Douleurs articulaires chroniques, consultations spécialisées à répétition, séances de kinésithérapie, médicaments au quotidien, genouillères à renouveler : le coût de l'arthrose pèse lourdement sur le budget des patients. En France, cette maladie articulaire dégénérative touche environ 10 millions de personnes, dont beaucoup ignorent l'étendue de leurs droits en matière de remboursement arthrose par l'Assurance maladie. Entre le régime général, les dispositifs d'exonération comme l'ALD hors liste, les conditions spécifiques à chaque acte médical et le rôle déterminant de la mutuelle complémentaire, le parcours administratif peut sembler aussi complexe que le parcours de soins lui-même. Pourtant, connaître précisément les mécanismes de prise en charge permet de réduire considérablement le reste à charge et d'accéder sereinement aux traitements nécessaires, qu'il s'agisse de séances de rééducation, d'infiltrations, d'orthèses ou même d'une intervention chirurgicale pour la pose d'une prothèse.

La prise en charge des consultations médicales pour l'arthrose

Consultations chez le médecin traitant

Le parcours de soins coordonné constitue la base du système de remboursement en France. Pour l'arthrose, tout commence généralement par une consultation chez le médecin traitant, qui pose le diagnostic initial, prescrit les premiers examens et oriente vers les spécialistes si nécessaire. La consultation chez un médecin généraliste conventionné secteur 1 est facturée 26,50 euros (tarif en vigueur). L'Assurance maladie rembourse 70 % de ce tarif de base, soit 18,55 euros, après déduction de la participation forfaitaire de 1 euro. Le reste à charge de 8,95 euros est habituellement couvert par la mutuelle complémentaire.

En cas de consultation hors parcours de soins, c'est-à-dire sans passer par le médecin traitant, le taux de remboursement chute à 30 % du tarif conventionnel. Cette pénalisation financière souligne l'importance de respecter le parcours coordonné, en particulier pour une pathologie chronique comme l'arthrose, qui nécessite un suivi régulier et pluridisciplinaire.

Consultations chez le rhumatologue et le chirurgien orthopédiste

Le rhumatologue, spécialiste de référence pour l'arthrose, pratique une consultation au tarif conventionnel de 30 euros en secteur 1. Le remboursement par la Sécurité sociale s'effectue à hauteur de 70 % dans le cadre du parcours de soins, soit 21 euros (moins la participation forfaitaire). Pour les spécialistes en secteur 2, des dépassements d'honoraires sont possibles : ils ne sont pas remboursés par le régime obligatoire mais peuvent être pris en charge, partiellement ou totalement, par la complémentaire santé selon le niveau de garantie souscrit.

Lorsque l'arthrose évolue vers un stade avancé, un avis chirurgical peut être nécessaire. La consultation chez le chirurgien orthopédiste suit les mêmes règles de remboursement, mais les dépassements d'honoraires sont fréquents dans cette spécialité, ce qui rend le choix d'une mutuelle adaptée particulièrement stratégique. Pour anticiper une éventuelle intervention, consultez notre dossier sur la prothèse de genou pour arthrose.

L'ALD hors liste : une exonération du ticket modérateur pour les formes sévères

Qu'est-ce que l'ALD hors liste et qui peut en bénéficier ?

L'arthrose ne figure pas dans la liste des 30 affections de longue durée (ALD 30) ouvrant droit à une prise en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Toutefois, les patients atteints de formes sévères et invalidantes peuvent demander une reconnaissance en ALD hors liste, aussi appelée ALD 31. Ce dispositif concerne les maladies graves nécessitant un traitement prolongé d'une durée prévisible supérieure à six mois et un coût de traitement particulièrement élevé.

Pour l'arthrose, les critères retenus par le médecin-conseil de la CPAM incluent généralement : une atteinte polyarticulaire touchant plusieurs articulations simultanément, une gêne fonctionnelle majeure documentée par des scores validés, des traitements lourds et coûteux au long cours, ou une indication opératoire pour une ou plusieurs articulations. L'arthrose du genou bilatérale avec retentissement fonctionnel important ou l'arthrose de la hanche nécessitant une prothèse constituent des situations fréquemment reconnues.

Démarche pour obtenir l'ALD hors liste

La demande d'ALD hors liste est initiée par le médecin traitant, qui remplit un protocole de soins détaillant le diagnostic, les traitements en cours et prévus, ainsi que leur durée estimée. Ce protocole est adressé au service médical de la CPAM. Le médecin-conseil évalue alors le dossier et peut accepter, refuser ou demander des compléments d'information. En cas d'accord, l'exonération du ticket modérateur s'applique uniquement aux soins en rapport avec l'affection déclarée. Les consultations, examens biologiques, radiographies, séances de kinésithérapie et médicaments liés à l'arthrose sont alors remboursés à 100 % du tarif conventionnel, ce qui supprime le ticket modérateur de 30 % habituellement à la charge du patient.

Il est important de noter que l'ALD hors liste ne couvre pas les dépassements d'honoraires, la participation forfaitaire de 1 euro par consultation, ni les franchises médicales sur les médicaments et les transports sanitaires. Ces montants restent à la charge du patient ou de sa complémentaire santé. La durée d'attribution de l'ALD hors liste est généralement fixée à cinq ans, renouvelable sur justification médicale.

Remboursement de la kinésithérapie pour l'arthrose

Prescription et nombre de séances remboursées

La kinésithérapie occupe une place centrale dans le traitement de l'arthrose. Le médecin prescripteur peut indiquer un nombre de séances ou une durée de prise en charge. Pour l'arthrose, les prescriptions courantes portent sur des séries de 10 à 15 séances, renouvelables selon l'évolution clinique. Dans le cadre du régime général, chaque séance de rééducation d'un membre est cotée selon la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP). La cotation la plus fréquente pour une séance de kinésithérapie du genou ou de la hanche arthrosique est l'AMK 7,5 ou l'AMK 8, selon la nature de l'acte réalisé.

Le tarif conventionnel d'une séance de kinésithérapie varie en fonction de la cotation appliquée. Pour un AMK 7,5, le tarif de base est d'environ 16,13 euros. L'Assurance maladie rembourse 60 % de ce montant dans le cadre habituel, soit environ 9,68 euros. Le reste, soit environ 6,45 euros, est pris en charge par la mutuelle complémentaire. En cas d'ALD hors liste reconnue, le remboursement passe à 100 % du tarif conventionnel.

Cotations spécifiques et actes complémentaires

Certains actes de kinésithérapie bénéficient de cotations majorées. La rééducation complexe d'une articulation majeure après pose de prothèse (cotation AMK 9 ou AMK 10) est mieux valorisée. Les séances de balnéothérapie individuelle, parfois prescrites dans le cadre de l'arthrose, sont cotées AMK 10 ou AMK 11 et nécessitent un plateau technique adapté. Le kinésithérapeute peut également réaliser un bilan diagnostic kinésithérapique (BDK), coté AMS 8,3 pour le bilan initial et AMS 5 pour le bilan intermédiaire, permettant de formaliser les objectifs de rééducation et le suivi des progrès.

Il convient de signaler que si le nombre de séances prescrites dépasse un certain seuil, un accord préalable de la CPAM peut être nécessaire. Pour les pathologies chroniques comme l'arthrose, le kinésithérapeute adresse une demande d'entente préalable accompagnée du bilan diagnostic kinésithérapique. L'absence de réponse de la caisse dans un délai de 15 jours vaut acceptation tacite.

Remboursement des médicaments contre l'arthrose

Le système des vignettes et taux de remboursement

Les médicaments contre l'arthrose sont remboursés selon un système de vignettes dont la couleur détermine le taux de prise en charge par l'Assurance maladie. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) prescrits dans l'arthrose, tels que l'ibuprofène, le kétoprofène ou le diclofénac, portent une vignette blanche et sont remboursés à 65 % du tarif de base. Le paracétamol, antalgique de première intention, bénéficie également d'un remboursement à 65 % pour les formes prescrites sur ordonnance.

Les antiarthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL), comme la chondroïtine sulfate et la glucosamine, ont vu leur taux de remboursement réduit à 15 % (vignette orange) avant d'être complètement déremboursés pour certains d'entre eux. Depuis 2015, la plupart des AASAL ne sont plus pris en charge par la Sécurité sociale en raison d'un service médical rendu jugé insuffisant par la Haute Autorité de Santé (HAS). Les patients souhaitant poursuivre ces traitements doivent en supporter le coût intégral ou vérifier si leur mutuelle propose une prise en charge au titre des médecines non conventionnelles ou des forfaits bien-être.

Opioïdes et traitements topiques

Pour les douleurs arthrosiques résistantes aux antalgiques de palier 1, le médecin peut prescrire des antalgiques de palier 2 associant paracétamol et codéine ou tramadol. Ces médicaments sont remboursés à 65 % avec une vignette blanche. Les topiques anti-inflammatoires (gels, patchs de diclofénac ou de kétoprofène) sont remboursés à 30 % (vignette bleue) lorsqu'ils sont prescrits par un médecin. Il est essentiel de noter que l'automédication, fréquente dans l'arthrose, ne donne lieu à aucun remboursement : seuls les médicaments prescrits sur ordonnance peuvent faire l'objet d'une prise en charge.

Infiltrations et viscosupplémentation : des régimes de remboursement distincts

Remboursement des infiltrations de corticoïdes

Les infiltrations articulaires de corticoïdes constituent un traitement reconnu de l'arthrose, remboursé par l'Assurance maladie. L'acte d'injection intra-articulaire est coté selon la Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM). Pour une infiltration du genou, le code CCAM est NZLB001 (injection thérapeutique d'agent pharmacologique dans une articulation ou une bourse séreuse du membre inférieur par voie transcutanée), avec un tarif de base d'environ 27,35 euros. Pour l'épaule, le code correspondant est MZLB001. Le remboursement s'effectue à 70 % du tarif conventionnel dans le cadre du parcours de soins, soit environ 19,15 euros pour le geste technique.

Le produit injectable (corticoïde retard tel que le Diprostène ou l'Altim) est remboursé séparément à 65 % du tarif de base. Le coût total d'une infiltration, incluant le geste et le produit, reste donc modéré pour le patient, d'autant plus que la mutuelle complémentaire prend généralement en charge le ticket modérateur. En cas d'ALD hors liste, l'ensemble est remboursé à 100 % du tarif de convention. Lorsque l'infiltration est réalisée sous guidage échographique (code CCAM YYYY490, supplément pour guidage échographique), un complément de facturation s'ajoute au tarif de base.

La viscosupplémentation : un remboursement supprimé

La viscosupplémentation, technique consistant à injecter de l'acide hyaluronique dans l'articulation arthrosique pour restaurer la viscosité du liquide synovial, a fait l'objet d'un déremboursement total depuis juin 2017. Auparavant prise en charge par la Sécurité sociale au titre des dispositifs médicaux (LPPR), elle a été retirée de la liste des produits remboursables suite à un avis de la Commission Nationale d'Évaluation des Dispositifs Médicaux (CNEDiMTS) jugeant son service attendu insuffisant.

Le coût d'une injection de viscosupplémentation varie entre 80 et 200 euros par seringue, selon le produit utilisé, auxquels s'ajoute le tarif du geste d'injection. Un protocole classique comprend une à trois injections espacées d'une semaine, ce qui représente un investissement total de 150 à 600 euros entièrement à la charge du patient. Certaines mutuelles complémentaires proposent néanmoins un remboursement partiel ou total de la viscosupplémentation dans le cadre de forfaits spécifiques « médecines douces » ou « traitements non remboursés ». Il est recommandé de vérifier les conditions de son contrat ou de contacter directement sa complémentaire avant d'engager les frais.

Orthèses, genouillères et dispositifs médicaux : la prise en charge LPPR

Genouillères et orthèses de série

Les genouillères pour l'arthrose et autres orthèses articulaires peuvent être prises en charge par l'Assurance maladie lorsqu'elles figurent sur la Liste des Produits et Prestations Remboursables (LPPR). La condition indispensable est la prescription médicale : sans ordonnance, aucun remboursement n'est possible. Les genouillères ligamentaires souples de série, fréquemment prescrites dans la gonarthrose, sont inscrites à la LPPR avec un tarif de responsabilité variant de 25 à 60 euros selon le modèle et la complexité du dispositif.

Le taux de remboursement par la Sécurité sociale est de 60 % du tarif LPPR. Ainsi, pour une genouillère dont le tarif de base est de 40 euros, la part Sécu s'élève à 24 euros et le reste à charge (16 euros) est habituellement couvert par la mutuelle. Attention toutefois : si le prix de vente de la genouillère dépasse le tarif LPPR, la différence n'est pas remboursée par le régime obligatoire. Seules certaines mutuelles haut de gamme prennent en charge ces dépassements.

Orthèses sur mesure et semelles orthopédiques

Pour les formes avancées d'arthrose du genou avec déviation axiale (genu varum ou genu valgum), le médecin peut prescrire une orthèse de décharge (type Unloader) réalisée sur mesure par un orthoprothésiste. Ces dispositifs, inscrits à la LPPR, bénéficient d'un tarif de responsabilité plus élevé, pouvant atteindre 400 à 700 euros selon la catégorie. Le remboursement reste de 60 % du tarif LPPR, mais une entente préalable de la CPAM est souvent requise. Le délai de renouvellement est généralement fixé à un an minimum.

Les semelles orthopédiques (orthèses plantaires), parfois prescrites en complément du traitement de la gonarthrose ou de la coxarthrose pour corriger un trouble statique, sont également inscrites à la LPPR. Le tarif de remboursement de base est d'environ 76 euros la paire pour un adulte, avec un remboursement à 60 %. Le pédicure-podologue ou l'orthopédiste-orthésiste qui réalise les semelles peut pratiquer des dépassements, non couverts par le régime obligatoire.

Prothèses articulaires : prise en charge hospitalière et forfait

Hospitalisation et pose de prothèse

Lorsque l'arthrose atteint un stade avancé et que les traitements conservateurs ne suffisent plus, la pose d'une prothèse articulaire devient nécessaire. Cette intervention chirurgicale est réalisée en milieu hospitalier et relève de la prise en charge intégrale dans le cadre du GHS (Groupe Homogène de Séjours). L'Assurance maladie couvre 80 % des frais d'hospitalisation (tarif conventionnel), les 20 % restants constituant le ticket modérateur, habituellement pris en charge par la mutuelle complémentaire.

Le forfait hospitalier, fixé à 20 euros par jour en 2024, reste à la charge du patient pour chaque journée d'hospitalisation. Pour une prothèse totale de genou, la durée moyenne de séjour est de 3 à 5 jours, soit un forfait hospitalier de 60 à 100 euros. Pour une prothèse totale de hanche, le séjour est souvent de 3 à 6 jours. Ce forfait n'est remboursé ni par la Sécurité sociale ni par la CMU-C, mais il est couvert par la plupart des contrats de mutuelle complémentaire, y compris les contrats responsables.

Implant prothétique et dépassements

L'implant prothétique lui-même (prothèse totale ou unicompartimentale) est inscrit à la LPPR et pris en charge à 100 % du tarif de responsabilité lorsque l'intervention est réalisée dans un établissement conventionné. Le tarif LPPR de l'implant couvre le coût réel dans la grande majorité des cas. En revanche, les honoraires du chirurgien et de l'anesthésiste peuvent comporter des dépassements, parfois significatifs en secteur 2 ou en clinique privée. Ces dépassements représentent souvent le poste le plus important du reste à charge pour le patient.

La rééducation post-opératoire en centre de soins de suite et de réadaptation (SSR) est prise en charge selon les mêmes modalités que l'hospitalisation, avec un ticket modérateur de 20 % et un forfait hospitalier journalier. La durée du séjour en SSR varie de 10 à 21 jours selon la récupération du patient. Si une ALD hors liste a été accordée, l'ensemble du parcours chirurgical et de rééducation est remboursé à 100 % du tarif conventionnel, le forfait hospitalier restant toutefois à la charge du patient ou de sa mutuelle.

Cures thermales et arthrose : conditions de remboursement

Modalités de prise en charge par la Sécurité sociale

Les cures thermales à orientation rhumatologique constituent un traitement complémentaire reconnu pour l'arthrose. Pour être remboursée, la cure doit être prescrite par un médecin (traitant ou spécialiste) et réalisée dans un établissement thermal agréé, pour une durée obligatoire de 18 jours de soins effectifs. Le patient doit adresser une demande de prise en charge à sa CPAM, qui évalue la demande et délivre un accord de prise en charge.

L'Assurance maladie rembourse 65 % du forfait thermal (honoraires de surveillance médicale et soins thermaux), soit environ 350 à 450 euros selon la station. Les frais de transport sont pris en charge à 65 % du tarif SNCF 2e classe si la station se situe à plus de 150 km du domicile. Un forfait d'hébergement peut être accordé sous conditions de ressources : les patients dont les revenus ne dépassent pas un plafond fixé annuellement peuvent bénéficier d'une indemnité journalière de séjour (environ 150 euros pour 18 jours) et d'une prise en charge des frais de transport à 100 %. En cas d'ALD, les soins thermaux en lien avec l'affection sont remboursés à 100 % du tarif conventionnel.

Reste à charge et rôle de la mutuelle

Malgré la prise en charge par la Sécurité sociale, le reste à charge d'une cure thermale reste conséquent. Les frais d'hébergement, de restauration et de déplacement constituent le poste principal, pouvant atteindre 800 à 1 500 euros pour un séjour de trois semaines. De nombreuses mutuelles proposent un forfait annuel pour les cures thermales, variant de 100 à 500 euros selon le contrat. Certaines complémentaires santé couvrent également le ticket modérateur sur les soins thermaux, réduisant ainsi significativement la dépense globale.

Le rôle essentiel de la mutuelle complémentaire

Choisir une mutuelle adaptée à l'arthrose

Pour un patient arthrosique, le choix de la complémentaire santé revêt une importance stratégique. Les postes de dépenses les plus fréquents dans l'arthrose sont les consultations de spécialistes (dépassements d'honoraires), la kinésithérapie (ticket modérateur et éventuels dépassements), les dispositifs médicaux (genouillères, orthèses, semelles dont le prix dépasse souvent le tarif LPPR) et, potentiellement, la chirurgie prothétique (dépassements chirurgicaux et forfait hospitalier). Une mutuelle offrant des garanties renforcées sur ces postes permet de réduire considérablement le reste à charge annuel.

Les contrats de complémentaire santé dits « responsables » couvrent obligatoirement le ticket modérateur sur les consultations et les actes remboursés par la Sécurité sociale. En revanche, la prise en charge des dépassements d'honoraires et des dispositifs dont le prix excède le tarif LPPR varie considérablement d'un contrat à l'autre. Les niveaux de garantie exprimés en pourcentage du tarif de convention (150 %, 200 %, 300 %) ou en forfaits annuels constituent les indicateurs clés à comparer.

Cas spécifiques : viscosupplémentation, cures thermales et médecines complémentaires

Certaines mutuelles se distinguent par des garanties couvrant des soins non remboursés par la Sécurité sociale. La viscosupplémentation, déremboursée depuis 2017, peut être partiellement ou totalement prise en charge par des forfaits « actes hors nomenclature » ou « médecines douces » proposés par certaines complémentaires. De même, l'ostéopathie, l'acupuncture ou la podologie, parfois sollicitées en complément du traitement de l'arthrose, font l'objet de forfaits annuels variables selon les contrats, allant de 50 à 300 euros par an et par bénéficiaire.

Pour les cures thermales, la mutuelle peut couvrir le ticket modérateur sur les soins (35 % du forfait thermal), un complément pour les frais d'hébergement et parfois les frais de transport non pris en charge. Avant d'engager des dépenses importantes, il est recommandé de demander un devis détaillé et de le soumettre à sa complémentaire pour connaître précisément le montant du remboursement prévu.

Dossier MDPH : reconnaissance du handicap lié à l'arthrose

Quand constituer un dossier MDPH ?

L'arthrose sévère peut entraîner un handicap fonctionnel majeur affectant la vie quotidienne, professionnelle et sociale. Lorsque les limitations sont durables (au moins un an) et substantielles, le patient peut déposer un dossier auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pour faire reconnaître son handicap et bénéficier de droits et d'aides spécifiques. Cette démarche est distincte de l'ALD et complémentaire à la prise en charge Sécurité sociale.

Le dossier MDPH comprend le formulaire Cerfa n°15692*01, un certificat médical détaillé rempli par le médecin traitant ou le spécialiste (formulaire Cerfa n°15695*01), et les pièces justificatives (comptes rendus de consultation, imagerie, bilans fonctionnels). Le médecin doit décrire précisément les retentissements de l'arthrose sur les capacités fonctionnelles : périmètre de marche, difficultés pour monter les escaliers, se lever, s'habiller, assurer les actes de la vie courante.

Droits et aides accessibles via la MDPH

La MDPH peut accorder plusieurs types de reconnaissance et d'aides en fonction du degré de handicap évalué. La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) ouvre droit à des aménagements de poste de travail, un accès facilité à la formation professionnelle et des dispositifs d'emploi spécifiques. Elle est particulièrement pertinente pour les patients arthrosiques exerçant des métiers physiques incompatibles avec leurs limitations articulaires.

L'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) peut être attribuée aux patients présentant un taux d'incapacité permanente d'au moins 80 %, ou compris entre 50 et 79 % avec une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi. Pour l'arthrose, ce taux est évalué selon le guide-barème de la MDPH en fonction des limitations fonctionnelles objectives. La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) permet de financer des aides humaines (aide à domicile), des aides techniques (fauteuil roulant, aménagement du véhicule), l'aménagement du logement (douche à l'italienne, barre d'appui, monte-escalier) et des surcoûts liés au handicap. La carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention « invalidité » ou « priorité » facilite quant à elle l'accès aux places de stationnement réservées et aux files prioritaires.

Conseils pratiques pour le dossier MDPH

La constitution d'un dossier MDPH demande une préparation rigoureuse. Il est conseillé de joindre l'ensemble des documents médicaux attestant de la sévérité et de la chronicité de l'arthrose : comptes rendus de consultation rhumatologique, radiographies montrant le pincement articulaire, IRM le cas échéant, bilans fonctionnels de kinésithérapie, courriers du chirurgien orthopédiste. Les scores fonctionnels validés, comme l'indice de Lequesne ou le score WOMAC, renforcent considérablement la solidité du dossier.

Le délai de traitement d'un dossier MDPH varie de 4 à 8 mois selon les départements. En cas de refus ou de décision jugée insuffisante, un recours gracieux auprès de la MDPH ou un recours contentieux devant le tribunal judiciaire est possible dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision. L'accompagnement par une association de patients ou un travailleur social peut s'avérer précieux pour optimiser le dossier et défendre ses droits.

Synthèse des taux de remboursement par type de soin

Tableau récapitulatif des prises en charge

Le remboursement arthrose par la Sécurité sociale suit des règles distinctes selon la nature du soin. Les consultations médicales (généraliste, rhumatologue, chirurgien) sont remboursées à 70 % du tarif conventionnel dans le parcours de soins. Les actes de kinésithérapie sont pris en charge à 60 % du tarif conventionnel. Les médicaments varient entre 15 % et 65 % selon la vignette (certains AASAL étant déremboursés). Les infiltrations de corticoïdes sont couvertes à 70 % pour le geste et 65 % pour le produit. La viscosupplémentation n'est plus remboursée. Les dispositifs médicaux inscrits à la LPPR (genouillères, orthèses, semelles) sont remboursés à 60 % du tarif de base. L'hospitalisation pour prothèse est prise en charge à 80 %, hors forfait hospitalier journalier. Les cures thermales sont remboursées à 65 % du forfait thermal.

Optimiser sa prise en charge globale

Pour réduire au maximum le reste à charge lié à l'arthrose, plusieurs leviers peuvent être actionnés simultanément. Le respect du parcours de soins coordonné garantit les meilleurs taux de remboursement par le régime obligatoire. La demande d'ALD hors liste, lorsque les critères sont remplis, supprime le ticket modérateur sur l'ensemble des soins en rapport avec l'arthrose. Le choix d'une mutuelle complémentaire offrant des garanties renforcées sur les postes de dépenses fréquents dans l'arthrose (dépassements d'honoraires, kinésithérapie, dispositifs médicaux, hospitalisation chirurgicale) permet de couvrir la quasi-totalité du reste à charge. La constitution d'un dossier MDPH, dans les formes sévères et invalidantes, ouvre des droits complémentaires en matière d'aides techniques, d'aménagement du cadre de vie et de prestations financières. Enfin, le recours aux réseaux de soins partenaires de sa mutuelle (chirurgiens et praticiens conventionnés OPTAM, opticiens et audioprothésistes du réseau) permet de bénéficier de tarifs négociés et de limiter les dépassements d'honoraires.