Arthrose du poignet : causes et traitements
Le poignet est une articulation d'une complexité remarquable, sollicitée dans pratiquement chaque geste de la vie quotidienne : saisir un objet, tourner une poignée, soulever une casserole, taper sur ...
Le poignet est une articulation d'une complexité remarquable, sollicitée dans pratiquement chaque geste de la vie quotidienne : saisir un objet, tourner une poignée, soulever une casserole, taper sur un clavier, conduire un véhicule. Lorsque l'arthrose s'installe dans cette zone charnière entre l'avant-bras et la main, la douleur et la raideur qui en résultent compromettent gravement l'autonomie fonctionnelle. Contrairement à l'arthrose du genou ou de la hanche, l'arthrose du poignet reste méconnue du grand public, alors qu'elle représente une part significative des consultations en chirurgie de la main. Dans la majorité des cas, elle survient à la suite d'un traumatisme ancien, parfois oublié, qui a déstabilisé la mécanique articulaire du carpe. Plus rarement, elle apparaît sans cause identifiable, de manière progressive et insidieuse. Comprendre l'anatomie du poignet, identifier les mécanismes à l'origine de la dégradation cartilagineuse et connaître l'ensemble des options thérapeutiques disponibles permet de prendre en charge cette pathologie de manière éclairée et de préserver au maximum la fonction de la main.
Anatomie du poignet : un ensemble articulaire complexe
Le poignet n'est pas une articulation unique mais un ensemble de plusieurs articulations qui fonctionnent en synergie pour permettre les mouvements de flexion, d'extension, d'inclinaison radiale et ulnaire, ainsi que la pronosupination. Cette architecture complexe, composée de huit os du carpe disposés en deux rangées et reliés à l'avant-bras et aux métacarpiens, explique pourquoi l'arthrose du poignet peut prendre des formes très différentes selon la zone atteinte. L'anatomie du poignet est un prérequis indispensable pour comprendre les causes de l'arthrose dans cette localisation et les stratégies chirurgicales qui en découlent.
L'articulation radio-carpienne
L'articulation radio-carpienne constitue l'étage supérieur du poignet. Elle met en rapport l'extrémité inférieure du radius (la glène radiale) avec la première rangée des os du carpe, principalement le scaphoïde et le lunatum (semi-lunaire). Cette articulation de type condylienne permet les mouvements de flexion-extension et d'inclinaison latérale du poignet. La surface articulaire du radius, légèrement concave et orientée vers le bas et l'avant, s'articule avec la convexité formée par la première rangée du carpe. Un disque fibrocartilagineux, le ligament triangulaire (ou complexe fibrocartilagineux triangulaire, TFCC), complète la surface articulaire du côté ulnaire et joue un rôle essentiel dans la stabilité et l'amortissement des contraintes. L'arthrose de l'articulation radio-carpienne survient fréquemment après une fracture de l'extrémité distale du radius mal consolidée, qui modifie la congruence articulaire et accélère l'usure du cartilage.
L'articulation médio-carpienne
L'articulation médio-carpienne sépare les deux rangées du carpe. La première rangée (scaphoïde, lunatum, triquetrum) s'articule avec la seconde rangée (trapèze, trapézoïde, capitatum, hamatum). Cette articulation en forme de S allongé participe de manière majeure à la mobilité globale du poignet, contribuant à environ 50 % de l'amplitude de flexion-extension. La mécanique médio-carpienne est intimement liée à l'intégrité des ligaments intrinsèques du carpe, notamment le ligament scapho-lunaire, dont la rupture constitue l'un des mécanismes les plus fréquents d'arthrose post-traumatique du poignet. L'atteinte de cette articulation se traduit par une perte progressive de la mobilité et une douleur profonde, diffuse, souvent difficile à localiser précisément pour le patient.
L'articulation radio-ulnaire distale
L'articulation radio-ulnaire distale (ARUD) met en rapport la tête de l'ulna (anciennement cubitus) avec l'incisure ulnaire du radius. Elle est essentielle pour les mouvements de pronosupination, c'est-à-dire la rotation de l'avant-bras qui permet de tourner la paume vers le haut (supination) ou vers le bas (pronation). Ces mouvements sont fondamentaux pour des gestes quotidiens comme tourner une clé, visser, utiliser un tournevis ou porter un plateau. L'arthrose de l'ARUD peut résulter d'une fracture de l'extrémité distale du radius ou de l'ulna, d'une instabilité chronique, ou d'une impaction ulnaire (ulna trop long par rapport au radius). Elle se manifeste principalement par une douleur du bord ulnaire du poignet, aggravée par les mouvements de rotation, et par une limitation progressive de la pronosupination qui retentit considérablement sur les activités manuelles. Cette localisation de l'arthrose dégénérative est souvent associée à une atteinte du complexe fibrocartilagineux triangulaire.
L'arthrose post-traumatique du poignet : SNAC et SLAC
L'arthrose post-traumatique représente la cause la plus fréquente d'arthrose du poignet, loin devant les formes primitives ou idiopathiques. Elle résulte d'un traumatisme initial, parfois ancien de plusieurs décennies, qui a altéré la biomécanique du carpe et entraîné une usure progressive du cartilage articulaire. Deux entités cliniques dominent ce cadre nosologique : le SNAC wrist et le SLAC wrist, qui partagent une évolution radiologique stéréotypée mais diffèrent par leur mécanisme initial.
Le SNAC wrist : arthrose sur pseudarthrose du scaphoïde
Le SNAC wrist (Scaphoid Nonunion Advanced Collapse) est la conséquence d'une fracture du scaphoïde non consolidée (pseudarthrose). Le scaphoïde est l'os du carpe le plus fréquemment fracturé, généralement lors d'une chute sur la paume de la main, le poignet en extension. Cette fracture, souvent méconnue initialement car les radiographies standard peuvent être normales dans les premiers jours, évolue vers une pseudarthrose dans 5 à 10 % des cas en l'absence de traitement adapté. La pseudarthrose du scaphoïde entraîne un raccourcissement et une déformation de l'os, qui modifie progressivement la cinématique du carpe. Le scaphoïde bascule en flexion, le lunatum en extension (pattern DISI), créant des zones d'hyper-pression au niveau des surfaces articulaires radio-carpiennes et médio-carpiennes. L'arthrose s'installe alors selon une séquence prévisible en quatre stades : d'abord entre le pôle distal du scaphoïde et la styloïde radiale (stade I), puis entre le scaphoïde proximal et le radius (stade II), ensuite au niveau médio-carpien entre le capitatum et le lunatum (stade III), et enfin une atteinte diffuse de l'ensemble du carpe (stade IV).
Le SLAC wrist : arthrose sur rupture du ligament scapho-lunaire
Le SLAC wrist (Scapho-Lunate Advanced Collapse) est la forme la plus courante d'arthrose du poignet. Il résulte d'une lésion du ligament scapho-lunaire, structure ligamentaire essentielle qui unit le scaphoïde au lunatum et assure la cohésion de la première rangée du carpe. La rupture de ce ligament, qui survient typiquement lors d'un traumatisme en hyperextension du poignet, entraîne une dissociation scapho-lunaire : le scaphoïde bascule en flexion tandis que le lunatum s'incline en extension. Ce désalignement progressif modifie la répartition des pressions au sein du carpe et provoque une dégradation cartilagineuse séquentielle. L'évolution radiologique du SLAC suit trois stades bien définis : arthrose entre le scaphoïde et la styloïde radiale (stade I), extension à l'ensemble de l'interligne radio-scaphoïdien (stade II), puis atteinte de l'articulation médio-carpienne, en particulier entre le capitatum et le lunatum (stade III). Fait remarquable, dans le SNAC comme dans le SLAC, l'articulation radio-lunaire est typiquement préservée, ce qui ouvre des possibilités chirurgicales spécifiques. Cette observation anatomique constante est un élément clé dans la planification des interventions de sauvetage du poignet arthrosique.
L'arthrose idiopathique du poignet
L'arthrose idiopathique (ou primitive) du poignet est nettement moins fréquente que les formes post-traumatiques. Elle survient en l'absence de tout antécédent de fracture ou d'instabilité ligamentaire identifiée. Son incidence augmente avec l'âge, et elle touche préférentiellement les femmes après 60 ans. Cette forme d'arthrose s'inscrit souvent dans un contexte plus large d'arthrose polyarticulaire, touchant simultanément d'autres articulations de la main comme les interphalangiennes (associées à l'arthrose des doigts) ou l'articulation trapézo-métacarpienne (responsable de l'arthrose du pouce).
Facteurs de risque et mécanismes
Plusieurs facteurs favorisent l'apparition d'une arthrose idiopathique du poignet. La prédisposition génétique joue un rôle majeur, comme dans les autres localisations de l'arthrose de la main. Les facteurs hormonaux, en particulier la ménopause, accélèrent la dégradation du cartilage en raison de la diminution des effets protecteurs des oestrogènes sur le tissu cartilagineux. Les contraintes professionnelles répétitives, impliquant des mouvements de flexion-extension ou de rotation forcées du poignet, constituent un facteur de risque environnemental reconnu. Certaines pathologies métaboliques, comme la chondrocalcinose articulaire (dépôts de cristaux de pyrophosphate de calcium dans le cartilage), peuvent mimer ou aggraver une arthrose du poignet et doivent être systématiquement recherchées lors du bilan diagnostique. L'identification précise des causes est essentielle pour adapter la prise en charge, comme le souligne notre article consacré aux causes de l'arthrose.
Localisations préférentielles
L'arthrose idiopathique du poignet touche préférentiellement l'articulation scapho-trapézo-trapézoïdienne (STT), située entre le pôle distal du scaphoïde et les os trapèze et trapézoïde. Cette articulation, soumise à des contraintes mécaniques importantes lors des mouvements de pince et de prise en force, est un siège fréquent d'arthrose primitive. L'atteinte de l'articulation STT peut s'associer à une rhizarthrose (arthrose de la base du pouce) dans le cadre d'un continuum dégénératif de la colonne du pouce. L'arthrose idiopathique peut également toucher l'articulation piso-triquétrale (entre le pisiforme et le triquetrum), qui se manifeste par une douleur localisée à la face palmaire et ulnaire du poignet.
Symptômes de l'arthrose du poignet
Les symptômes de l'arthrose du poignet s'installent de manière progressive et insidieuse, souvent sur plusieurs années. Leur intensité et leur retentissement fonctionnel varient considérablement d'un patient à l'autre, sans corrélation directe avec la sévérité des lésions radiologiques. Certains patients présentent une arthrose radiologiquement avancée avec peu de symptômes, tandis que d'autres souffrent de douleurs invalidantes malgré des lésions modestes sur les radiographies.
Douleur et raideur
La douleur est le symptôme principal qui conduit les patients à consulter. Elle siège au poignet, parfois diffuse, parfois localisée avec précision selon l'articulation atteinte : face dorsale et radiale pour les atteintes radio-carpiennes et scapho-lunaires, face palmaire pour l'articulation piso-triquétrale, bord ulnaire pour l'ARUD. La douleur est typiquement de rythme mécanique : elle s'intensifie lors des efforts, des mouvements forcés (extension, flexion, inclinaison du poignet) et des activités manuelles prolongées. Elle s'atténue au repos mais peut réapparaître la nuit dans les formes évoluées. Les poussées inflammatoires, véritables crises d'arthrose, se manifestent par une douleur plus vive, un gonflement du poignet et une chaleur locale, pouvant durer plusieurs jours à plusieurs semaines. La raideur matinale, d'une durée généralement inférieure à 30 minutes, est un symptôme d'accompagnement fréquent qui disparaît avec la mobilisation progressive de l'articulation.
Perte de force et de mobilité
La perte de force de préhension est un symptôme fonctionnel majeur de l'arthrose du poignet. Le poignet joue en effet un rôle fondamental dans la stabilisation de la main lors de la saisie d'objets : la force de serrage des doigts dépend directement de la stabilité et de la mobilité du poignet. Lorsque l'arthrose compromet cette fonction stabilisatrice, la force de poigne diminue considérablement, rendant difficile l'ouverture d'un bocal, le serrage d'un outil, le port d'une charge ou le simple fait de se relever d'un fauteuil en prenant appui sur la main. La limitation de la mobilité articulaire s'installe progressivement, touchant d'abord l'extension puis la flexion du poignet. Dans les formes avancées, la perte d'amplitude peut atteindre 50 % ou plus, compromettant des gestes quotidiens essentiels. La limitation de la pronosupination, lorsque l'ARUD est atteinte, est particulièrement gênante car elle empêche les mouvements de rotation de l'avant-bras nécessaires à de nombreuses activités.
Craquements et déformations
Les craquements articulaires (crépitations) lors des mouvements du poignet sont fréquents et témoignent des irrégularités des surfaces articulaires liées à la dégradation du cartilage et à la présence d'ostéophytes. Bien qu'impressionnants pour le patient, ces craquements ne sont pas en eux-mêmes un critère de gravité. En revanche, les déformations du poignet, qui apparaissent dans les formes évoluées, reflètent un remodelage osseux avancé : tuméfaction dorsale liée aux ostéophytes, déviation du poignet, subluxation visible du carpe dans les SNAC et SLAC évolués. Ces déformations, souvent irréversibles, constituent un motif de consultation fréquent et contribuent au retentissement psychologique de la maladie, en particulier chez les patients actifs dont les mains sont un outil de travail quotidien. L'ensemble de ces manifestations s'intègre dans le tableau clinique global de l'arthrose de la main.
Diagnostic de l'arthrose du poignet
Le diagnostic de l'arthrose du poignet repose sur un faisceau d'arguments cliniques et radiologiques. L'interrogatoire recherche les antécédents traumatiques, parfois anciens de plusieurs décennies, la chronologie d'apparition des symptômes et leur retentissement fonctionnel. L'examen clinique évalue la mobilité articulaire, la force de préhension, la localisation précise de la douleur et la présence de déformations ou d'instabilité. Des tests cliniques spécifiques, comme le test de Watson (recherche d'une instabilité scapho-lunaire) ou la palpation de la tabatière anatomique, orientent vers l'étiologie.
Radiographies standard
Les radiographies du poignet de face et de profil strict constituent l'examen de première intention. Elles permettent d'identifier les signes cardinaux de l'arthrose : pincement de l'interligne articulaire, ostéophytose marginale, sclérose de l'os sous-chondral et géodes (cavités osseuses). Elles révèlent également les anomalies associées : pseudarthrose du scaphoïde, dissociation scapho-lunaire (élargissement de l'espace entre scaphoïde et lunatum, signe de l'anneau du scaphoïde), cal vicieux d'une ancienne fracture du radius. Des incidences dynamiques (clichés en inclinaison radiale et ulnaire, poing serré de face) complètent le bilan en démasquant des instabilités non visibles sur les clichés standard. Le stade radiologique (SNAC ou SLAC I, II, III, IV) guide directement le choix du traitement chirurgical lorsqu'il est envisagé.
Arthro-scanner et IRM
L'arthro-scanner (scanner avec injection intra-articulaire de produit de contraste) est l'examen de référence pour l'évaluation précise du cartilage articulaire du poignet. Il offre une résolution spatiale supérieure à l'IRM pour les structures osseuses et cartilagineuses de petite taille, et permet de visualiser l'état du cartilage articulation par articulation. Cette cartographie précise est indispensable en préopératoire pour déterminer quelles articulations sont préservées et peuvent être conservées lors d'une intervention chirurgicale. L'arthro-scanner permet également de visualiser les lésions ligamentaires, en particulier du ligament scapho-lunaire et du complexe fibrocartilagineux triangulaire. L'IRM, moins irradiante, est utile pour l'évaluation des parties molles (tendons, ligaments, synoviale) et pour la détection d'un oedème osseux sous-chondral qui témoigne d'une arthrose active. Dans certains cas, un bilan biologique (recherche de cristaux, bilan inflammatoire) est réalisé pour éliminer une chondrocalcinose, une polyarthrite rhumatoïde ou une autre arthropathie inflammatoire pouvant mimer une arthrose.
Traitements conservateurs de l'arthrose du poignet
La prise en charge de l'arthrose du poignet, comme pour tout traitement de l'arthrose, débute par des mesures conservatrices adaptées au stade de la maladie, au degré de gêne fonctionnelle et aux attentes du patient. L'objectif est de réduire la douleur, de maintenir la mobilité et la force, et de retarder autant que possible le recours à la chirurgie.
Orthèses et immobilisation
L'orthèse de poignet est un élément central du traitement conservateur. Il s'agit d'une attelle rigide ou semi-rigide qui immobilise le poignet en position neutre ou en légère extension, réduisant les contraintes mécaniques sur les surfaces articulaires et diminuant la douleur. Plusieurs types d'orthèses sont disponibles : les orthèses de repos, portées la nuit, soulagent les douleurs nocturnes et la raideur matinale ; les orthèses de fonction, plus légères, sont portées pendant la journée lors des activités génératrices de douleur tout en permettant une certaine mobilité des doigts. L'orthèse doit être confectionnée sur mesure par un ergothérapeute ou un orthésiste spécialisé pour garantir un maintien optimal sans comprimer les structures sensibles. Le port de l'orthèse ne doit pas être continu pour éviter l'amyotrophie et l'enraidissement, mais adapté aux besoins du patient en fonction de ses activités.
Rééducation et kinésithérapie
La kinésithérapie occupe une place importante dans la prise en charge de l'arthrose du poignet. Le programme de rééducation comprend des exercices de mobilisation douce visant à entretenir les amplitudes articulaires, du renforcement musculaire des fléchisseurs et extenseurs du poignet pour stabiliser l'articulation, et des exercices de proprioception pour améliorer le contrôle moteur et la coordination des mouvements de la main. La physiothérapie antalgique (application de froid lors des poussées inflammatoires, de chaud pour la raideur chronique, ultrasons, électrostimulation) complète la prise en charge. La balnéothérapie, qui permet de mobiliser le poignet en immersion dans l'eau chaude, est particulièrement appréciée des patients pour son effet antalgique et décontracturant. L'ergothérapeute intervient également pour proposer des adaptations de l'environnement et des outils du quotidien (ustensiles à gros manche, ouvre-bocal, aide technique au clavier) qui réduisent les sollicitations articulaires.
Traitements médicamenteux et infiltrations
Le traitement antalgique repose en première intention sur le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), prescrits par voie orale ou locale (gel anti-inflammatoire) lors des poussées douloureuses. Leur utilisation doit rester ponctuelle, particulièrement pour les AINS par voie orale en raison de leurs effets secondaires gastro-intestinaux et cardiovasculaires. Les infiltrations de corticoïdes, réalisées sous guidage radiologique ou échographique pour garantir la précision du geste, constituent une option thérapeutique efficace à court et moyen terme. Elles permettent de réduire l'inflammation intra-articulaire et de soulager la douleur pendant plusieurs semaines à plusieurs mois. Leur nombre doit toutefois être limité (généralement trois par an et par articulation) en raison du risque de fragilisation du cartilage et des structures périarticulaires en cas de répétition excessive. Les infiltrations d'acide hyaluronique (viscosupplémentation) représentent une alternative, bien que leur efficacité dans l'arthrose du poignet soit moins documentée que dans l'arthrose du genou. L'objectif de ces traitements est de contrôler la douleur et de prévenir l'aggravation fonctionnelle.
Chirurgie de l'arthrose du poignet
Lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus à contrôler la douleur et que le retentissement fonctionnel devient inacceptable pour le patient, la chirurgie est envisagée. L'arsenal chirurgical pour l'arthrose du poignet est riche et varié, allant de gestes simples préservant la mobilité à des interventions plus radicales sacrifiant le mouvement au profit de la stabilité et de l'indolence. Le choix de la technique dépend du stade de l'arthrose, de l'étiologie (SNAC, SLAC, arthrose primitive), des articulations atteintes, de l'âge du patient, de ses exigences fonctionnelles et de son activité professionnelle.
La dénervation du poignet
La dénervation du poignet est une intervention chirurgicale qui consiste à sectionner les rameaux nerveux sensitifs qui véhiculent la douleur provenant des articulations du poignet. Ce geste, réalisé par de petites incisions dorsales et parfois palmaires, préserve intégralement la mobilité articulaire, la force de préhension et la sensibilité tactile des doigts. La dénervation ne traite pas l'arthrose elle-même, elle ne modifie pas les lésions cartilagineuses, mais elle supprime ou atténue considérablement le signal douloureux. Elle est particulièrement indiquée dans les stades précoces (SNAC/SLAC I et II) chez des patients jeunes et actifs souhaitant conserver la mobilité de leur poignet. Les résultats sont généralement bons, avec un soulagement durable de la douleur dans 60 à 80 % des cas, bien que l'effet puisse s'estomper avec le temps à mesure que l'arthrose progresse. La dénervation peut être réalisée de manière isolée ou associée à un geste complémentaire (styloidectomie radiale, résection du pôle proximal du scaphoïde).
La résection de la première rangée du carpe (proximal row carpectomy)
La résection de la première rangée du carpe consiste à retirer les trois os de la première rangée (scaphoïde, lunatum, triquetrum), créant ainsi une néo-articulation entre la tête du capitatum et la fossette lunaire du radius. Cette intervention, techniquement simple et fiable, offre un bon compromis entre soulagement de la douleur et préservation d'une mobilité résiduelle fonctionnelle (environ 50 à 60 % de la mobilité normale). Elle est indiquée dans les SNAC et SLAC de stade II et III, à la condition que l'articulation radio-lunaire (fossette lunaire du radius) et la tête du capitatum soient indemnes de lésions cartilagineuses. L'arthro-scanner préopératoire est indispensable pour vérifier ce prérequis. La récupération fonctionnelle est progressive sur plusieurs mois, et les résultats à long terme sont satisfaisants chez la majorité des patients, avec un soulagement durable de la douleur et une force de préhension généralement satisfaisante. Cette technique est particulièrement adaptée aux patients jeunes et actifs chez qui une arthrodèse totale serait trop contraignante fonctionnellement.
Les arthrodèses partielles (quatre coins et scapho-trapézo-trapézoïdienne)
L'arthrodèse partielle consiste à fusionner sélectivement certains os du carpe entre eux, supprimant les mouvements douloureux au niveau des articulations atteintes tout en préservant une mobilité résiduelle grâce aux articulations saines adjacentes. L'arthrodèse des quatre coins (four-corner fusion) est l'intervention de référence pour les SLAC et SNAC de stade II et III. Elle associe la résection du scaphoïde (source de conflit articulaire) à la fusion des quatre os restants de la rangée distale (lunatum, triquetrum, capitatum, hamatum). La mobilité résiduelle du poignet est d'environ 50 % de la normale, principalement en flexion-extension, ce qui est généralement suffisant pour les activités quotidiennes. D'autres arthrodèses partielles sont possibles selon la localisation de l'arthrose : l'arthrodèse scapho-trapézo-trapézoïdienne pour les atteintes isolées de l'articulation STT, l'arthrodèse scapho-capitatum, ou l'arthrodèse radio-lunaire dans certaines indications spécifiques. Le choix de l'arthrodèse partielle est guidé par la cartographie précise des lésions cartilagineuses obtenue grâce à l'arthro-scanner.
L'arthrodèse totale du poignet
L'arthrodèse totale du poignet est l'intervention ultime, indiquée lorsque l'arthrose est trop étendue pour permettre une chirurgie conservatrice de mobilité. Elle consiste à fusionner l'ensemble des articulations du poignet (radio-carpienne et médio-carpienne) en une masse osseuse unique et immobile, grâce à une plaque d'ostéosynthèse dorsale fixée entre le radius et les métacarpiens. Le poignet est fixé en position neutre ou en légère extension (10 à 15 degrés), position qui optimise la force de préhension. L'arthrodèse totale supprime définitivement la douleur et garantit une excellente stabilité, mais au prix d'une perte complète de la flexion-extension du poignet. La pronosupination est conservée à condition que l'articulation radio-ulnaire distale soit préservée. Malgré la raideur du poignet, de nombreux patients retrouvent une fonction satisfaisante grâce aux compensations par les articulations adjacentes (épaule, coude, doigts). L'arthrodèse totale est principalement indiquée chez les travailleurs manuels nécessitant un poignet stable et puissant, chez les patients présentant un SNAC ou SLAC de stade IV, et en cas d'échec d'une intervention chirurgicale antérieure. Malgré son caractère radical, cette intervention offre des résultats fonctionnels fiables et reproductibles, avec un taux de satisfaction élevé lorsque les patients sont correctement informés en préopératoire des conséquences sur la mobilité.
La prothèse totale de poignet
La prothèse totale de poignet est une option chirurgicale en développement qui vise à remplacer les surfaces articulaires détruites par un implant prothétique, à l'image des prothèses de hanche ou de genou. Elle offre l'avantage théorique de supprimer la douleur tout en préservant la mobilité du poignet. Toutefois, les résultats à long terme des prothèses de poignet restent inférieurs à ceux des prothèses de grosses articulations, en raison de la complexité biomécanique du carpe, des contraintes mécaniques importantes en torsion et en compression, et du risque de descellement prothétique. L'indication est actuellement limitée aux patients âgés, peu actifs manuellement, présentant une arthrose avancée bilatérale et souhaitant conserver une mobilité de poignet. Les polyarthrites rhumatoïdes avec destruction articulaire sévère constituent une autre indication classique. La recherche continue d'améliorer les designs prothétiques et les matériaux pour élargir les indications de cette intervention dans les années à venir.
Vivre avec l'arthrose du poignet : adaptation et prévention
La vie quotidienne avec une arthrose du poignet nécessite des adaptations pratiques et une prise en charge globale qui dépasse le seul cadre médical. L'éducation thérapeutique du patient est fondamentale pour lui apprendre à gérer la douleur, à protéger ses articulations et à maintenir son autonomie. La protection articulaire repose sur des principes simples : utiliser les deux mains pour soulever les charges, éviter les mouvements de torsion forcée du poignet, privilégier les outils ergonomiques à gros manche, et alterner les périodes d'activité et de repos. L'ergonome ou l'ergothérapeute peut réaliser une évaluation du poste de travail et proposer des aménagements spécifiques (repose-poignet, souris verticale, clavier ergonomique) pour réduire les contraintes articulaires lors de l'activité professionnelle. Le maintien d'une activité physique régulière, adaptée aux capacités du patient, est essentiel pour entretenir la force musculaire, la souplesse articulaire et le bien-être général, tout en respectant le seuil douloureux. La natation, le vélo et la marche sont des activités particulièrement bien tolérées. Pour les patients dont l'arthrose s'inscrit dans un contexte polyarticulaire, une prise en charge coordonnée intégrant l'ensemble des localisations touchées, incluant l'arthrose de la main et l'arthrose des doigts, permet d'optimiser les résultats fonctionnels globaux et d'améliorer la qualité de vie au quotidien.