Traitement de l'arthrose cervicale
Douleurs persistantes dans la nuque, raideur matinale qui limite chaque mouvement de la tête, fourmillements irradiant jusque dans les doigts : l'arthrose cervicale affecte profondement la qualité de ...
Douleurs persistantes dans la nuque, raideur matinale qui limite chaque mouvement de la tête, fourmillements irradiant jusque dans les doigts : l'arthrose cervicale affecte profondement la qualité de vie de millions de personnes en France. Face a cette pathologie dégénérative du rachis cervical, la question revient invariablement : arthrose cervicale, quel traitement choisir pour soulager durablement les symptômes et préserver sa mobilité ? La réponse n'est jamais unique. Elle repose sur une strategie thérapeutique globale, associant traitements médicamenteux, rééducation fonctionnelle, adaptations ergonomiques et, dans certains cas précis, interventions plus invasives. Chaque patient présente un profil différent, et la prise en charge doit être personnalisée en fonction de l'intensité des douleurs, du retentissement fonctionnel et de la présence éventuelle de complications neurologiques. Ce guide détaillé passe en revue l'ensemble des options thérapeutiques disponibles pour vous aider a comprendre les bénéfices et les limites de chaque approche, en lien avec les recommandations médicales actuelles.
Les traitements médicamenteux de l'arthrose cervicale
Les antalgiques de première intention
Le paracetamol constitue historiquement le premier médicament prescrit dans le cadre du traitement de l'arthrose cervicale. Administre a la dose de 500 mg a 1 g par prise, sans dépasser 3 g par jour chez l'adulte, il offre un soulagement modéré des douleurs cervicales légères a modérées. Son profil de sécurité favorable en fait un traitement de fond bien toléré par la grande majorité des patients, y compris les personnes âgées et celles souffrant de pathologies digestives.
Cependant, les études récentes ont nuance l'efficacité du paracetamol dans l'arthrose. Plusieurs méta-analyses ont montre que son effet antalgique reste modeste, avec une taille d'effet faible par rapport au placebo. Pour cette raison, le paracetamol est désormais considéré comme un traitement d'appoint plutôt que comme la pierre angulaire du traitement. Il conserve toutefois son intérêt dans les phases de douleurs peu intenses et en complement d'autres approches thérapeutiques. Les antalgiques de palier II, associant paracetamol et codeine ou tramadol, peuvent être envisages en cas d'échec du paracetamol seul, mais leur utilisation doit rester ponctuelle en raison du risque de dépendance et des effets secondaires (somnolence, constipation, nausees). Pour approfondir ce sujet, consultez notre dossier sur les médicaments de l'arthrose.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens representent le traitement de référence des poussées douloureuses d'arthrose cervicale. L'ibuprofene, le ketoprofene, le naproxene ou le diclofenac agissent en inhibant les enzymes cyclo-oxygenases (COX) responsables de la production de prostaglandines pro-inflammatoires. Leur action antalgique et anti-inflammatoire est significativement supérieure a celle du paracetamol, avec un soulagement perceptible des les premières heures suivant la prise.
Les AINS par voie orale doivent être utilises a la dose minimale efficace et pendant la durée la plus courte possible, idealement lors des poussées inflammatoires aiguees ne dépassant pas sept a dix jours. Les risques gastro-intestinaux (ulcère, hémorragie digestive), cardiovasculaires (hypertension, infarctus) et rénaux imposent une vigilance particulière chez les patients âgés, ceux ayant des antecedents d'ulcère, une insuffisance rénale ou des facteurs de risque cardiovasculaire. La prescription d'un protecteur gastrique (inhibiteur de la pompe a protons) est recommandée chez les patients a risque digestif.
Les AINS topiques, sous forme de gel ou de creme appliques directement sur la nuque, offrent une alternative intéressante. Leur absorption systémique limitee réduit considérablement les effets indesirables tout en procurant un soulagement local appreciable. Le diclofenac en gel et le ketoprofene en gel sont les plus couramment utilises et peuvent être appliques deux a trois fois par jour sur la zone cervicale douloureuse.
Les myorelaxants : décontracturer les muscles cervicaux
La contracture musculaire réflexe constitue un facteur majeur d'aggravation de la douleur dans l'arthrose cervicale. Les muscles paravertebraux, les trapezes et les muscles sous-occipitaux se contractent en réaction a la souffrance articulaire, creant un cercle vicieux douleur-contracture-douleur qui entretient et amplifie les symptômes. Les myorelaxants visent a rompre ce cercle vicieux en relachant le tonus musculaire excessif.
Le thiocolchicoside et le methocarbamol sont les molécules les plus prescrites en France dans cette indication. Leur utilisation est recommandée sur de courtes périodes, généralement cinq a sept jours, en complement des antalgiques et des AINS lors des poussées aiguees. La somnolence et la fatigue representent les effets secondaires les plus fréquents, rendant la conduite automobile et l'utilisation de machines potentiellement dangereuses. Les benzodiazepines a action myorelaxante (tetrazepam, désormais retire du marche, ou diazepam) ne sont plus recommandées en première intention en raison du risque de dépendance et de leurs effets sedatifs marques.
La kinésithérapie cervicale : pilier du traitement
Les objectifs de la rééducation
La kinésithérapie represente le traitement non médicamenteux le plus efficace et le mieux valide scientifiquement dans l'arthrose cervicale. Elle poursuit plusieurs objectifs complémentaires : soulager la douleur par des techniques manuelles et physiques, restaurer les amplitudes articulaires, renforcer la musculature cervicale profonde stabilisatrice, et eduquer le patient a l'autogestion de sa pathologie. Les recommandations internationales placent la kinésithérapie au coeur de la strategie thérapeutique, au même titre que les traitements médicamenteux.
Le programme de rééducation débute généralement par une phase antalgique, utilisant la thermothérapie (application de chaleur sur la nuque), l'électrothérapie (TENS), les massages décontracturants des muscles cervicaux et des trapezes, et les mobilisations douces du rachis cervical. Ces techniques procurent un soulagement rapide et preparent le terrain pour la phase active de la rééducation, qui constitue l'étape la plus déterminante pour le long terme.
Exercices de renforcement et de stabilisation cervicale
La phase active de la kinésithérapie repose sur le renforcement des muscles cervicaux profonds, en particulier les flechisseurs profonds du cou (longus colli et longus capitis). Ces muscles jouent un rôle essentiel dans la stabilisation du rachis cervical, et leur faiblesse est systématiquement retrouvee chez les patients souffrant de cervicarthrose. Les exercices de flexion cranio-cervicale, realises en position allongee, permettent de recruter spécifiquement ces muscles sans solliciter les muscles superficiels qui tendent a compenser.
Le programme comprend également des exercices d'étirement des muscles trapezes, scalenes et sterno-cleido-mastoidiens, souvent raccourcis et contractures. Des exercices de proprioception cervicale, utilisant par exemple un laser fixe sur la tête pour pointer des cibles murales, améliorent la coordination oculocervicale et reduisent les sensations vertigineuses souvent associées a la cervicarthrose. Les vertiges lies aux cervicales répondent particulièrement bien a ce type de rééducation vestibulaire et proprioceptive. Le patient apprend progressivement des exercices d'auto-rééducation qu'il pourra réaliser quotidiennement a domicile pour maintenir les bénéfices acquis lors des séances supervisees.
La fréquence et la durée de la rééducation
Un programme de kinésithérapie cervicale comprend habituellement quinze a vingt séances, a raison de deux a trois séances par semaine. Les premiers bénéfices sont généralement ressentis après quatre a six séances, mais la consolidation des résultats nécessité la poursuite du programme complet. Au-dela des séances en cabinet, la pratique quotidienne des exercices appris (dix a quinze minutes par jour) conditionne le succès a long terme du traitement. Plusieurs études ont démontré que les patients qui maintiennent un programme d'exercices a domicile conservent les bénéfices de la rééducation pendant plus de douze mois, alors que ceux qui arretent les exercices voient leurs symptômes reapparaitre en quelques semaines.
Le collier cervical : un usage strictement encadre
Indications et durée du port
Le collier cervical souple, ou minerve, fait partie des dispositifs fréquemment reclames par les patients souffrant d'arthrose cervicale. Il procure un soulagement immédiat en limitant les mouvements douloureux et en soutenant le poids de la tête, reduisant ainsi les contraintes mécaniques sur les articulations cervicales enflammées. Son utilisation peut être justifiee lors des poussées aiguees de cervicarthrose, lorsque la douleur et la contracture musculaire sont intenses et empechent toute activité normale.
Toutefois, les recommandations médicales sont unanimes : le port du collier cervical doit être limite dans le temps, idealement a quelques jours (trois a cinq jours maximum lors d'une poussée aigue). Un port prolongé entraîne une fonte musculaire cervicale rapide, une dépendance psychologique au dispositif et une aggravation de la raideur articulaire, effets exactement contraires a l'objectif thérapeutique. Le collier ne doit jamais être porte en continu et doit être retire régulièrement, y compris pendant la phase aigue, pour effectuer des mouvements doux du cou. Il ne constitue en aucun cas un traitement de fond de l'arthrose cervicale.
Les différents types de colliers cervicaux
Plusieurs modèles de colliers cervicaux existent, adaptés a des situations cliniques différentes. Le collier cervical souple en mousse offre un soutien léger et un effet thermique appreciable, adapté aux poussées modérées. Le collier semi-rigide procure une immobilisation plus marquee, utile dans les névralgies cervico-brachiales aiguees. Le collier rigide, ou orthese cervicale thermoplastique, est reserve aux situations post-traumatiques ou post-chirurgicales et ne releve pas de la prise en charge habituelle de l'arthrose cervicale. Le choix du modèle et de la taille doit être effectue par un professionnel de sante pour garantir un maintien efficace sans compression excessive des structures vasculaires cervicales.
Les infiltrations cervicales : agir directement sur la source de la douleur
Les infiltrations épidurales cervicales
Lorsque les traitements médicamenteux oraux et la kinésithérapie ne suffisent pas a contrôler la douleur, les infiltrations cervicales constituent une option thérapeutique de deuxième ligne. L'infiltration épidurale cervicale consiste a injecter un corticoide a action prolongée (triamcinolone ou betamethasone) dans l'espace épidural, situe entre les vertèbres et la dure-mere qui enveloppe la moelle epiniere. Ce geste permet de deposer le médicament au plus près des structures inflammatoires responsables de la douleur.
L'infiltration épidurale est particulièrement indiquée dans les névralgies cervico-brachiales résistantes au traitement médical bien conduit. Elle est réalisée sous guidage radiologique (fluoroscopie) ou scanographique pour garantir la précision du geste et minimiser les risques de complications. L'effet antalgique apparaît généralement dans les quarante-huit a soixante-douze heures suivant l'injection et peut durer de plusieurs semaines a plusieurs mois. Deux a trois infiltrations peuvent être réalisées sur une période de six mois a un an, selon la réponse clinique.
Les infiltrations foraminales
L'infiltration foraminale cervicale cible spécifiquement le foramen intervertebral, l'orifice par lequel la racine nerveuse sort du canal rachidien. Ce geste, plus précis que l'infiltration épidurale, permet de deposer le corticoide directement au contact de la racine nerveuse compressee par un ostéophyte ou une hernie discale cervicale. L'infiltration foraminale est réalisée sous guidage scanographique strict et nécessité un operateur experimente en raison de la proximite des arteres vertébrales et de la moelle epiniere.
Les études cliniques montrent un taux de réponse favorable de 60 a 80 % dans les névralgies cervico-brachiales d'origine arthrosique, avec une réduction significative de la douleur et une amélioration de la fonction. L'infiltration foraminale peut également avoir une valeur diagnostique : si elle soulage complètement la douleur, elle confirmé que la racine nerveuse ciblée est bien la source de la symptomatologie, information precieuse en cas de discussion chirurgicale ulterieure.
Les infiltrations des articulations zygapophysaires
Les articulations zygapophysaires (ou facettaires) postérieures constituent une source fréquente de douleur cervicale mécanique. L'infiltration de ces articulations sous guidage fluoroscopique ou echographique permet d'administrer un melange de corticoide et d'anesthesique local directement dans l'articulation arthrosique. L'effet antalgique est souvent rapide et peut orienter la prise en charge vers une technique de dénervation par radiofrequence si le soulagement est significatif mais temporaire. Cette dénervation, qui consiste a neutraliser les nerfs sensitifs de l'articulation par la chaleur, peut procurer un soulagement prolongé de six a douze mois, voire davantage.
La chirurgie cervicale : quand les indications deviennent imperatives
La myelopathie cervicarthrosique : urgence chirurgicale relative
La chirurgie ne concerne qu'une minorité de patients atteints d'arthrose cervicale, mais certaines situations imposent une intervention. La myelopathie cervicarthrosique survient lorsque les ostéophytes, un disque hernie ou un ligament epaissi compriment la moelle epiniere dans le canal rachidien cervical retreciit. Cette compression medullaire se manifeste par des troubles de la marche (instabilite, sensation de jambes raides), une maladresse des mains, des troubles de la sensibilite des quatre membres et, dans les formes évoluées, des troubles sphincteriens. Il s'agit d'une complication grave de l'arthrose cervicale sévère qui nécessité un avis neurochirurgical ou orthopedique urgent.
L'intervention chirurgicale vise a decompresser la moelle epiniere, soit par voie antérieure (discectomie antérieure avec arthrodese), soit par voie postérieure (laminectomie ou laminoplastie). La voie antérieure est privilégiée lorsque la compression est localisée a un ou deux niveaux, tandis que la voie postérieure convient mieux aux compressions étendues sur plusieurs etages. Les résultats chirurgicaux sont d'autant meilleurs que l'intervention est réalisée précocement, avant que les lesions medullaires ne deviennent irréversibles.
La névralgie cervico-brachiale rebelle
La seconde grande indication chirurgicale est la névralgie cervico-brachiale résistante au traitement conservateur bien conduit pendant au moins six a huit semaines, incluant médicaments, kinésithérapie et infiltrations. Lorsque la douleur reste invalidante, qu'un déficit moteur apparaît ou s'aggrave, ou que les examens d'imagerie confirment une compression radiculaire significative concordante avec la clinique, la chirurgie de decompression est discutee.
La technique la plus courante est la discectomie cervicale antérieure avec pose d'une cage intersomatique et arthrodese. Cette intervention consiste a retirer le disque degenere et les ostéophytes compressifs par une incision cervicale antérieure, puis a restaurer la hauteur de l'espace intervertebral avec un implant. La prothèse discale cervicale, qui préserve la mobilité du segment opéré contrairement a l'arthrodese, peut être proposée chez les patients jeunes et actifs lorsque les conditions anatomiques le permettent. Les résultats a long terme de ces interventions sont satisfaisants, avec un taux de soulagement de la douleur radiculaire supérieur a 90 % dans les series publiées.
Medecines complémentaires : osteopathie, acupuncture et autres approches
L'osteopathie dans l'arthrose cervicale
L'osteopathie propose une approche manuelle complémentaire dans la prise en charge de l'arthrose cervicale. Le praticien utilise des techniques de mobilisation douce, des manipulations articulaires a haute velocite et basse amplitude (thrust), des techniques myofasciales et des étirements musculaires pour restaurer la mobilité cervicale, réduire les tensions musculaires et améliorer la vascularisation locale. Les manipulations cervicales avec thrust doivent être réalisées avec une grande prudence et sont contre-indiquées en cas de myelopathie, d'insuffisance vertebro-basilaire, d'anomalie vasculaire connue ou d'instabilite cervicale.
Les donnees scientifiques soutiennent un effet antalgique modéré de l'osteopathie dans la cervicalgie chronique, comparable a celui de la kinésithérapie sur le court terme. L'osteopathie trouve sa meilleure place en complement de la kinésithérapie et du traitement médicamenteux, plutôt qu'en alternative. Deux a quatre séances espacees de deux a trois semaines constituent un schema thérapeutique habituel, avec une réévaluation de l'efficacité après cette période initiale.
L'acupuncture : une approche validee par la recherche
L'acupuncture a fait l'objet de nombreuses études cliniques dans la cervicalgie chronique, et les résultats sont globalement positifs. Plusieurs méta-analyses ont conclu a une efficacité supérieure au placebo sur la douleur et la fonction cervicale, avec un niveau de preuve modéré. Les mécanismes d'action impliquent la liberation d'endorphines, la modulation des voies de transmission de la douleur et un effet de relaxation musculaire locale au niveau des points d'insertion des aiguilles.
Un cycle de huit a dix séances d'acupuncture, a raison d'une a deux séances par semaine, est généralement recommandé pour évaluer la réponse thérapeutique. L'acupuncture est bien tolérée, avec des effets secondaires rares et benins (petits hematomes au point d'insertion, fatigue passagere). Elle peut être proposée en complement des traitements conventionnels, notamment chez les patients qui souhaitent réduire leur consommation de médicaments antalgiques ou qui présentent des contre-indications aux AINS.
Autres approches complémentaires
La phytothérapie, notamment l'harpagophytum (griffe du diable), le curcuma et le boswellia, est parfois utilisée pour ses propriétés anti-inflammatoires naturelles dans l'arthrose cervicale. Les niveaux de preuve restent cependant limites, et ces produits ne doivent pas se substituer aux traitements valides. La balnéothérapie et la thalassothérapie, par l'association de la chaleur de l'eau, de la poussée d'Archimede et des exercices en milieu aquatique, procurent un soulagement appreciable et facilitent la rééducation cervicale dans un environnement porte. Le yoga et le tai-chi, en favorisant la souplesse, le renforcement musculaire doux et la gestion du stress, ont démontré des bénéfices significatifs sur la cervicalgie chronique dans plusieurs essais cliniques contrôlés. La qualité du sommeil, souvent perturbee par les douleurs cervicales, peut également bénéficier de ces pratiques de relaxation.
Ergonomie du poste de travail : prévenir l'aggravation au quotidien
Amenager son espace de travail sur écran
L'ergonomie du poste de travail constitue un volet essentiel mais trop souvent négligé du traitement de l'arthrose cervicale. Chez les personnes travaillant sur écran, la position de l'écran déterminé directement la posture cervicale adoptee pendant des heures. L'écran doit être place a hauteur des yeux, a une distance de 50 a 70 cm, de manière a ce que le regard se porte naturellement vers le tiers supérieur de l'écran sans incliner la tête vers le bas ou vers le haut. L'utilisation d'un support réglable ou d'un bras articule permet d'ajuster finement la hauteur et l'inclinaison.
Le clavier doit être positionne de facon a ce que les avant-bras forment un angle de 90 degrés avec les bras, les épaules restant detendues. L'utilisation d'un clavier separe et d'un écran externe est indispensable pour les utilisateurs d'ordinateurs portables, dont la configuration impose une posture cervicale en flexion particulièrement néfaste. Un repose-poignets, un porte-documents place a côté de l'écran et un siege avec accoudoirs réglables completent l'amenagement ergonomique. La mise en place de ces adaptations s'inscrit dans une demarche globale de prévention de l'arthrose et de ses complications.
Les pauses actives et les micro-exercices
Aucun amenagement ergonomique ne compense les effets délétères d'une posture statique prolongée. La règle des « 20-20-20 » recommandé de faire une pause de vingt secondes toutes les vingt minutes en regardant un point situe a vingt pieds (six metres) de distance. Au-dela de cette règle visuelle, des pauses actives de deux a trois minutes toutes les heures, incluant des mouvements doux de rotation, d'inclinaison et de flexion-extension du cou, previennent l'accumulation des tensions musculaires et l'enraidissement articulaire.
Des micro-exercices simples peuvent être realises sur le lieu de travail : retractions cervicales (rentrer le menton en double menton), rotations lentes de la tête d'un côté puis de l'autre, haussements d'épaules tenus cinq secondes puis relaches, et étirements des trapezes en inclinant la tête lateralement. Ces exercices, pratiques régulièrement tout au long de la journee, contribuent significativement a la gestion des symptômes et prolongent les bénéfices de la kinésithérapie.
L'ergonomie au-dela du poste de travail
Les contraintes cervicales ne se limitent pas au bureau. L'utilisation du telephone doit se faire avec un kit mains libres ou un haut-parleur, jamais en coincant l'appareil entre l'oreille et l'épaule. La position de conduite automobile merite attention : l'appuie-tête doit être règle a hauteur du centre de gravité de la tête, le volant ajuste pour éviter de tendre les bras et les épaules. La lecture prolongée sur tablette en position inclinee sollicite excessivement le rachis cervical et doit être limitee ou effectuee avec un support adapté. L'ensemble de ces adaptations quotidiennes réduit les microtraumatismes répétitifs qui accélèrent la dégénérescence arthrosique.
L'oreiller cervical : optimiser le repos nocturne
Pourquoi le choix de l'oreiller est crucial
Le sommeil represente six a huit heures de positionnement cervical continu, faisant du choix de l'oreiller un element déterminant dans la gestion de l'arthrose cervicale. Un oreiller inadapte maintient le rachis cervical dans une position de contrainte qui entretient les douleurs, favorise les contractures musculaires nocturnes et dégradé la qualité du sommeil. A l'inverse, un oreiller correctement choisi respecte la lordose cervicale physiologique, soutient le poids de la tête sans créer de pression excessive et permet une relaxation musculaire optimale pendant la nuit. Le lien entre arthrose et sommeil est désormais bien établi : les nuits de mauvaise qualité amplifient la perception de la douleur le lendemain, installant un cercle vicieux qu'un oreiller adapté contribue a briser.
Comment choisir son oreiller cervical
L'oreiller cervical, ou oreiller anatomique, se distingue de l'oreiller classique par sa forme en vague (plus epais sur les bords et creuse au centre) qui epouse la courbure naturelle du cou. Les oreillers en mousse a mémoire de forme offrent le meilleur compromis entre soutien et confort, en s'adaptant a la morphologie de chaque utilisateur sous l'effet de la chaleur corporelle. La hauteur de l'oreiller doit correspondre a la distance entre l'épaule et le cou en position laterale, soit généralement entre 10 et 13 cm pour les dormeurs sur le côté.
Les dormeurs sur le dos beneficient d'un oreiller moins epais (8 a 10 cm) avec un renflement cervical marque pour maintenir la lordose. La position ventrale est déconseillé en cas d'arthrose cervicale car elle impose une rotation cervicale prolongée. Le latex naturel constitue une alternative a la mousse a mémoire de forme, offrant un soutien plus ferme et une meilleure ventilation. Les oreillers en plumes ou en fibres synthetiques, trop deformables, ne fournissent généralement pas un soutien cervical suffisant pour les patients arthrosiques. L'oreiller doit être renouvele tous les deux a trois ans, car les materiaux perdent progressivement leurs propriétés de soutien avec le temps.
La position de sommeil optimale
Au-dela de l'oreiller, la position de sommeil influence directement le confort cervical. La position laterale (sur le côté) avec un oreiller adapté a l'épaisseur de l'épaule represente la position la plus favorable pour le rachis cervical. Un oreiller supplémentaire entre les genoux aligne le bassin et réduit les tensions transmises a la colonne vertébrale. La position sur le dos, avec un oreiller cervical modéré et éventuellement un petit coussin sous les genoux pour detendre les muscles paravertebraux, constitue la seconde option recommandée. Le matelas joue également un rôle non negligeable : un matelas a fermete moyenne, ni trop dur ni trop mou, garantit un soutien optimal de l'ensemble du rachis pendant le sommeil.
Strategie thérapeutique globale : combiner les approches pour un résultat durable
L'approche multimodale recommandée
Les recommandations médicales actuelles insistent sur la nécessité d'une approche multimodale dans le traitement de l'arthrose cervicale. Aucun traitement isolé ne suffit a contrôler durablement les symptômes. La strategie optimale combine les traitements médicamenteux adaptés a l'intensité des douleurs, la kinésithérapie active avec programme d'exercices a domicile, les adaptations ergonomiques du poste de travail et de l'environnement de sommeil, et éventuellement des approches complémentaires choisies en fonction des preferences du patient. Cette strategie doit être réévaluée régulièrement et ajustee en fonction de l'évolution clinique.
Le patient doit être place au centre de la prise en charge et devenir acteur de son traitement. L'éducation thérapeutique, comprenant l'explication des mécanismes de la maladie, la demystification de l'imagerie (les signes radiologiques ne correlent pas toujours avec les symptômes), l'apprentissage de la gestion des poussées et l'adoption de comportements protecteurs, conditionne l'adhésion au traitement et l'obtention de résultats durables. L'activité physique régulière, adaptée mais jamais abandonee, reste le meilleur garant du maintien de la mobilité et de la fonction cervicale sur le long terme.
Adapter le traitement selon le stade de la maladie
Le traitement de l'arthrose cervicale doit être gradue et adapté au stade évolutif de la maladie. Au stade debutant, les mesures hygiénodiététiques, l'ergonomie, les exercices et le paracetamol en cas de douleur suffisent généralement. Au stade modéré, la kinésithérapie structuree, les AINS lors des poussées et les approches complémentaires trouvent leur place. Au stade avance, avec des symptômes d'arthrose cervicale sévère, les infiltrations, la prise en charge multidisciplinaire en centre de la douleur et la discussion chirurgicale en cas de complication neurologique deviennent nécessaires. A chaque stade, le maintien de l'activité physique et des exercices spécifiques reste fondamental pour freiner la progression de la maladie et prévenir l'aggravation des symptômes.