de hanche et de genou, grâce à la décharge articulaire offerte par la flottabilité.
L'ergothérapie et les aménagements du quotidien
L'ergothérapeute apporte une expertise complémentaire en aidant le patient à adapter ses activités quotidiennes pour réduire les contraintes articulaires. Il enseigne des techniques de protection articulaire : utiliser les grandes articulations plutôt que les petites, répartir les charges, alterner les postures, éviter les gestes répétitifs et les positions prolongées.
L'aménagement de l'environnement domestique fait également partie de ses compétences. Rehausseurs de toilettes, barres d'appui, sièges de douche, ouvre-bocaux ergonomiques, ustensiles à manches épaissis : autant d'aides techniques qui facilitent l'autonomie du patient et diminuent les sollicitations articulaires douloureuses. Pour l'arthrose des mains et des doigts, l'ergothérapeute peut confectionner des orthèses sur mesure qui stabilisent les articulations tout en préservant la fonction.
Les traitements médicamenteux par voie orale
Le paracétamol : antalgique de première intention
Le paracétamol reste l'antalgique recommandé en première intention pour les douleurs arthrosiques légères à modérées, bien que son efficacité ait été réévaluée à la baisse ces dernières années. Les méta-analyses récentes montrent un effet antalgique modeste mais statistiquement significatif, avec un profil de sécurité favorable lorsqu'il est utilisé à la posologie recommandée (maximum 3 grammes par jour chez l'adulte, à adapter selon la fonction hépatique).
Les recommandations OARSI 2019 nuancent cependant sa place, suggérant de l'utiliser en complément des mesures non pharmacologiques plutôt qu'en traitement de fond isolé. Le paracétamol est particulièrement adapté aux douleurs intermittentes et à la prise en charge des épisodes douloureux ponctuels. Son utilisation au long cours à fortes doses nécessite une surveillance hépatique régulière. Pour approfondir les options pharmacologiques, consultez notre article sur les médicaments contre l'arthrose.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
Les anti-inflammatoires pour l'arthrose représentent une option thérapeutique efficace lorsque le paracétamol ne suffit pas, en particulier lors des poussées congestives de la maladie. Les AINS agissent en inhibant les cyclo-oxygénases (COX-1 et COX-2), enzymes impliquées dans la production de prostaglandines pro-inflammatoires. Ibuprofène, naproxène, diclofénac et kétoprofène figurent parmi les molécules les plus prescrites.
Leur efficacité sur la douleur et la fonction articulaire est bien documentée, mais leur utilisation impose des précautions importantes. Les risques gastro-intestinaux (ulcères, hémorragies) justifient une prescription associée d'un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) chez les patients à risque. Les risques cardiovasculaires et rénaux limitent leur emploi chez les patients âgés ou porteurs de comorbidités. Pour ces raisons, les recommandations préconisent une utilisation à la dose minimale efficace et pendant la durée la plus courte possible.
Les AINS topiques (gels, crèmes, patchs) constituent une alternative intéressante pour les articulations superficielles comme le genou et les mains. Ils offrent une efficacité locale significative avec un risque systémique très réduit. L'OARSI les recommande comme traitement de première ligne avant les AINS oraux pour la gonarthrose.
Les antiarthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL)
Les AASAL regroupent plusieurs molécules dont l'action se manifeste après plusieurs semaines de traitement : la glucosamine, la chondroïtine sulfate, les insaponifiables d'avocat et de soja, et la diacéréine. Ces substances sont supposées agir sur les processus de dégradation du cartilage, avec un double objectif symptomatique et potentiellement structurel.
Leur efficacité fait l'objet d'un débat scientifique. Certaines méta-analyses montrent un effet modeste mais significatif sur la douleur et la fonction, tandis que d'autres concluent à une efficacité comparable au placebo. La chondroïtine sulfate de grade pharmaceutique a montré les résultats les plus constants dans les études de bonne qualité méthodologique. L'EULAR et l'OARSI émettent des recommandations divergentes à leur sujet : certaines sociétés les recommandent de manière conditionnelle, d'autres les déconseillent. En France, ces médicaments ne sont plus remboursés par la Sécurité sociale depuis 2015, ce qui témoigne de l'incertitude quant à leur rapport bénéfice-risque.
Les opioïdes faibles et les antalgiques de palier 2
Le tramadol et la codéine, associés ou non au paracétamol, peuvent être envisagés en cas de douleur résistante aux traitements de première ligne. Cependant, les recommandations récentes sont de plus en plus restrictives concernant leur utilisation dans l'arthrose. Les effets indésirables (nausées, vertiges, constipation, somnolence, risque de dépendance) sont fréquents chez les patients âgés et peuvent compromettre l'équilibre et augmenter le risque de chutes.
L'OARSI recommande de les utiliser avec prudence, uniquement en cas d'échec des autres options et pour des durées limitées. Les opioïdes forts (morphine, oxycodone) n'ont pas de place dans le traitement de l'arthrose en dehors de situations exceptionnelles, comme l'attente d'une chirurgie prothétique chez un patient sévèrement douloureux. Il ne faut pas se laisser séduire par les promesses d'un remède miracle contre l'arthrose : la prise en charge repose sur des stratégies validées scientifiquement.
Les infiltrations articulaires : agir directement au coeur de l'articulation
Les infiltrations de corticoïdes
L'infiltration articulaire de corticoïdes consiste à injecter un dérivé de la cortisone directement dans l'articulation arthrosique. Ce geste, réalisé par un rhumatologue ou un médecin formé, permet d'obtenir un effet anti-inflammatoire puissant et localisé, particulièrement utile lors des poussées congestives (avec épanchement articulaire).
L'effet antalgique est généralement rapide (48 à 72 heures) et peut durer de quelques semaines à plusieurs mois. Les recommandations EULAR et OARSI valident cette option pour la gonarthrose et la coxarthrose lorsque les traitements oraux sont insuffisants ou contre-indiqués. Cependant, le nombre d'infiltrations de corticoïdes doit être limité : la plupart des experts recommandent de ne pas dépasser 3 à 4 injections par articulation et par an, en raison du risque théorique d'accélération de la dégradation cartilagineuse en cas d'injections répétées.
Les effets indésirables locaux comprennent une poussée douloureuse transitoire (arthrite microcristalline post-injection), un risque infectieux faible mais non nul, et une possible atrophie cutanée ou dépigmentation au point d'injection. Les diabétiques doivent être prévenus d'un risque de déséquilibre glycémique transitoire dans les jours suivant l'infiltration.
La viscosupplémentation par acide hyaluronique
L'acide hyaluronique est un composant naturel du liquide synovial, responsable de ses propriétés viscoélastiques et lubrifiantes. Dans l'arthrose, la concentration et la qualité de l'acide hyaluronique endogène diminuent, contribuant à la dégradation mécanique du cartilage. La viscosupplémentation consiste à injecter de l'acide hyaluronique exogène dans l'articulation pour restaurer ces propriétés.
Le protocole classique comprend 3 à 5 injections hebdomadaires, bien que des formulations à injection unique soient désormais disponibles. L'effet est progressif, se manifestant en général après 4 à 6 semaines, et peut persister pendant 6 à 12 mois. L'efficacité est jugée modeste par les méta-analyses, mais certains sous-groupes de patients (arthrose légère à modérée, patients jeunes, absence de poussée inflammatoire) semblent en tirer un bénéfice plus important. Pour les traitements spécifiques au genou, consultez notre page sur le traitement de l'arthrose du genou.
En France, l'acide hyaluronique intra-articulaire n'est plus remboursé depuis 2017. Les recommandations à son sujet varient selon les sociétés savantes : l'AAOS (American Academy of Orthopaedic Surgeons) ne le recommande pas pour le genou, tandis que d'autres organisations maintiennent une recommandation conditionnelle positive.
Les injections de PRP (Plasma Riche en Plaquettes)
Le PRP est un concentré de plaquettes obtenu à partir du sang du patient, contenant des facteurs de croissance et des cytokines aux propriétés anti-inflammatoires et régénératrices. L'injection intra-articulaire de PRP suscite un intérêt croissant dans le traitement de l'arthrose, notamment pour le genou.
Les méta-analyses récentes montrent une efficacité supérieure au placebo et à l'acide hyaluronique sur la douleur et la fonction à 6 et 12 mois, en particulier pour la gonarthrose légère à modérée. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de l'hétérogénéité des protocoles de préparation du PRP (concentration plaquettaire, présence ou non de leucocytes, nombre d'injections) et de la qualité méthodologique variable des études. Le PRP fait partie des innovations explorées dans le cadre des nouveaux traitements de l'arthrose du genou.
Le PRP n'est actuellement pas remboursé en France et n'est pas encore intégré dans les recommandations officielles EULAR ou OARSI, en raison d'un niveau de preuve encore jugé insuffisant. Des essais cliniques de grande envergure sont en cours pour préciser ses indications optimales.
Les orthèses et aides techniques : soulager mécaniquement l'articulation
Les orthèses de genou et les semelles orthopédiques
Les orthèses jouent un rôle important dans la décharge mécanique des articulations arthrosiques. Pour le genou, les genouillères pour l'arthrose se déclinent en plusieurs catégories selon l'objectif recherché. Les genouillères de contention simple apportent un maintien proprioceptif et une chaleur locale. Les orthèses de décharge (unloader braces) sont conçues pour modifier la répartition des charges sur le compartiment fémoro-tibial, en soulageant le compartiment arthrosique (le plus souvent interne).
Les études montrent que les orthèses de décharge peuvent réduire la douleur et améliorer la fonction chez les patients présentant une gonarthrose fémoro-tibiale unicompartimentale. L'OARSI les recommande de manière conditionnelle. Leur efficacité dépend de l'observance du patient, qui est parfois limitée par l'inconfort, l'encombrement et les difficultés de mise en place.
Les semelles orthopédiques à coin latéral externe, longtemps utilisées pour corriger le varus dans la gonarthrose interne, ne sont plus recommandées par les dernières guidelines de l'OARSI en raison de résultats décevants. En revanche, des semelles sur mesure peuvent être utiles pour corriger des troubles statiques associés et améliorer le confort de marche.
Les cannes et autres aides à la marche
L'utilisation d'une canne de marche du côté opposé à l'articulation douloureuse (genou ou hanche) réduit les contraintes mécaniques d'environ 25 à 40 %. C'est un outil simple, peu coûteux et efficace, recommandé par toutes les sociétés savantes. La canne doit être réglée à la bonne hauteur (poignée au niveau du poignet, coude légèrement fléchi) et le patient doit être éduqué à son utilisation correcte pour en tirer le maximum de bénéfices.
Pour les formes avancées ou les atteintes bilatérales, les béquilles ou le déambulateur peuvent être envisagés. L'objectif n'est pas de supprimer la marche, mais de la rendre possible dans des conditions de sécurité et de confort optimales. L'utilisation d'aides à la marche ne doit pas être perçue comme un aveu de faiblesse, mais comme un outil thérapeutique à part entière.
Les orthèses de main et de poignet
L'arthrose de la main et du pouce (rhizarthrose) bénéficie particulièrement de l'utilisation d'orthèses. Les attelles de repos, portées la nuit, maintiennent l'articulation trapézométacarpienne en position fonctionnelle et réduisent les douleurs nocturnes. Les orthèses de fonction, plus souples, peuvent être portées en journée lors d'activités manuelles pour stabiliser l'articulation tout en permettant une certaine mobilité.
L'EULAR recommande l'utilisation d'orthèses comme traitement de première ligne de la rhizarthrose, en complément des exercices de renforcement musculaire et de la protection articulaire. Des bagues-orthèses spécifiques sont également disponibles pour les articulations interphalangiennes atteintes d'arthrose digitale.
La chirurgie : quand les traitements conservateurs ne suffisent plus
L'arthroscopie : un rôle en net recul
Le lavage et le débridement arthroscopique du genou ont longtemps été proposés comme option thérapeutique intermédiaire entre le traitement médical et la prothèse. Cependant, plusieurs essais contrôlés randomisés de haute qualité ont démontré que l'arthroscopie de genou pour arthrose n'apporte pas de bénéfice supérieur au placebo (chirurgie simulée) ou au traitement médical optimisé.
En conséquence, les recommandations actuelles de l'OARSI, de l'AAOS et de la Haute Autorité de Santé déconseillent formellement l'arthroscopie dans l'arthrose du genou, sauf en cas de blocage articulaire avéré lié à un corps étranger ou à une lésion méniscale instable symptomatique associée. Cette évolution illustre l'importance d'une pratique fondée sur les preuves dans le traitement de l'arthrose.
L'ostéotomie : réaligner pour mieux répartir les charges
L'ostéotomie est une intervention chirurgicale qui consiste à sectionner un os (tibia ou fémur) pour corriger un défaut d'axe du membre inférieur et redistribuer les contraintes mécaniques vers le compartiment sain. L'ostéotomie tibiale de valgisation est l'indication la plus fréquente : elle corrige un genu varum (jambes arquées) responsable d'une surcharge du compartiment fémoro-tibial interne.
Cette intervention est particulièrement adaptée aux patients jeunes (moins de 60 ans), actifs, présentant une gonarthrose unicompartimentale interne avec un défaut d'axe significatif. Elle permet de retarder la mise en place d'une prothèse de 10 à 15 ans en moyenne. Les résultats sont d'autant meilleurs que l'indication est posée tôt, avant l'installation d'une arthrose trop avancée. La récupération postopératoire est longue (3 à 6 mois) et nécessite une rééducation rigoureuse.
Les prothèses articulaires : la solution pour les stades avancés
L'arthroplastie (pose de prothèse) représente le traitement de dernière ligne de l'arthrose évoluée lorsque les traitements conservateurs bien conduits ne permettent plus un niveau fonctionnel et une qualité de vie acceptables. Pour le genou, on distingue la prothèse unicompartimentale (qui ne remplace qu'un seul compartiment) et la prothèse totale (qui remplace l'ensemble de la surface articulaire). Pour la hanche, la prothèse totale est le standard.
Les résultats des prothèses de genou et de hanche figurent parmi les plus reproductibles de la chirurgie orthopédique. Plus de 90 % des patients rapportent une amélioration significative de la douleur et de la fonction après l'intervention. La durée de vie des implants modernes dépasse 20 ans dans la majorité des cas. Cependant, la décision chirurgicale doit être mûrement réfléchie et fondée sur des critères objectifs : douleur invalidante malgré un traitement médical bien conduit, limitation fonctionnelle majeure, et atteinte radiologique sévère.
La rééducation postopératoire est un élément déterminant du résultat chirurgical. Elle débute dès le lendemain de l'intervention avec la mise au fauteuil et les premiers pas, et se poursuit pendant plusieurs mois en kinésithérapie ambulatoire. L'objectif est de restaurer la mobilité, la force musculaire et la confiance dans l'articulation opérée. Pour l'arthrose cervicale, les indications chirurgicales sont plus rares et réservées aux compressions neurologiques.
Les nouvelles thérapies : vers une médecine régénérative
Les thérapies par cellules souches mésenchymateuses
L'injection intra-articulaire de cellules souches mésenchymateuses (CSM) représente une piste thérapeutique prometteuse dans l'arthrose. Ces cellules, prélevées dans la moelle osseuse ou le tissu adipeux du patient, possèdent des propriétés anti-inflammatoires, immunomodulatrices et un potentiel de différenciation en chondrocytes (cellules du cartilage).
Les études précliniques et les premiers essais cliniques montrent des résultats encourageants en termes de réduction de la douleur et d'amélioration fonctionnelle. Certaines études d'imagerie suggèrent même une stabilisation, voire une régénération partielle du cartilage après injection de CSM. Cependant, ces résultats restent préliminaires et doivent être confirmés par des essais de phase III à grande échelle. La standardisation des protocoles de prélèvement, de culture et d'injection demeure un défi majeur.
Les biothérapies ciblées et les anticorps monoclonaux
La recherche pharmaceutique s'oriente vers des traitements ciblant spécifiquement les voies moléculaires impliquées dans la dégradation articulaire. Les anticorps anti-NGF (Nerve Growth Factor), comme le tanezumab et le fasinumab, ciblent le facteur de croissance nerveuse impliqué dans la transmission de la douleur arthrosique. Ils ont montré une efficacité antalgique significative dans les essais cliniques, mais leur développement a été freiné par des effets indésirables articulaires (arthropathies rapidement destructrices) nécessitant une surveillance étroite.
D'autres cibles moléculaires font l'objet de recherches actives : les inhibiteurs de métalloprotéases matricielles (MMP), les modulateurs de la voie Wnt, les antagonistes de l'interleukine-1 et de l'interleukine-6, et les agonistes du récepteur FGF-18 (sprifermine). Ce dernier, un facteur de croissance des fibroblastes, a montré dans l'étude FORWARD une capacité à augmenter l'épaisseur du cartilage articulaire du genou, ouvrant la voie à de véritables traitements de fond structurels de l'arthrose.
La thérapie génique et les traitements de demain
La thérapie génique représente une frontière de la recherche sur l'arthrose. Des essais explorent la possibilité de modifier génétiquement les cellules articulaires pour qu'elles produisent des facteurs protecteurs du cartilage ou des molécules anti-inflammatoires directement dans l'articulation. L'injection intra-articulaire de vecteurs viraux porteurs du gène de l'interleukine-1Ra (antagoniste du récepteur de l'IL-1) a fait l'objet de premiers essais cliniques.
Les exosomes, de petites vésicules extracellulaires sécrétées par les cellules souches et contenant des facteurs bioactifs, émergent également comme une alternative potentielle aux injections de cellules souches entières. Leur avantage théorique est de pouvoir être standardisés, stockés et administrés plus facilement. Ces approches restent cependant au stade expérimental et ne seront pas disponibles en pratique clinique avant plusieurs années.
Les recommandations EULAR et OARSI : un cadre de référence international
La pyramide thérapeutique selon l'OARSI
Les recommandations OARSI 2019 pour la gonarthrose et la coxarthrose proposent un algorithme de prise en charge en paliers progressifs. Le socle (core treatments) comprend les mesures applicables à tous les patients : éducation thérapeutique, exercice physique adapté, gestion du poids et, pour le genou, les AINS topiques. Ces mesures doivent être mises en place en premier et maintenues tout au long de la prise en charge.
En cas d'efficacité insuffisante, les traitements pharmacologiques de deuxième ligne sont ajoutés : AINS oraux (en cure courte), paracétamol, et infiltrations intra-articulaires (corticoïdes, puis acide hyaluronique en option conditionnelle). Les traitements de troisième ligne, comme le duloxétine (inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline ayant montré une efficacité dans la douleur arthrosique chronique) et les opioïdes faibles, sont réservés aux patients chez qui les lignes précédentes ont échoué.
Les recommandations EULAR pour l'arthrose du genou et de la hanche
L'EULAR structure ses recommandations autour de principes généraux et de propositions spécifiques par articulation. Pour la hanche et le genou, les principes fondamentaux incluent la nécessité d'une approche combinée non pharmacologique et pharmacologique, l'importance de l'individualisation du traitement et la prise en compte des comorbidités dans le choix thérapeutique.
Un point de convergence majeur entre EULAR et OARSI est la place prépondérante accordée aux traitements non pharmacologiques. Les deux organisations insistent sur le fait que les médicaments ne sont qu'un complément aux mesures de fond que sont l'exercice, la perte de poids et l'éducation. Cette hiérarchisation reflète le niveau de preuve élevé en faveur des mesures non pharmacologiques et le rapport bénéfice-risque plus favorable par rapport aux traitements médicamenteux au long cours.
Les divergences entre recommandations et la place du jugement clinique
Il est important de noter que les recommandations internationales ne sont pas toujours concordantes. Les positions sur la viscosupplémentation, les AASAL, le PRP et certaines thérapies physiques varient d'une société savante à l'autre, reflétant les incertitudes scientifiques persistantes dans certains domaines. Ces divergences soulignent l'importance du jugement clinique du praticien, qui doit adapter les recommandations générales à la situation individuelle de chaque patient.
Les recommandations évoluent régulièrement avec la publication de nouvelles données scientifiques. Les patients sont encouragés à discuter avec leur médecin des options thérapeutiques les plus récentes et les plus adaptées à leur situation. La prise en charge de l'arthrose est un processus dynamique qui nécessite des réévaluations régulières et des ajustements thérapeutiques en fonction de la réponse au traitement et de l'évolution de la maladie.
Stratégies spécifiques selon la localisation de l'arthrose
L'arthrose du genou : la plus étudiée
La gonarthrose est la forme d'arthrose la plus fréquente et la plus étudiée. Sa prise en charge illustre parfaitement l'approche multimodale recommandée. Le renforcement du quadriceps est considéré comme un traitement de première ligne, avec un niveau de preuve élevé. Les AINS topiques sont recommandés avant les AINS oraux. Les infiltrations de corticoïdes sont particulièrement efficaces en cas de poussée avec épanchement. Les orthèses de décharge sont une option pour l'atteinte unicompartimentale. En dernier recours, la prothèse (unicompartimentale ou totale) offre des résultats reproductibles et durables.
L'arthrose de la hanche : des spécificités à connaître
La coxarthrose se distingue par la profondeur de l'articulation, qui rend les infiltrations plus complexes (souvent réalisées sous guidage échographique ou radiologique). Les AINS topiques sont moins efficaces en raison de l'épaisseur des tissus mous recouvrant la hanche. L'exercice en milieu aquatique est particulièrement recommandé, car la flottabilité décharge l'articulation coxo-fémorale. La prothèse totale de hanche est l'une des interventions les plus réussies de la chirurgie moderne, avec des taux de satisfaction supérieurs à 95 %.
L'arthrose des mains : une approche spécifique
L'arthrose digitale et la rhizarthrose répondent à des stratégies thérapeutiques adaptées. L'EULAR recommande en première intention l'éducation, les exercices de renforcement et d'assouplissement, les orthèses (en particulier pour le pouce), et les AINS topiques. La chaleur locale (bains de paraffine) est recommandée pour son effet antalgique. Les infiltrations de corticoïdes sont efficaces pour les poussées inflammatoires localisées. La chirurgie (trapézectomie pour la rhizarthrose sévère) est réservée aux échecs du traitement conservateur.
L'arthrose rachidienne : un traitement principalement conservateur
L'arthrose du rachis (cervicale, dorsale, lombaire) se distingue par la rareté des indications chirurgicales et la place prépondérante de la rééducation. Le renforcement des muscles paravertébraux, l'entretien de la mobilité rachidienne, les techniques de thérapie manuelle et l'ergonomie posturale constituent les piliers du traitement. Les infiltrations épidurales ou facettaires de corticoïdes sont une option en cas de radiculalgie ou de douleur facettaire résistante. La chirurgie (arthrodèse, arthroplastie discale) n'est envisagée qu'en cas de compression neurologique sévère ou d'instabilité rachidienne documentée.